Numéro 31

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DOSSIER

La violence nazieentretien avec Johann Chapoutot
Devant l’ampleur et la monstruosité des crimes nazis, collectifs ou individuels, les historiens ont longtemps buté sur leur causalité profonde, faisant basculer leurs auteurs du côté de l’inhumain, du barbare. Ces comportements s’appuient pourtant sur des fondements normatifs et un argumentaire juridique.
Le feu nucléaire : une expression de la violence absolue ?Jean-Louis Vichot
L’arme nucléaire est l’arme la plus puissante que l’homme ait jamais conçue. Cette puissance formidable, dévoilée lors des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, a fait d’elle un instrument politique et non plus militaire.
Tu massacreras tes frères !Hervé Pierre
Décembre 2014 : à Bambari, en Centrafrique, des hommes massacrent leurs voisins. Le décalage observé entre cette proximité et la barbarie avec laquelle les actes sont commis ne manque pas d’interroger sur les ressorts de cette violence.
Et la foule crie « à mort ! »Patrick Clervoy
Les foules portent en elles une violence aveugle. C’est l’effet Lucifer, un phénomène universel et mal connu parce qu’il est difficile d’en percevoir les mécanismes inconscients, mais aussi parce que nous préférons ne pas le voir.
La violence, une fin ou un moyen pour l’État islamique ? Wassim Nasr
Violence à outrance, attentats kamikazes, exécutions collectives, égorgements, décapitations, mises en scène macabres sur grand écran avec des productions dignes des films d’action américains, sont devenus la marque de fabrique de l’État islamique. Quelle sont les principales articulations de cette propagande et pour quelle finalité ?
La médiatisation de la violence totale en Centrafique : récit par les images, récit par les motsBénédicte Chéron
« La limite pour l’historien, comme pour le cinéaste, pour le narrateur est dans la part intransmissible d’une expérience extrême », écrit Paul Ricœur. Qu’en est-il des récits construits chaque jour par les médias d’information, qui plus est lorsque la mise en images est celle d’une violence qui déborde le cadre légitime d’exercice de la force ? Le cas du conflit centrafricain est à ce titre très révélateur.
Regain de violences ?entretien avec Robert Muchembled
Les attaques les plus récentes, dont l’attentat contre Charlie Hebdo, seraient-elles moins l’expression d’un regain de violence « historique » que celle de l’inquiétant échec d’un modèle qui, in fine, ne parviendrait plus à supprimer, sinon à éviter, de trop criantes inégalités ?
Révolution française et « violence totale »Jean-Clément Martin
Malgré les apparences, les événements survenus pendant la Révolution française en métropole ne peuvent pas être rangés dans la catégorie de la « violence totale ». Mais les mutations de la conduite de la guerre, entraînées par la novation révolutionnaire, peuvent être comprises comme les prémisses des temps nouveaux, mobilisant les populations dans leur totalité et réquisitionnant toutes les énergies.
Illégitime violenceJean-Philippe Immarigeon
La France s’est construite sur une réflexion philosophique équilibrée, et sur l’édification d’un état de droit et d’une légalité qui ont fait sa force, mais dont on cherche aujourd’hui à la persuader qu’ils sont périmés dans un monde régi par l’arbitraire. Sauf que la rhétorique sur un monopole de la violence qui caractériserait l’État moderne oublie que le peuple souverain reste toujours, in fine, seul dépositaire de la violence légitime et seul juge de son emploi.
Justifier la violence extrême ? Monique Castillo
Comment comprendre que soient tenues pour légitimes des pratiques extrêmes et déshumanisantes de la destruction d’autrui ? Une illimitation de la haine quand elle est érigée en droit ? La conversion du révolutionnarisme en un compassionnalisme complaisant ? Ou l’incapacité de retrouver la force de s’opposer à la violence ?
Force et violencePierre de Villiers
La force militaire doit se démarquer de la violence qu’elle combat : lorsque celle-ci est un abus, une haine de l’autre, celle-là devra être raisonnée, mesurée, légitime et tournée vers le bien commun. Combattre la violence est aussi une question de forces morales.
Kakanj 1992 : les sapeurs découvrent la violenceJean-Luc Cotard
Le récit de la progressive prise de conscience de la violence de l’environnement par une équipe de commandement et, de façon plus générale, par l’ensemble d’un micro bataillon du génie engagé en 1992-1993 en Bosnie-Herzégovine. Il souligne en filigrane l’importance des savoir-faire et savoir-être dans ce type de situation.
Le processus homicide. Analyse empirique de l’acte de tuerBrice Erbland
Comment anticiper la réaction psychologique d’un tir à tuer ? Quels sont les pièges moraux qui attendent le soldat ? Comment gérer émotionnellement un homicide ? À partir de son expérience personnelle, l’auteur décrit un processus, depuis la préparation morale jusqu’à sa digestion psychologique, et dresse une cartographie du tir à tuer.
Quand tuer blesse. Réflexion sur la mort rougeYann Andruétan
Le problème de la violence guerrière se pose pour le psychiatre à travers sa conséquence : le trauma psychique. Or ce qui traumatise n’est pas la confrontation à l’horreur, mais la découverte par le soldat que sa victime lui ressemble, qu’il peut en partie s’identifier à elle. Quand l’autre devient autrui. Tuer, c’est se tuer soi-même.
Le lien à la violence des commandos MarineJacques Brélivet
Les commandos Marine forment une élite dont l’histoire comme l’actualité montrent l’engagement dans les opérations les plus sensibles. On conçoit aisément leur exposition à la violence de la guerre comme leur capacité à la délivrer en professionnels accomplis. Mais leur lien à la violence s’arrête-t-il à l’espace-temps des opérations extérieures ?
« Messieurs les insurgés, tirez les premiers ! »Yohann Douady
Cet article aborde la question des règles d’engagement. Il n’y est jamais explicitement question de violence. Mais entre les lignes, on pourra mesurer celle que procure le sentiment d’impuissance ressenti par le combattant qui s’estime pris dans un filet de contraintes réduisant sa liberté d’action sur le terrain, et ce face à un ennemi qui se joue de ces règles.

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