Le fil Inflexions

Les 19 et 20 juillet, Inflexions sera au salon du livre de Saint-Cyr Coëtquidan

20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°25 | Commémorer

Sönke Weitzel, Harald Welzer
Soldats
Combattre, tuer, mourir : procès-verbaux de récits de soldats allemands
Paris, Gallimard, 2013
Sönke Weitzel, Harald Welzer, Soldats, Gallimard

À notre époque où les écoutes téléphoniques et autres Wikileaks donnent le sentiment d’un accès facile aux conversations et aux messages secrets, cet ouvrage, absolument fondamental, permet, de façon anachronique, d’entendre les conversations des prisonniers allemands, incarcérés en Angleterre ou aux États-Unis durant et après la Seconde Guerre mondiale. Celles-ci, spontanées ou suscitées par des « moutons », livrent une information sans censure révélatrice des sentiments de ces combattants au comportement aussi cruel qu’indifférent. Mais ce qui fait tout l’intérêt de ce livre et qui affleure à chaque page est justement le sentiment d’universalité qui s’en dégage. Le comportement d’extrême violence des soldats allemands est mû non seulement par des forces extérieures qui neutralisent le plus souvent leur libre arbitre, mais, de plus, échappent à l’idéologie nazie.

Cet échappement, ou plutôt cette relative faible influence, ouvre sur la question fondamentale du déchaînement potentiel de la violence chez tout soldat en temps de guerre. L’esprit de vengeance sanglante se fonde sur la considération du comportement de l’adversaire toujours jugé comme une véritable provocation. Ainsi le cadre de référence de la guerre dite « normale » peut être celui de la violence extrême, en permettant de pouvoir tuer, ce qui est en principe interdit. Le rôle du groupe dans le comportement du soldat est beaucoup plus important que celui des convictions idéologiques, politiques ou de simples motifs de vengeance personnelle. L’instance normative est devenue celle du groupe et en particulier celle de son chef. Échapper à la norme fait de tout soldat un marginal.

La question centrale de ce livre est qu’il n’y a pas d’alternative réelle entre la violence et la non-violence. Seuls demeurent sa mesure et son mode de régulation, d’où l’importance du commandement. La violence n’est pas une déviance.

Cet ouvrage passionnant est un réquisitoire terrible écrit par des Allemands contre la Wehrmacht et les ss en ne faisant pas de différence essentielle dans le comportement violent entre ces deux armées. Mais il est aussi un réquisitoire contre les Américains au Vietnam et peut-être notre armée en Algérie, même si les auteurs n’évoquent jamais cette guerre. Il devrait faire partie de toutes les bibliothèques militaires en raison de la profondeur de la réflexion et de l’enseignement que l’on peut tirer de ces écoutes clandestines.


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