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20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°19 | Le sport et la guerre

Colonel Philippe Pétain
Cours d’infanterie enseigné à l’École supérieure de guerre (1911)
Présentation du général Jean Delmas
Colonel Philippe Pétain, Cours d’infanterie enseigné à l’École supérieure de guerre (1911), Éditions du Cosmogone

Les éditions du Cosmogone publient le Cours d’infanterie du colonel Philippe Pétain à l’École de guerre, en 1911. La présentation, d’une dizaine de pages denses et rigoureuses, est écrite par le général Jean Delmas, ancien chef du Service historique de l’armée de terre, ancien président de la commission française d’histoire militaire, excellent connaisseur de l’armée française aux xixe et xxe siècles.

Le cours porte sur « la tactique de l’infanterie, au niveau des petites unités et du régiment ». Sa première partie (pp. 1-97) étudie l’infanterie française dans la bataille d’Auerstaedt, en octobre 1806. La deuxième (pp. 98-203) compare l’action des infanteries française et prussienne pendant la bataille de Saint-Privat, en août 1870, avec un développement fort intéressant sur les interactions complexes entre moral et matériel (pp. 183-187). La dernière partie est la plus courte (pp. 204-246), mais la plus importante au point de vue historique et doctrinal. Pétain y analyse les règlements d’infanterie français de 1875 à 1901-1902 : il fait l’éloge du règlement de 1875, mais critique vivement ceux de 1894 et de 1901-1902. Sans jamais cesser d’être offensif, Pétain récuse tout recours aux attaques en masse sous le feu (pp. VIII-IX et 244-246). Cette condamnation se fonde explicitement sur les conflits récents (à l’échelle de 1911) : « L’expérience des guerres du Transvaal et de Mandchourie imposera finalement silence aux détracteurs de la puissance meurtrière du fusil » (p. 215). Au demeurant, Pétain se trompe : il faut attendre trois années de Grande Guerre et son accession (le conflit a prodigieusement relancé sa carrière) au généralat en chef, le 15 mai 1917, pour que les conséquences du pouvoir destructeur du feu soient véritablement assimilées par l’armée française (pp. XII-XIV).

Cet examen sans complaisance des règlements d’infanterie suscite depuis longtemps l’intérêt des spécialistes. Le général Delmas recense les divergences entre Foch (plus âgé et plus connu) et Pétain avant la Grande Guerre (pp. IX-XI), mais constate aussi que les deux hommes ont cohabité : Foch dirige l’École de guerre quand Pétain y enseigne. Il n’existe pas alors d’orthodoxie doctrinale, même s’il y a des courants plus ou moins influents. Les historiens des conceptions militaires françaises d’avant 1914 prêtent attention aux idées du colonel Pétain (Henry Contamine, Guy Pedroncini, Michel Goya, Dimitry Queloz...) et relativisent leur isolement ; Maud’huy, Lanrezac ou Debeney en sont assez proches. En outre, Pétain s’insère dans la tradition d’intérêt pour le tir des chasseurs à pied.

Ce livre apparaît donc comme une source (le cours a été scanné, ce qui lui conserve une part de son ancienneté documentaire, tout en étant parfaitement lisible) essentielle pour comprendre la vision de la guerre avant 1914, au même titre que les Principes de la guerre et la Conduite de la guerre de Foch ou, dans une autre perspective, L’Armée nouvelle de Jaurès.


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