Le fil Inflexions

Les 19 et 20 juillet, Inflexions sera au salon du livre de Saint-Cyr Coëtquidan

20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°31 | Violence totale

Anne Roland-Boulestreau
Les Colonnes infernales
Violences et guerre civile en Vendée militaire, 1794-1795
Fayard, 2015
Anne Roland-Boulestreau, Les Colonnes infernales, Fayard

Était-ce un génocide ? Une extermination des contre-révolutionnaires vendéens ? L’auteur plaide pour le mot « massacre » par les républicains, jeune armée issue de la Révolution, mais comprenant une majorité de soldats de l’Ancien Régime. Massacre de civils par une armée républicaine apeurée par l’ignorance des conditions naturelles du terrain, les attaques de nuit, la confusion permanente entre l’armée vendéenne et les civils, l’éloignement de leurs bases, une armée animée par une idéologie primaire et simpliste. L’ouvrage mêle la grande histoire et une multitude de faits d’armes glorieux ou pitoyables, de stratégies contradictoires confrontées à une guérilla avant l’heure. L’importance du commandement dans les massacres (en particulier du général en chef Terreau) est soulignée avec force, comme si la seule façon de maintenir les soldats au front était de tout leur permettre. Le lecteur est bouleversé par les restitutions au jour le jour des pillages, des viols, des meurtres d’enfants, des incendies, des états d’âme, des lâchetés des trente généraux et des institutions républicaines. La violence y est sans cesse présente, sous forme d’exécutions sommaires de civils favorisées par des alcoolisations massives. Peut-être le plus intéressant réside dans l’universalisme présent dans cet ouvrage. Une armée régulière aux prises avec une population hostile, animée d’une foi et d’une idéologie totalement opposée à la république. L’angoisse, la désorganisation, la peur de l’inconnu se transfèrent sur le massacre comme exutoire et annoncent d’autres massacres des xixe, xxe et xxie siècles qui resteront impunis. Deux années terrifiantes pour la Vendée qui ont laissé des traces. Le seul regret est l’absence de la relation des crimes commis par l’armée de Charette qui, certes, n’est pas l’objet du livre. Mais cette absence pèse dans le jugement du lecteur.


L’inter­culturalité dans les ... | Nathalie Ruffié
Jean-Paul Bled | Les Hommes d’Hitler