Le fil Inflexions

Les 19 et 20 juillet, Inflexions sera au salon du livre de Saint-Cyr Coëtquidan

20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°24 | L’autorité en question / Obéir-désobéir

Jesse Glenn Gray
Au combat
Réflexions sur les hommes à la guerre
Paris, Tallandier, 2013
Jesse Glenn Gray, Au combat, Tallandier

Un vrai classique qui a profondément marqué des générations d’étudiants, de chercheurs et d’amateurs sur la question de la guerre. Dans ce livre, publié pour la première fois en 1959 et fondé sur son expérience personnelle de la Seconde Guerre mondiale, Jesse Glenn Gray nous présente sa réflexion sur l’homme dans la guerre. L’ouvrage est divisé en six grands chapitres qui nous entraînent tour à tour du récit de la réalité des combats à la perception individuelle des événements et à une véritable réflexion philosophique : « Se souvenir de la guerre et oublier », « L’attrait persistant du combat », « L’amour : allié et adversaire de la guerre », « Le soldat et la mort », « Figures de l’ennemi », « Le tourment de la culpabilité ». La conclusion s’ouvre sur un constat terrible : « Pour beaucoup, la perspective d’une paix stérile et insipide est aujourd’hui aussi effrayante que celle d’une grande guerre... Si, par quelque magie, tous les peuples de la Terre pouvaient être assurés de jouir d’une paix éternelle, un observateur perspicace ne manquerait pas de discerner chez eux un véritable regret et une véritable déception, mêlés, bien sûr, à des soupirs sincères de soulagement et de joie. » C’est assez dire l’ambivalence des sentiments exprimés au long de l’ouvrage, et l’auteur nous invite finalement à pratiquer « l’ancienne vertu d’espérance ». On pourrait multiplier les citations relatives à l’exaltation des combats contre « l’ennui » de la paix, sur l’importance des liens de camaraderie dans les groupes primaires (« Ils avaient conscience que, en abandonnant leur poste pour sauver leur vie, ils exposeraient leurs compagnons à un plus grand péril. Le moral du combattant a pour essence cette loyauté envers le groupe »), sur l’intensité avec laquelle il faut vivre (« La peur de la mort qu’éprouve le lâche provient en grande partie de son incapacité à aimer autre chose que son propre corps »), ou sur le soldat professionnel, « enfermé dans un monde de moyens et d’instruments, lui-même en étant un parmi d’autres », ou sur le désir très largement partagé de victoire totale, mais, « sitôt la victoire acquise, voici que nous sommes choqués au-delà de toute mesure par cette licence morale ». Un grand livre qui, à de multiples égards, n’a rien perdu de son actualité.

PTE

Les Blessures psychiques en d... | Yann Andruétan