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N°37 | Les enfants et la guerre

Françoise Ruzé

Des enfants-soldats à Sparte ?

Dès l’époque hellénistique, et plus encore aux temps de la domination romaine, l’éducation des jeunes Spartiates, leur paideia, a été pensée comme un modèle à suivre par tout état soucieux de former de bons citoyens au service de la cité, capables de la gouverner et, plus encore, de la défendre. Longtemps l’historiographie a relayé cette vision1, en s’appuyant essentiellement sur Plutarque (ier-iie siècle ap. J.-C.) qui, dans sa Vie de Lycurgue, fait de ce législateur, probablement mythique mais dont les auteurs anciens situaient la vie à des moments variés entre le xe et le viiie siècle av. J.-C., l’auteur de toutes les institutions qu’il décrit. De plus, il vécut après qu’ont été introduites, probablement dans les dernières décennies du iie siècle av. J.-C., des réformes traduisant une volonté de retour à ce que l’on estimait être l’ancienne éducation, imaginée très militaire2. Xénophon, lui, qui a connu de l’intérieur la Sparte du ive siècle av. J.-C. et l’admire parfois aveuglément, dresse dans son étude des institutions lacédémoniennes3 un tableau moins violent de cette éducation, tout en affirmant lui aussi sa connotation militariste. Lui fait écho l’affirmation d’Aristote4 selon laquelle le législateur spartiate « a établi toute sa législation en vue du pouvoir et de la guerre ». Comme Platon, Aristote explique les revers qu’ont connus les Spartiates au ive siècle av. J.-C., alors même qu’ils semblaient partis pour dominer leurs voisins, par l’erreur qu’ils firent de centrer toute la formation des jeunes sur la guerre.

L’image des jeunes Spartiates qui émerge de ces textes fait penser à des enfants-soldats, bien qu’ils n’aient pas été appelés à se battre contre un ennemi extérieur. Or il est difficile de l’accepter si nous gardons un œil critique sur nos sources. C’est pourquoi l’historiographie moderne a largement remis en cause cette vision de leur système d’éducation à mesure que les historiens prenaient conscience des déformations infligées aux réalités spartiates par plusieurs facteurs : le double choc de la victoire de Sparte sur Athènes en 405 av. J.-C. puis de sa défaite de 371 av. J.-C. face aux Thébains, l’hostilité de leurs rivaux athéniens qui noircirent délibérément le tableau et, finalement, l’idéalisation qu’en firent les conquérants romains.

Pour évaluer la contestation de ce rapport obsessionnel à la guerre dans les pratiques éducatives spartiates, il nous faut examiner le tableau qu’en ont dressé Plutarque et Xénophon avant lui, et déterminer s’il est ou non fondé sur des réalités ; nous verrons alors si ce qu’il en reste est en rapport avec la guerre, et quel genre de guerre.

  • Une formation entièrement militarisée

La Vie de Lycurgue (xvi-xxiii) nous montre les jeunes Spartiates encadrés dès la naissance pour devenir de valeureux soldats. Malheur au nouveau-né difforme ou simplement agennès, ce que l’on traduit par « mal venu », « sans noblesse » (xvi, 2), c’est-à-dire dépourvu d’« aptitude à la santé et à la force » : il est éliminé par les Anciens… L’eugénisme est en place. Puis l’enfant est élevé de manière à développer l’énergie, l’absence de toute sorte de peur, le rejet de la faiblesse enfantine. À partir de sept ans, les petits Spartiates vivent en troupes organisées et contrôlées par l’État, obéissant à des chefs désignés pour leur combativité et leur intelligence ; sans cesse on suscite querelles et luttes pour distinguer les meilleurs futurs combattants (xvi, 7-9). « Leur étude des lettres se limitait au strict nécessaire ; pour le reste, toute leur éducation visait à leur apprendre à bien obéir, à bien supporter la fatigue et à vaincre au combat » (xvi, 10). Cela s’accompagne d’une austérité crasseuse, d’un inconfort constant. Et aussi d’une surveillance incessante par leurs aînés, par tous les adultes, avec punitions immédiates. On les habitue à préparer les repas et, ce qui a suscité bien des commentaires, à apporter la nourriture, ce qui les contraint à « voler, les uns en allant dans les jardins, les autres en se glissant, avec beaucoup d’adresse et de précaution, dans les syssitia [repas communs] des hommes ; celui qui se fait prendre est abondamment fouetté pour s’être montré négligent et maladroit [il est de plus privé de nourriture] » (xvii, 6). Du reste, on les nourrit peu pour les inciter à se procurer des compléments, là encore par le vol, et pour qu’ils s’habituent à la faim. On les fait aussi réfléchir à ce que sont les belles actions et le bon comportement du citoyen, et la mauvaise réponse entraîne de rudes châtiments (xviii). Les meilleurs moments sont ceux où ils se livrent au chant et à la danse, même si, là encore, le ton est majoritairement celui de la vertu patriotique et donc guerrière. En effet, l’apprentissage de la musique participe lui aussi de la formation militaire : « Si on étudie les poèmes laconiens, les quelques-uns qui ont été conservés jusqu’à nos jours, et si on prend les rythmes de marche qu’ils exécutaient accompagnés de l’aulos en marchant à l’ennemi, on admettra que Terpandre et Pindare n’ont pas eu tort d’associer le courage (andreia) et la musique » (xxi, 4). À l’appui de cette affirmation, on peut citer un vers souvent attribué au poète Alcman : « Ensemble vont le fer et la cithare au beau jeu. »

Le point culminant de cette formation exclusivement dédiée à la guerre apparaît avec la cryptie5, qui reste très mystérieuse malgré les solides études qui lui ont été consacrées6. Selon Plutarque (xviii, 1-7), des jeunes gens étaient sélectionnés pour aller vivre à la campagne, errer en restant cachés (d’où le nom de « cryptes »), munis d’un poignard et de vivres, et, la nuit, tuer des hilotes7. Considérée dans l’Antiquité comme une préparation à la guerre couronnant la dureté de la formation des jeunes et permettant en outre de terroriser les hilotes, cette épreuve à connotation initiatique a donné lieu à diverses interprétations, fort bien résumées par Jean Ducat qui montre comment l’institution fut progressivement déformée par les descriptions qui se sont succédé et leur valeur démonstrative.

Le tableau d’ensemble dressé par Plutarque s’inscrit dans une volonté d’affirmer l’enrégimentement des jeunes Spartiates, avec une formation rude et violente qui ne laisserait aucune place ni à la culture ni au développement de la personnalité ni à la liberté. Platon affirme que si le soldat spartiate manque des qualités autres que le courage, c’est qu’enfant il fut abandonné à sa sauvagerie et à sa fureur (bouillonnement, fermentation)8. Aristote semble confirmer cette vision, lui pour qui « le but unique » des lois lacédémoniennes « est de viser à la domination. […] L’éducation et la majorité des lois sont presque entièrement établies en vue des guerres »9, invitant à faire des jeunes des animaux sauvages (thèriôdes). De ce fait, il leur manque les autres vertus, la capacité à comprendre et à s’adapter aux changements ; ainsi, dès lors que les autres peuples auront eux aussi développé la capacité guerrière de leurs troupes, les Spartiates devront renoncer à dominer faute d’intelligence politique.

Tel est le point de vue d’un philosophe qui vivait après les défaites du ive siècle av. J.-C. et qui semble justifier la description de Plutarque. Toutefois, Aristote ne connaissait sans doute pas Sparte de l’intérieur et propage donc l’image que l’on cherche à en donner : faire de Sparte l’opposé d’Athènes. Ainsi, dans le discours attribué par Thucydide à Périclès pour l’hommage aux premiers morts de la guerre du Péloponnèse, l’orateur célèbre la liberté athénienne : « Et, pour l’éducation, contrairement à ces gens qui établissent dès la jeunesse un entraînement pénible pour atteindre au courage, nous, avec notre vie sans contrainte, nous affrontons au moins aussi bien des dangers équivalents » (Thc II, xxxix, 1, trad. J. de Romilly). Comme le remarque Jean Ducat, on oppose le bon soldat par entraînement forcené au bon soldat par disposition naturelle et avec esprit d’initiative10.

Il faut toutefois nuancer ces avis par celui de Xénophon11, qui a vécu en exil auprès des Lacédémoniens et dont les fils auraient été élevés aux côtés des jeunes Spartiates. Il confirme une éducation collective, sous la férule d’un paidonome, et l’exigence d’obéissance aux ordres des aînés. Il évoque lui aussi les châtiments corporels, notamment le fouet, la nourriture insuffisante et le vol complémentaire avec sanction du voleur surpris, les groupes dirigés par des jeunes plus âgés et sélectionnés. Il insiste sur le développement de la capacité à maîtriser la souffrance, la faim, sur la nécessité de rester l’esprit en alerte lors de la prise de risques, sur la multiplication des occupations imposées aux adolescents afin de les détourner de l’arrogance, de l’insolence, de l’appétit des plaisirs « naturels à cet âge ». Les exercices athlétiques, les danses, les simulations de combats sont autant d’occasions de provoquer entre eux une émulation qui culmine avec la sélection des meilleurs pour entrer dans le corps des trois cents hippeis qui seront chargés par la cité des missions les plus importantes et qui entoureront le roi au combat.

  • Réalité ou caricature ?

Pouvons-nous arguer de ces descriptions pour affirmer que les jeunes Spartiates étaient constamment entretenus dans une mentalité de combattants, que la guerre était le seul objectif en vue et, qu’en somme, ils n’étaient rien d’autre que de futurs soldats ? C’est bien la thèse que les auteurs anciens semblent vouloir accréditer et qu’ensuite l’historiographie a longtemps reproduite12. Mais en analysant plus rigoureusement les textes, les historiens ont sérieusement affaibli ce point de vue depuis quelques décennies.

Certaines pratiques ne sont en effet ni spécifiques à Sparte ni nécessairement militaires. Par exemple l’usage du fouet, présenté comme une violente sanction, revêt probablement une tout autre signification si nous le rapprochons du rite en l’honneur d’Orthia, ensuite assimilée à Artémis, durant lequel des groupes de jeunes rivalisent pour voler le plus de fromages possible sur l’autel de la déesse, sous les coups de fouet de leurs adversaires. Il y a là une pratique rituelle qui se retrouve ailleurs et, bien que sa signification nous échappe, cela nous éloigne de la simple volonté d’endurcir le garçon13. Le vol est à la fois une épreuve à laquelle celui-ci est soumis et une inversion « rituelle » des règles ordinaires qui prévoient effectivement la possibilité de prendre la nourriture qui se présente à vous en cas de besoin (exemple dans LP vi). Nous ne sommes pas dans une logique de guerre, mais de vie quotidienne.

Il est d’autres exigences dont l’assimilation à un entraînement militaire14 est encore plus surprenante. La privation de nourriture semble peu adaptée au souci constant de maintenir les corps en pleine forme physique ; se vêtir sobrement relève plus du mode de vie en société que d’une préparation militaire… On pourrait ainsi égrener bien des excès des exposés traditionnels. Mais, surtout, il y a un décalage remarquable entre la pratique militaire et ce qui est censé y préparer. Les Spartiates étaient réputés pour leur supériorité dans des combats traditionnels, ceux qui voyaient s’affronter deux armées d’hoplites formées en phalanges bien soudées. C’était aussi leur faiblesse : ils étaient désorientés par les escarmouches, les attaques surprises15. Alors, quel rapport entre le vol de nourriture et l’intendance de l’armée en campagne ? Xénophon précise : « Celui qui a l’intention de voler doit rester éveillé la nuit et, pendant le jour, ruser et se poster en embuscade ; […] il doit aussi disposer de guetteurs s’il veut s’emparer de quelque chose » (LP ii, 7). Ce qui nous est exposé là conviendrait plutôt à des troupes légères préparant des embuscades, errant dans un pays inconnu et vivant de rapines. Ou alors préparerait-on les jeunes à survivre isolés ou en petits groupes, c’est-à-dire en fuyards, alors même que nos auteurs prétendent que les « trembleurs », soldats vaincus mais survivants, étaient condamnés à vivre au ban de la société ? Vrai ou faux, cela permet difficilement d’envisager une préparation à la survie en cas de défaite. Notons aussi qu’en aucun cas les meurtres d’hilotes pris par surprise ne sauraient préparer au combat, et qu’il serait bien surprenant que les autorités aient incité au meurtre aléatoire de populations dont la cité avait tant besoin, aussi bien pour assurer la vie quotidienne que, le cas échéant, pour seconder les troupes de citoyens.

Enfin, je m’attarderai sur l’exemple le plus énorme des caricatures développées depuis l’étranger. Sous le nom de Plutarque ont été rassemblés dans les Moralia des « dits » de femmes spartiates. Ils sont édifiants et effroyables : refuser de pleurer son fils mort à la guerre, rejeter celui qui a survécu à une bataille perdue et même le pousser au suicide, se déclarer mère uniquement pour fournir à la patrie des hommes qui se feront tuer pour elle... Tout cela parce que ce qui fait leur fierté, c’est d’avoir donné un soldat à la cité et de l’avoir élevé de manière à en faire un bon patriote. Faut-il y croire ? Il est clair que, là encore, on cherche à faire circuler une vision particulière de la société spartiate, à la fois militariste et gynécocratique : déroutés par le rôle joué par les femmes spartiates, plus visible qu’ailleurs, par leur formation plus complète, les étrangers n’hésitaient pas à tourner en dérision l’influence qu’elles exerçaient sur la vie de la cité. Incontestablement, de telles histoires colportées dans des milieux qui ne connaissaient guère la vie à Sparte ont conforté le tableau d’une cité toujours en armes.

  • Pédagogie et sécurité du territoire

Alors, faut-il ne voir dans ces témoignages qu’affabulations ? Non, car Xénophon savait de quoi il parlait et il nous ouvre d’autres horizons. Il insiste sur une pédagogie appuyée sur la psychologie, notamment celle de l’adolescent, et sur la nécessité de confier le contrôle des jeunes non à des serviteurs mais à des citoyens sélectionnés. Ces « bandes » d’enfants sauvages sont en réalité des groupes générationnels, témoignant d’une volonté d’adapter les activités à l’âge de l’enfant. L’émulation joue un rôle central pour inciter les jeunes à être les meilleurs possibles et à se retrouver sélectionnés pour des prix ou d’importantes fonctions, ce qui est la règle dans une société aristocratique. Mais ces rivalités se manifestent surtout à l’occasion de prestations chorales (avec danse) ou sportives, qui accompagnent souvent des fêtes religieuses. Cela entretient la forme physique certes, mais ne prépare pas nécessairement à la guerre. Même si les Spartiates combinaient de façon subtile l’anonymat du combattant en phalanges et la sélection des meilleurs guerriers.

Apparemment, il ne nous reste donc pas beaucoup d’éléments pour confirmer la vision des jeunes Spartiates comme des soldats en herbe. Toutefois, il faut peut-être considérer autrement l’idée d’une préparation militaire. Nous songeons systématiquement à l’affrontement avec des ennemis de l’extérieur, impressionnés que nous sommes par les nombreux récits de batailles qui occupent une grande place dans les œuvres des historiens antiques, Hérodote, Thucydide, Xénophon ou Diodore de Sicile. Mais il était une autre menace qui, semble-t-il, obsédait les Spartiates : une révolte des hilotes. Nos sources suggèrent que cette crainte était bien peu fondée, du moins en Laconie. Mais les Messéniens voisins avaient été réduits à l’hilotisme après la conquête de leur pays et ne l’acceptaient pas. Il avait fallu de longs combats pour les soumettre et, en 464 av. J.-C., profitant d’un tremblement de terre qui ébranlait Sparte, ils s’étaient à nouveau révoltés, entraînant avec eux des hilotes de Laconie. La peur qu’a suscitée cette révolte, difficilement et incomplètement mâtée, ne s’effacera pas. Près d’un siècle plus tard, libérés par les Thébains, les Messéniens recouvrent leur indépendance, mais les Spartiates redoutent alors des raids à travers le Taygète ainsi que des connivences entre leurs hilotes et les Messéniens. C’est sans doute à cette menace qu’il faut songer pour mieux comprendre ce qui nous est dit de l’entraînement des jeunes : les préparer à faire barrage à toute attaque venant de Messénie, voire à opérer eux-mêmes des raids pour couper toute velléité d’incursions de la part de leurs voisins. Pour cela, il leur fallait apprendre à se débrouiller dans la campagne et dans les montagnes. La cryptie prend alors tout son sens : telle qu’elle nous est décrite par Platon puis Plutarque, elle serait une adaptation d’un ancien rite initiatique à la défense du territoire16. Et si nous avons quelque difficulté à imaginer que les Spartiates aient utilisé comme des cibles les hilotes qui cultivaient leurs terres et dont ils avaient tant besoin, nous pouvons plus aisément l’admettre s’il s’agissait de supprimer ceux qui auraient représenté un danger, ce que suggèrerait Aristote : « La nuit, ils se livrent à des agressions à main armée et font disparaître les hilotes selon qu’il est à propos17. » Plutarque va au-delà : « Souvent aussi, ils se rendaient à travers champs et tuaient les plus robustes et les meilleurs [des hilotes] » (Lyc. xxviii, 5).

Il apparaît donc que tout ce qui est dit de l’éducation lacédémonienne peut être remis en cause et réinterprété de façon beaucoup plus rationnelle et banale. Cela rejoint la contestation du mode de vie attribué aux Spartiates, jeunes ou adultes, qui auraient vécu comme des soldats en perpétuelle alerte. L’exemple des repas communs, appelés syssitia, est symptomatique. Ils ne seraient que la prolongation au quotidien des repas de l’armée en campagne, assurant une disponibilité constante des citoyens face à d’éventuelles menaces18. Or, si cela a pu être vrai durant les périodes où la cité était en guerre, il n’en allait pas de même le reste du temps et cette contrainte quotidienne pouvait avoir des allures très conviviales et divertissantes.

D’une façon générale, nous pouvons nous représenter des bribes de la vie quotidienne des Spartiates par des récits ou des allusions diverses, qui nous révèlent des vies ordinaires, comme dans toute société de l’époque. Partout on se méfiait de ses voisins, car la tentation d’agrandir son territoire ou de profiter des récoltes des autres était constante. Mais partout aussi on vivait normalement et paisiblement la plupart du temps. Toutefois, nous sommes à Sparte dans une société aristocratique : le travail qui assure les besoins matériels est en principe interdit au citoyen complet ; ce sont les hilotes et les populations périèques19 qui assurent le nécessaire. En échange, le citoyen doit se consacrer à la gestion de la cité et à sa protection : politique et guerre sont ses activités fondamentales. De là à en faire un perpétuel soldat, le pas est vite franchi par les étrangers à la cité qui ont tendance à caricaturer, surtout des adversaires. Certes, la jeunesse y est bien encadrée, plus qu’à Athènes ; elle apprend à vivre de façon dure et austère afin d’avoir sa place dans une cité qui se sait menacée, mais pas à aller se battre de façon offensive et permanente.

1 Par exemple H.-I. Marrou dans son Histoire de l’éducation dans l’Antiquité (Paris, Le Seuil, 1948) qui, sensible à la civilisation brillante de Sparte à l’époque archaïque, affirme qu’un changement brutal survenu vers le milieu du vie siècle av. J.-C. a réduit l’éducation à un seul but : « le dressage de l’hoplite ».

2 Mise au point de J. Ducat dans l’introduction de Spartan Education, Swansea, Class. Press of Wales, 2006.

3 Lakedaimoniôn Politeia, désormais LP.

4 Aristote, Politique, vii, ii, 9 = 2324b7-9 ; viii, iv, 1 = 1338b11-14.

5 Nos informations sur la cryptie, dans l’ordre chronologique : Platon, Lois I, 633b-c ; Aristote, frgts 538 Rose (repris par Plutarque, Lycurgue, XXVIII, 1-7) et 611,10 Rose (repris par Héracleidès) ; scholie à Platon.

6 Citons principalement H. Jeanmaire, Couroi et Courètes. Essai sur l’éducation spartiate et les rites d’adolescence dans l’Antiquité hellénique (Lille, Bibl. universitaire, 1939) ; P. Vidal-Naquet, Le Chasseur noir (Paris, Maspero, 1981) ; É. Lévy, « La Kryptie et ses contradictions » (Ktèma 13 [1988], pp. 245-252) ; N. Birgalias, L’Odyssée de l’éducation spartiate (Athènes, Historical Publ. St D. Basilopoulos, 1999) ; J. Ducat, « La cryptie en question », in P. Brulé et J. Ouhlen (eds), Esclavage, guerre, économie en Grèce ancienne (Presses universitaires de Rennes, 1997, pp. 43-74) et Spartan Education (Swansea, Class. Press of Wales, 2006, pp. 281-331).

7 Des « dépendants », attachés au lot de terre attribué à chaque citoyen spartiate ; ils cultivaient la terre et servaient leur maître. Ils étaient privés de droits politiques et de la plupart des droits civils.

8 Platon, Lois II, 666e.

9 Aristote, Pol. VII, ii, 9 = 1324b6-9. Voir aussi VII, xiv, 16 = 1333b12-16 et VIII, iv, 1-6 = 1338b9-38.

10 J. Ducat, op. cit. note 6 (2006), p. 40.

11 Xénophon, LP, II-IV.

12 Sur l’historiographie de l’éducation spartiate, voir notamment la thèse de N. Birgalias, op. cit., note 6.

13 J. Ducat, « Du vol dans l’éducation spartiate », Mètis, N.S.1 (2003), pp. 95-110.

14 Critique rigoureuse et convaincante de cette interprétation dans S. Hodkinson, « Was Classical Sparta a Military Society? », in S. Hodkinson et A. Powell, Sparta and War, Swansea, Class. Press of Wales, 2006, pp. 111-162.

15 L’exemple le plus célèbre est celui de la destruction d’une more spartiate par un bataillon de peltastes en 390 av. j.-c. (Xénophon, Hell. IV, v, 11-18).

16 Voir F. Ruzé et J. Christien, Sparte. Géographie, mythes et histoire, Paris, Armand Colin, 2007, pp298 et suivantes.

17 Selon Héracleidès : Frgt 611.10 Rose.

18 F. Ruzé, « Le syssition à Sparte : militarisme ou convivialité ? », in S. Crogiez-Pétrequin (éd.), Dieux et hommes. Mélanges... Fr. Thélamon, Rouen-Le Havre, Publications universitaires, 2005, pp. 279-293.

19 Les périèques constituent des communautés d’hommes libres vivant sur le territoire de la cité avec leurs propres institutions, mais soumises à Sparte pour la politique étrangère et la guerre.

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