Le fil Inflexions

Les 19 et 20 juillet, Inflexions sera au salon du livre de Saint-Cyr Coëtquidan

20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°25 | Commémorer

France Marie Frémeaux

Chanter la mémoire des disparus

« On les flanquerait bien dehors, mais moi je te le dis,
la plupart du temps, la plupart des types du camp sont incapables de se souvenir.
De se souvenir de quoi ? demanda le rouquin. De se souvenir de rien du tout, fit l’autre. »

Ernest Hemingway (En avoir ou pas, 1937)

  • Prélude

Samedi 8 mai 1954, Hanoi. Dans la capitale du Tonkin, province septentrionale de ce qui est pour quelques mois encore l’Indochine mais va bientôt se nommer le Vietnam, une cérémonie se déroule. Des soldats français marchent lentement le long des rues que bordent les hauts tamariniers. Ils piétinent. Ils défilent. Ce matin, il s’agit pour eux de commémorer une victoire à la fois lointaine – elle a eu lieu en Europe – et relativement proche dans le temps – moins de dix ans – : la victoire de 1945 contre l’Allemagne nazie. Mais… « Jamais je ne ressentirai aussi lourdement, aussi atrocement le poids de la défaite », peut-on lire dans l’édition de France-Soir du 10 mai. L’envoyé permanent du journal dans l’Indochine en guerre a l’habitude de communiquer par câble avec Paris ; ses reportages paraissent au fil des éditions régulières ou spéciales du quotidien. Ils « collent » à l’événement. Ce que rapporte son article d’un jour qui n’est peut-être pas comme les autres ne se présente pas non plus comme une banale manifestation de la mémoire combattante. Les troupes qui s’avancent d’un pas lourd sont lasses. Dans la cité coloniale presque déserte, aucun badaud ne s’est arrêté pour les applaudir. Personne ne s’est déplacé, personne n’est venu voir le général René Cogny (1904-1968), qui commande les forces militaires du Tonkin, se pencher au pied du monument du souvenir. Prenant appui sur sa canne, il a déposé une gerbe solitaire. Les soldats lui ont ensuite présenté les armes. Peu nombreux, traînant la jambe, les traits creusés, marqués par des blessures récentes, ils ont accompli les gestes nécessaires mais sans force, pareils à un détachement malheureux « d’ombres, de survivants ». Car la veille de ce morne samedi, à 11 heures du matin, le camp retranché de Dien Bien Phu est tombé sous les assauts de l’armée vietminh.

Celui qui narre « ce défilé de douleur » se nomme Lucien Bodard. Quatre mois plus tard, Jean Lartéguy décrit dans Paris-Presse l’Intransigeant une cérémonie semblable. Elle a pris place, toujours à Hanoi, le 30 septembre. De nouveau, le général Cogny a présidé, avec à son côté, coiffé d’un calot rouge, le général Christian de Castries (1902-1991), le vaincu de Dien Bien Phu récemment libéré des camps vietminh. Cogny est apparu « voûté, vieilli » aux yeux des très rares spectateurs. S’efforçant de redresser « sa puissante stature », il s’est incliné devant le monument aux morts français et vietnamiens qui se dresse dans le square René-Robin. Le texte de Lartéguy est publié le 10 octobre. Ce qui se passe à Hanoi ce jour-là, le journaliste va en rendre compte peu après. Il raconte. Tout est calme, pas un bruit n’a troublé la nuit qui s’achève ; il pleut. Tandis que les premières lueurs de l’aube éclairent vaguement la ville, quelques silhouettes s’agitent autour d’un mât. Et voici qu’on apporte le drapeau tricolore. On le replie, on l’emporte. Tout est fini : « On ne vient que de perdre Hanoi. Le rideau de bambou est retombé sur nous. » Le rideau ? La pièce en effet se termine, ses protagonistes s’éloignent. La scène demeure vide. Aux morts dont les intempéries vont bientôt effacer les noms sur la stèle du square Robin ou d’ailleurs, il ne restera qu’à s’enfoncer dans l’oubli. Pour eux, plus de gerbe, de salut ni de discours ! En ont-ils vraiment besoin ? Le silence leur est-il trop dur à entendre ?

Les articles de Lucien Bodard et de Jean Lartéguy concentrent en quelques paragraphes tous les éléments des commémorations telles qu’on peut les vivre puis les écrire : une date et sa réitération, le rappel d’un événement, souvent militaire, une victoire de préférence, que l’on fête en réunion, l’évocation (accédant, de par son ordre et sa régularité, au statut de rite) du souvenir qu’ont laissé les participants à cet événement, la célébration des vivants glorieux et le rappel concomitant de ceux qui ont perdu la vie, les défunts non moins glorieux… Tout cela mis en mots ; les morts aussi mis en mots. Lesquels, de ces mots ?

Les deux textes cités correspondent à des reportages menés sur le terrain. Leurs auteurs, journalistes qui ont l’habitude de relater ce que leur métier les amène à observer, veulent avant tout transcrire la réalité. Assistant à une cérémonie du souvenir – l’anniversaire du 8 mai 1945, un ultime hommage aux disparus de l’armée – ils se maintiennent, dans le papier qu’ils en tirent ensuite, au plus près de ce qu’ils ont perçu. Les termes qu’ils choisissent, le rythme des phrases, leur ordonnancement, tout concourt à ce que la description se rapproche autant que possible de la vérité des faits. Mais n’y a-t-il pas une autre façon de dire ces choses ? Leur poids – après tout, c’est de la mort qu’il est ici continuellement question, ne serait-ce que parce que commémorer implique qu’on se tourne vers le passé, fût-ce pour qu’il revive est si grand que l’on peut souhaiter utiliser une autre sorte de langage, plus dense et approprié à l’instant. Les mots, dans cette perspective, ne serviront plus à simplement informer ; ils conduiront à voir plus loin que le réel ordinaire, tout émouvant qu’il soit. Plus encore, ils vont jusqu’à le recréer. Puissance du verbe ! Le cadre littéraire qui répond le mieux à ce désir de transformer la mémoire en parole créatrice, n’est-ce pas la poésie ?

  • Poésie de la mémoire

« Heureux ceux qui sont morts », lance Charles Péguy (1873-1914) dans Ève paru, à la fin de 1913 : « Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle / Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre. / Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre. » Il ne sait pas que lui-même rejoindra bientôt cette terre accueillante à la chair des corps dont il chante le détachement consenti. Le 5 septembre 1914, celui qui fut le collaborateur de La Revue socialiste, le défenseur du capitaine Albert Dreyfus, le directeur des Cahiers de la Quinzaine publiant Romain Rolland et son Jean-Christophe, celui qui fut l’auteur, enfin, des Mystères (de la charité de Jeanne d’Arc, de la Deuxième Vertu, des saints Innocents…) et des Tapisseries (de sainte Geneviève, de Notre Dame) tombe au milieu des champs d’avoine qui entourent le village de Villeroy (« Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés »), à une vingtaine de kilomètres de Paris. Son poème traduit en musique a souvent accompagné des cérémonies funèbres. Il est favorable aux jeunes tessitures et les chœurs d’enfants, les chorales d’élèves (revêtant éventuellement l’uniforme d’une institution militaire) confèrent à ses vers un pouvoir d’émotion accru quand ils résonnent entre les murs de quelque chapelle recueillie.

Cependant, le poète qui invite à ses côtés aussi bien la petite fille Espérance que la bonne femme Clio – l’Histoire à qui il incombe de bien faire le ménage au risque de négliger les valeurs essentielles – n’est pas le seul magicien de la mémoire qui opère pour l’édification de ceux qui n’en ont plus, de cette mémoire volatile parfois, au profit de ceux dont on n’est jamais sûr qu’ils pourront se perpétuer, ne serait-ce qu’en tant que réminiscence. Un siècle avant le désastre de Dien Bien Phu, en 1854, paraît un poème d’Alfred de Vigny (1797-1863) : La Bouteille à la mer. C’est l’histoire d’un capitaine de navire qui lutte contre la tempête. Avant que son embarcation ne se fracasse contre un écueil, il parvient à rouler à l’intérieur d’une bouteille une feuille qu’il a rédigée à la hâte au milieu des vagues furieuses. Le récipient de verre, il le confie à la mer avec son contenu, car « son sacrifice est fait ; mais il faut que la terre / Recueille du travail le pieux monument ».

Monument signifie, étymologiquement, le « souvenir transmis à la postérité ». C’est en ce sens que Chateaubriand (1768-1848) conclut ses Mémoires d’outre-tombe : « Mon monument est achevé. Ce m’est un grand soulagement : je sentais quelqu’un qui me poussait : le patron de la barque sur laquelle ma place est retenue m’avertissait qu’il ne me restait qu’un moment pour monter à bord. »

Cette barque est, bien sûr, celle que conduit le nautonier grec des âmes défuntes, Charon, qui guide ses passagères vers les enfers. Péguy reliait la mort à la terre pour laquelle on se bat, la terre des racines, la terre de la patrie, qui peut être celle de l’esprit, universelle, avant de devenir un giron bienveillant où enfouir le regret de ses années effacées. « Allez bien doucement, Messieurs les fossoyeurs », s’exclame le poète Saint-Pol-Roux (1861-1940)1. Chateaubriand associe, du moins ici, sa disparition pressentie à une traversée des eaux, reprenant les anciennes traditions qui veulent que le royaume souterrain soit séparé par une rivière ou un lac de l’univers des vivants. Mais ces images symboliques surgissent en liaison avec un thème constant : celui du souvenir et de la postérité.

Quant à la bouteille de Vigny, elle est heureusement arrivée entre les mains d’un « savant ». Celui-ci explique l’importance de l’objet rejeté par les flots au pêcheur qui l’a ramassé sur le rivage : « Aux héros du savoir plus qu’à ceux des batailles / On va faire aujourd’hui de grandes funérailles. / Lis ce mot sur les murs : Commémoration ! » Le message qui y est enfermé est en effet une carte marine qui donne la situation du rocher dangereux. Pour Alfred de Vigny, hanté par l’épopée napoléonienne et déçu par son expérience d’officier sans aucun exploit militaire à son actif, l’abnégation que suppose le travail scientifique (et la cartographie qui ouvre les routes terrestres ou maritimes en est un élément notable) s’avère aussi remarquable que l’héroïsme des armes. Il s’écrie : « Souvenir éternel ! Gloire à la découverte. […] / Sur la pierre des morts croît l’arbre de grandeur. »

L’humanité doit admirer les découvreurs autant que les guerriers et la poésie participe au souvenir, qu’elle soit en elle-même commémoration, par son sujet, ou qu’elle illustre de solennels anniversaires. Elle renforce le pouvoir d’évocation qui caractérise ceux-ci par son rythme, le choix qu’elle effectue des mots et des sons, leur déclamation qui est déjà musique, en dehors d’une mise en harmonie ultérieure. Elle aide à construire la mémoire. D’une existence achevée, elle extrait les pierres qui servent à bâtir ce monument livré ensuite à la succession des siècles et qui s’appelle un « tombeau », dressé dans un cimetière ou bien dans un livre, ainsi celui que Stéphane Mallarmé (1842-1898) dédie en 1876 à Edgar Poe devenu par son décès « Tel qu’en lui-même enfin, l’éternité le change »2. Des tombeaux de cet ordre, de nombreux autres poètes en édifient sans nécessairement leur donner un titre architectural. Victor Hugo (1802-1885) brosse dans la Légende des siècles le destin de l’humanité entraînée par les soldats de la paix. Il somme les morts, les plus modestes surtout, de venir témoigner aux assises de l’Histoire en faveur des justes qui ne craignent pas de s’opposer aux tyrans : « Trépassés ! Trépassés ! Levez-vous, accourez, venez, comparaissez3 ! »

Sur la dépouille de semblables défunts, le poète anglais Thomas Gray (1716-1771) s’est recueilli avant de composer son Elegy written in a country churchyard : « The paths of glory lead but to the grave. / Nor you, ye Proud, impute to these the fault / If memory o’er their tomb no trophies raise4. » Un commentateur de cette Élégie écrite dans un cimetière de campagne, A. Rérat, ajoute : « Si humbles qu’ils aient été [ces ancêtres que le poète salue bien qu’ils n’aient accompli d’autre exploit que de vivre leur vie quotidienne], ils n’ont point voulu devenir la proie de l’oubli muet, et quelque frêle monument les rappelle encore à notre souvenir5. »

La commémoration ne s’adresse décidément ni à la puissance ni à la gloire, du moins pas uniquement. Les armes n’ont pas l’exclusivité des constructions majestueuses ni des grands orchestres qui en rappellent la pompe (et les circonstances) après qu’elles se sont tues. Quand les poètes s’emparent de la forme lyrique du souvenir, ils l’appliquent à tous, riches et pauvres, savants ou ignorants, chefs de troupes, gens du peuple, empereurs, mendiants, vagabonds… esclaves ! « Eia pour ceux qui n’ont jamais rien inventé, pour ceux qui n’ont jamais rien exploré, pour ceux qui n’ont jamais rien dompté », jette à la face du monde colonisateur le chantre martiniquais de la révolte et de la négritude, Aimé Césaire (1913-2008).

Léopold Sédar Senghor (1906-2001), s’adressant Aux tirailleurs sénégalais morts pour la France, déplore de son côté que « vous, mes frères obscurs, personne ne vous nomme »6. À lui de sanctionner le délit d’indifférence ! Non seulement le poète convoque la mémoire au tribunal des consciences oublieuses de la guerre que les hommes ont faite (souvent malgré eux), quitte à perdre la vie ; cette mémoire, lorsqu’elle est blessée, il la répare en se servant du langage. Il manie le verbe. Tel Dieu au jour de la création, il donne un nom aux êtres et aux choses ; un nom et peut-être rien que cela, un nom qui confère une identité ; moins qu’un nom, parfois, juste quelques mots : « Nous vous apportons, écoutez-nous, nous qui épelions vos noms dans les mois que vous mouriez. / Nous, dans ces jours de peur sans mémoire, vous apportons l’amitié de vos camarades d’âge. »

Mémoire ! De l’autre côté de l’océan, Walt Whitman (1819-1892) a voué le livre XXI de ses Leaves of Grass à la mémoire des soldats de la guerre civile américaine (« Beat ! Beat ! Drums ! Blow ! Bugles ! Blow ! »7) et le livre suivant à celle d’Abraham Lincoln. Ayant l’habitude, chaque printemps, quand les lilas refleurissent (« When lilacs last in the dooryard bloom’d »), de rendre publiquement hommage au président assassiné le 14 avril 1865, il parviendra, bien que malade, à souscrire une dernière fois à ce rite moins de deux ans avant de mourir à son tour.

Le poète contribue à la connaissance des hommes qu’il s’évertue à sauver du néant. L’historien également œuvre en ce sens8.

  • Cérémonies de l’écriture

Glorifier, célébrer... Commémorer ! D’autres textes que la pure poésie rejoignent ce propos. Les récits du souvenir sont innombrables, comme les poèmes, et embrassent toutes les occasions de se rappeler : grandioses batailles, actions d’éclat, figures remarquables ou sans prétention… Commémorer, cependant, n’est-ce pas d’abord se rappeler ensemble ? « La commémoration est une volonté politique de mémoire9. » Autrement dit, la mémoire, ici, est avant tout celle des citoyens dans la cité, une mémoire collective, sociale. Le souvenir s’insère alors dans le cadre de fêtes dont la récurrence garantit la force des liens qui se nouent au sein d’une génération. Leur perpétuation s’effectue, avec plus ou moins de bonheur10, d’une classe d’âge à l’autre. Il faut assurer autant que possible la stabilité d’une communauté dont les membres se transmettent leur histoire de manière rituelle, souvent orale (et le poème, on l’a vu, réalise parfaitement une transmission par la parole), mais la mémoire, en même temps, « se nourrit de toute une culture écrite et iconographique »11, culture écrite qui s’exprime, entre autres, dans la série des Célébrations nationales publiées par la direction des Archives nationales. Ainsi, le volume de l’année 2008, ouvert à toutes les composantes de l’histoire nationale, traite aussi bien du sultan Abd el-Kader (1808-1883) luttant contre les Français en Algérie avant de devenir « un homme de paix et d’entente », que du prix Nobel de littérature Roger Martin du Gard (1881-1958), auteur des Thibault et accessoirement ancien combattant de la Grande Guerre12. L’écriture rend compte alors de manifestations qui se déroulent en dehors d’elle tout en fournissant aux organisateurs des éléments objectifs : dates, biographies, éléments factuels, bases de réflexion…

Par ailleurs, et en dehors de toute cérémonie concrètement élaborée, écrire comporte, bien que l’on considère généralement l’acte comme solitaire, une idée de rassemblement. Que celui-ci reste à l’état virtuel ne surprendra pas les adeptes des positions (post) modernes. Un livre se conçoit mal sans ses lecteurs, fussent-ils désirés plus que réels. Le scripteur, quand il s’installe devant sa table de travail, ne peut s’empêcher de les supposer qui viennent. Les rencontrera-t-il un jour incarnés ? Dès maintenant, il a l’intention de les voir présents autour de lui au même titre que ceux dont il parle. Ces derniers apparaissent, ils sortent des limbes, ils arrivent, vivants et morts... Les autres, qui lisent, attentifs, les reconnaissent. Certains des protagonistes de la lecture ne sont que des ombres transparentes, mais peu importe. Il est question d’émotion mise en langage. L’écrivain, poète, romancier, philosophe, pamphlétaire, journaliste souhaite transmettre cette émotion à ceux qui parcourront ses pages afin que tous communient dans un bouleversement partagé, éprouvant des sentiments de nature identique.

Le livre lui-même se situe à la croisée de ces différentes énergies. L’auteur peut en effet choisir de mettre en exergue une dédicace qui, outre son sujet, fait bien de son texte un monument : « À la mémoire des Martyrs de la Foi nouvelle », écrit Romain Rolland en tête des Précurseurs ; et il nomme « Jean Jaurès, Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg »13… « Aux morts, ces contempteurs superbes de la mort, ces durs justiciers, ces violents prophètes », clame Pierre Emmanuel en tête de son livre de résistance14. D’un ouvrage à l’autre, un peu plus de vingt ans ont passé ; les orientations fondamentales du combat n’ont pas changé : justice et liberté ! Et cela, sans cesse il faut le répéter.

La plupart des romans-témoignages de la Première Guerre mondiale affichent une telle dédicace. De même que Senghor apportait aux tirailleurs sénégalais oubliés au fond de leurs tombes anonymes le gage d’amitié de leurs camarades rescapés des batailles, ils esquissent la silhouette de ceux dont le souvenir doit perdurer au sein du groupe des survivants. Contre la mort, la solidarité. Ainsi, Maurice Genevoix (1890-1980) dédie à la mémoire de son ami Robert Porchon, tué aux Éparges en février 1915, son premier livre, Sous Verdun15. Par la suite, et toujours soucieux que l’on n’oublie pas le sacrifice des hommes, dont certains ont été les siens, simples soldats que, tout jeune officier sorti de l’École normale supérieure, il a conduits au feu, il favorise la naissance de l’association des écrivains combattants puis devient président-fondateur du mémorial de Verdun inauguré en 1967.

Un autre écrivain, tel Genevoix, académicien et ancien combattant de la Grande Guerre (mais qui n’a guidé personne vers ses fins dernières), a voulu mettre sa plume au service des morts dont l’allure d’enfants innocents l’avait troublé : Henry de Montherlant (1895-1972) sera, entre 1920 et 1924, secrétaire général de l’Œuvre de l’ossuaire de Douaumont. Son Chant funèbre pour les morts de Verdun (1925), bien qu’en prose, adopte tous les accents de l’élégie funèbre. Il livrera ses sentiments en termes volontairement plus rudes lors d’une réception officielle dans son ancien collège de Sainte-Croix de Neuilly : « Le 11 novembre 1918, ce pinard que nous bûmes à la ronde, je ne le buvais pas à la paix ni à la victoire ni à ma vie sauve, mais aux morts16. »

Cependant, si la cérémonie de lecture permet à la mémoire de se maintenir grâce à ces divers signes portés par les mots, disséminés entre les lignes, encore faut-il qu’elle fasse suite aux cérémonies de l’écriture... et que toutes deux existent en leur aspect proprement cérémoniel. Ce n’est pas toujours le cas. L’une et l’autre peuvent au contraire s’enliser dans la complaisance, les rédactions vaines, la confusion mercantile... À l’opposé de cette dérive possible, force est de constater que la littérature commémorative, la vraie, la pure et sincère, qui se choisit volontiers éloquente, peut provoquer une contestation féroce. Que lui reproche-t-on ? De procéder d’un esprit de (trop de) sérieux ? D’avouer la crainte que distille le destin, surtout quand on ne croit pas à la Providence ? De faire preuve d’une révérence excessive envers ce qui paraît plus important que soi mais qu’il serait de meilleur ton de défier avec superbe ? D’admettre en ses phrases une certaine grandiloquence des lamentations ? Les surréalistes en particulier, qui n’avaient pourtant pas manqué de courage sur le front (on se souvient du dévouement d’Aragon, médecin auxiliaire incorporé au 325e régiment d’infanterie en Champagne), ont férocement critiqué les anciens combattants, écrivains ou non, qui prolongeaient l’attitude commémorative. Personne, à leurs yeux, ne mérite le respect ; il n’y a pas de valeur absolue ; aucune institution ne justifie qu’on s’offre à elle. « Et surtout, écrit Paul Éluard (1895-1952), honte à ceux qui sont morts car ils ne se rachèteront pas17. »

Sans doute la notion de rachat n’est-elle assortie, pour le poète de la liberté, d’aucune connotation religieuse : c’est au cœur de la vie et non pas dans un autre monde aux jugements chimériques que l’homme inscrit son devenir, avec ses trébuchements, ses erreurs et le raccommodage du tissu des jours gâché par les fautes inévitables. L’exposé des hauts faits et des qualités d’un défunt ne sert à rien : l’existence une fois achevée, rien n’aidera plus à l’écheniller. Envahie par la pourriture qui triomphe de toute chair, elle s’abîmera irrésistiblement dans l’oubli. D’elle ne subsisteront que les monuments du souvenir : effigies, sculptures, tombeaux et leurs gisants, pyramides et leurs mystères, monolithes et leur permanence… puis ces autres monuments que sont les mots, à condition que leur matière soit comme la pierre, incorruptible, et encore ! La pluie qui balaye les lettres gravées sur les stèles des cimetières finit par les raboter. De toute façon, on ne visite les sépultures qu’une fois l’an. On ne s’arrête guère non plus devant les monuments aux morts (soldats enstatués que vénère une patrie de marbre, poilus polychromes, coqs, obus et drapeaux entrelacés), qui jalonnent le paysage. Les noms copiés sur leurs socles ont cessé d’être familiers : la population locale a tellement bougé… Les célébrations du 11 novembre sinon celles du 8 mai aggravent le malaise : elles s’organisent dans une indifférence croissante18. Est-il donc utile de multiplier les prises de parole ? Certains ont estimé préférable de réclamer le silence.

  • Silence aux pleurs !

« Silence aux pleurs ! », s’exclame Romain Rolland au terme de la biographie de son ancien camarade normalien, Charles Péguy, qu’il rédige d’une plume très inspirée peu de temps avant de mourir19. Tous deux vont se trouver mêlés à une sorte de querelle de la commémoration des écrivains portraiturés en grands hommes et par là destinés à entrer au Panthéon.

Tout commence au lendemain du décès de Romain Rolland dans sa maison de Vézelay, à la toute fin du mois de décembre 1944. Dès les premiers jours de janvier 1945, Aragon, célébrant la mémoire du disparu dans le journal quotidien qu’il dirige, Ce Soir20, en profite pour demander que l’on fasse entrer au Panthéon l’auteur de l’appel pacifiste d’Au-dessus de la mêlée, animateur des mouvements antifascistes et par ailleurs prix Nobel de littérature – attribué en 1916 au titre de l’année 1915. Un comité se crée, les signatures affluent, dont celle de Paul Claudel (1868-1955). Mais les liens du défunt avec la gauche, communiste y compris, ainsi qu’avec l’Union soviétique, lui ont valu de solides inimitiés. Le 9 janvier, Auguste Chevalier, membre de l’Institut, suggère que Charles Péguy soit « panthéonisé » en même temps que Romain Rolland. Il s’agit en fait d’une contre-offensive du Figaro, appuyée par divers écrivains qui reprochent à leur illustre confrère un patriotisme qui défend « moins les montagnes et les fleuves de la carte de Péguy qu’une certaine idée que l’on se fait de l’humanité et du monde où nulle barrière n’existe plus »21.

La polémique se poursuit durant quelques semaines jusqu’à ce que l’ami René Arcos (1881-1959) publie les dernières volontés de Romain Rolland dont il sera bientôt le biographe22 : être enterré non loin de Vézelay, à Clamecy, sa ville natale. De son côté, le secrétaire des amitiés Charles Péguy, Auguste Mâle, notifie l’opposition de Mme Péguy au transfert de la dépouille de son mari sur la montagne Sainte-Geneviève. Tout cela n’aura été finalement qu’une « Panthéonade », dirait le poète contemporain, rebelle héritier de Jehan Rictus23, Robert Vitton, qui intitule ainsi l’une de ses œuvres contestataires24. Il en reste une anecdote à relater, mais aussi cette phrase des Tharaud (Jérôme et Jean) qui pourrait passer inaperçue et mérite pourtant qu’on la retienne : les frères écrivains évoquent un monde « où nulle barrière n’existe plus ». Ils ne pouvaient sans doute pas le savoir, mais le monde qu’ils définissaient de la sorte, c’est celui d’aujourd’hui : le monde postmoderne. Il concerne directement le thème des commémorations, entre déclarations laudatives et refus des beaux discours.

L’expression « postmoderne », qui date des années 1980 et a été popularisée en France par le philosophe Jean-François Lyotard25, rend compte d’un « état présent de la culture où les avant-gardes de naguère ont perdu leur autorité tandis que les anciens styles se fondent les uns dans les autres »26. Les maîtres mots en sont : liberté, individualité, pluralité. Son principe est la cohabitation des contraires sans que soit recherchée une solution de coexistence : le tiers n’est pas exclu comme dans la perspective aristotélicienne classique, mais il n’est pas non plus intégré, ce qui se produit, si tant est que ce soit possible, dans les courants philosophiques néoplatoniciens. On se contente de poser la contradiction. Aucun problème : dans la postmodernité, tout se vaut. Ce qui, traditionnellement, doit être séparé, devient conjoint (il n’y a plus de barrière entre les pays ni leurs populations, entre les êtres ni les genres ni les choses) et s’associe par agrégation et non par progression logique.

Les conséquences sur la mémoire collective ne sont pas anodines, d’autant plus que les facteurs d’unification disparaissent progressivement. On ne leur accorde plus la même puissance qu’autrefois. La sphère sacrée, en premier lieu, se rétracte. Les fêtes religieuses, qui permettaient d’élaborer un temps collectif, perdent leur pouvoir de cohésion. Qui se souvient des prières et des saints ? Aux fêtes nationales servant à se rappeler ensemble une histoire partagée, on octroie une reconnaissance sociale en diminution constante malgré les apparences : quels héros honorer pour quelles victoires à célébrer ? Le passé n’est pas heureux, autant le négliger. Quant au futur, n’étant plus synonyme d’espoir, on préfère l’oublier. C’est le présent que la société postmoderne privilégie. Amputé du passé et du futur, le temps se réduit donc à l’instant d’ici et de maintenant. Qu’ici soit élargi aux dimensions du monde entier ne modifie en rien ce constat, ni que maintenant englobe ses prémisses autant que son devenir. Ce n’est pas vraiment une réflexion approfondie qui favorise cette extension ; simplement la technologie des moyens de communication. Et tout cela est peuplé de citoyens univoques, interchangeables, que l’économie globalisée pousse à puiser dans la consommation leur raison d’exister. Alors, ce que deviennent les commémorations dans ce contexte…

Dès l’abord, une question intervient : les commémorations sont-elles absolument nécessaires ? Paul Claudel, déjà, s’insurgeait contre un recours excessif au passé. Soutenant la modernité du xxe siècle (qui n’est pas la postmodernité ; il fut un temps où l’on pouvait croire aux promesses des matins radieux), il s’insurgeait contre les œuvres du siècle précédent dont les auteurs, très peu intéressés par la nouveauté, se montraient indifférents « à ce qui changeait et se transformait sous leurs yeux ». Cette tendance dénotait pour lui « une vision haineuse du présent »27. Mais si l’on récuse à sa suite, au nom du présent, le passé et les réminiscences qui l’étirent (dangereusement : trop de passé pourrait faire claquer le temps comme un élastique trop tendu !), est-ce à dire que les souvenirs, leur expression en tout cas, sont interdits, ceux qui s’y attachent basculant aisément dans la réaction ?

Le même Paul Claudel a proposé en 1913 une Commémoration des fidèles trépassés, placée évidemment sous le signe de la religion chrétienne, celle des célébrations calendaires : « Premier novembre, commémoration du déluge dans l’obscurité et le brouillard qu’on peut couper comme du pain ! / Mais à l’église le matin, fête double-majeure en or et en latin et / Anniversaire de Tous les saints28. »

Un peu plus tard, cependant, il va traiter un thème qui peut sembler paradoxal en regard du torrent verbal qu’est son œuvre : le silence. Son expérience extrême-orientale (il a été nommé consul à Shanghai en 1895) n’y est pas étrangère. Dans « Le départ de Lao Tseu », ce dernier, prêt à quitter la société des hommes, prévoit de ne laisser après lui que quelques traces, visibles au fur et à mesure qu’il s’éloignera sur le chemin de son exil : « Une tache blanche [puis] le vol irrité de ces corneilles que mon pas aura dérangées » et enfin le son ténu de « cette pierre que mon pied fait rouler au fond d’un précipice imperceptible ». Il explique pourquoi il se défait de toutes ses possessions, livres inclus : « Que reste-t-il d’un ami disparu ? Non pas toute sa biographie et l’encombrant mémorial d’une existence compliquée, mais un épisode familier, une phrase dont on ne se rappelle pas la fin, une simple intonation, et cela nous suffit à le faire revivre29. » Il trouvera l’apaisement de qui s’est libéré d’un lourd bagage : le dépouillement matériel est un gage de sérénité spirituelle. Car le sage sait que si rien de concret ne subsiste de lui, il ne périra pourtant pas totalement… Sur la scène de la vie, l’homme continue d’être présent grâce aux souvenirs, les plus légers soient-ils, qui occupent la mémoire de ses amis. Il lui faut donc rejeter l’« encombrant mémorial » de son existence, qui ne sert à rien. Foin des commémorations ! Les signes les plus ténus du passage de chacun sur terre pèsent en esprit d’un poids suffisant.

Pour Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), c’est tout le contraire. Il est impossible de sauver la mémoire des disparus, et en particulier celle des morts de la Grande Guerre. Ferdinand Bardamu l’affirme à son amie Lola : « Vous souvenez-vous d’un seul nom, par exemple, Lola, d’un de ces soldats tués pendant la guerre de Cent Ans ? […] Ils vous sont aussi anonymes, indifférents et plus inconnus que le dernier atome de ce presse-papiers devant nous, que votre crotte du matin… Voyez donc bien qu’ils sont morts pour rien, Lola ! Pour absolument rien du tout, ces crétins ! […] Dans dix mille ans d’ici, je vous fais le pari que cette guerre, si remarquable qu’elle nous paraisse à présent, sera complètement oubliée… À peine si une douzaine d’érudits se chamailleront encore par-ci, par-là, à son occasion et à propos des dates des principales hécatombes dont elle fut illustrée… C’est tout ce que les hommes ont réussi jusqu’ici à trouver de mémorable au sujet les uns des autres à quelques siècles, à quelques années et même à quelques heures de distance… Je ne crois pas à l’avenir, Lola30. »

Ne pas croire à l’avenir… Attitude éminemment postmoderne. Parler du passé est-il préférable ? Cela n’aidera pas à le conserver vivant pour le futur. Peut-on conseiller alors de plutôt se taire ? Le silence s’est effectivement imposé à certains hassidim juifs qui, témoins des pogroms en Europe de l’Est, ont choisi le mutisme comme seule manière de dire l’horreur, non pas en la niant mais en la plongeant dans le silence assourdissant des cris que personne n’a entendus ; ainsi le rabbi Mendel de Worke, né en 181931. D’autres, au contraire, et parmi eux Elie Wiesel, ont clairement affirmé l’urgence de dire, de rappeler, d’ériger une cérémonie de la mémoire, qu’elle soit versifiée, chantée sous forme de requiem, portée par les roulements de tambour, psalmodiée, murmurée, écrite... Car si la commémoration se métamorphose en une manière de « mémoire du silence » que l’on pourrait imaginer en gestes, éventuellement en musique (du type minimaliste : quelques sons qui se répètent), cela risque, à terme, de conduire à quitter l’univers du langage. Pulvérisés, les souvenirs s’éparpilleront hors des mots. Il n’y aura plus aucune remembrance de quoi que ce soit. La mémoire sans parole quittera les calendriers puis l’esprit des hommes ; la mémoire sera oubliée.

  • Conclusion

Contre ce silence qui peut être celui du désespoir, les écrivains se sont régulièrement levés. Ils ont commémoré l’héroïsme autant que l’humilité, l’aventure tragique des hommes, leurs guerres, leurs victoires et leurs renoncements ; les travaux et les jours.

Ils l’ont fait dès les origines de la littérature, en tant qu’historiens tel Thucydide (465-396 av. J.-C.) reprenant dans sa Guerre du Péloponnèse l’éloge que fait Périclès des morts athéniens : « Car c’est bien grâce aux exploits de ces hommes et de leurs pareils que notre cité peut se parer des mérites que je viens de célébrer. Et je connais peu de Grecs dont les actes soient vraiment, comme les leurs, à la mesure des louanges qu’on leur décerne32. »

Ils l’ont fait en tant que poètes tel Birago Diop (1906-1989) commémorant l’Afrique des griots et son espoir d’éternité : « C’est le souffle des ancêtres… Ceux qui sont morts ne sont jamais partis. […] Les morts ne sont pas sous la terre. […] Les morts ne sont pas morts33. »

Ils l’ont fait en tant que conteurs tel Alphonse Daudet (1840-1897) narrant dans les Lettres de mon moulin le naufrage de la Sémillante : la frégate, en route pour la Crimée où la guerre contre la Russie faisait rage, s’est disloquée sur les rochers des îles Lavezzi, non loin de Bonifacio en Corse. Six cents jeunes soldats s’y étaient embarqués. Ils se sont tous noyés. On les a enterrés sur place dans un cimetière délaissé : « Je le vois encore avec sa petite muraille basse, sa porte de fer, rouillée, dure à ouvrir, sa chapelle silencieuse, et des centaines de croix noires cachées par l’herbe… Pas une couronne d’immortelles, pas un souvenir ! Rien… Ah ! Les pauvres morts abandonnés, comme ils doivent avoir froid dans leur tombe de hasard34 ! »

Commémorer, les écrivains l’ont fait en tant que romanciers : dans En avoir ou pas (To Have and Have Not, 1937), Ernest Hemingway (1898-1961) rappelle la pauvre existence détruite d’autres abandonnés. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, il s’était ému du sort de ses frères d’armes quand, en 1935, un ouragan avait ravagé leur camp de misère à Matecumbe Key, près des côtes de la Floride, où le gouvernement américain les avait relégués. « Tous étaient des épaves de la guerre » et certains étaient devenus des clochards. Nous voici loin des fanfares héroïques mais bien proches de l’oubli célinien : « Quelques-uns étaient mariés et d’autres n’avaient même pas de souvenirs35. » Ce sont les « types du camp […] incapables de se souvenir » qui se profilaient en tête de cet article ; des soulauds : ils boivent, ils ne parlent pas.

Et pourtant, pourtant, il en reste un qui parvient encore à dire quelque chose ; sans doute que le destin est tout puissant et bien fragile, la vie des hommes, mais lui au moins n’a pas oublié : « La vie tient à des fils ténus / Mais c’est l’affaire des trois Moires / Je suis le soldat inconnu / Passants j’ai toute ma mémoire36. » Ce fil trop fin que s’apprêtent à trancher les Parques ne tient que par la mémoire, et celle-ci, c’est le soldat inconnu lui-même qui la porte. Parce qu’on le commémore ?

1 Paul Pierre Roux dit Saint-Pol-Roux, Pour dire aux funérailles des poètes (1903) : « Allez bien doucement, car il était peut-être un dieu, ce poète. » Né en 1861, admiré des surréalistes, il meurt le 18 octobre 1940 des suites d’une agression perpétrée dans la nuit du 23 au 24 juin dans son manoir de Camaret par un soldat allemand qui a violenté et très gravement blessé sa fille Divine après avoir tué leur servante Rose.

2 Composé en 1876, Le Tombeau d’Edgar Poe est un hommage à celui dont Charles Baudelaire (1821-1867) a déjà traduit l’œuvre vingt ans plus tôt, Edgar Allan Poe (1809-1849).

3 Victor Hugo, La Vision de Dante.

4 « Les sentiers de la gloire ne conduisent qu’à la tombe. Vous, hommes Fiers, ne les condamnez pas si la mémoire n’élève aucun trophée sur leur tombe. » Les sentiers de la gloire… Cela ne rappelle-t-il pas le titre d’un film (de Stanley Kubrick) qui met en cause l’héroïsme que les soldats sont obligés de déployer pendant les guerres ?

5 Voir les pages 188 à 193 de Thus Sang They, Belin, 1947.

6 Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, 1939 ; Léopold Sédar Senghor, Hosties noires, 1948. Tous deux sont largement présents dans l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française qu’a dirigé ce dernier aux Presses universitaires de France en 1948 (rééd. Quadrige, 1985).

7 « Roulez, tambours, soufflez, trompettes… » Walt Whitman, Leaves of Grass (Feuilles d’herbe) : dix éditions, dont la plupart à compte d’auteur, de cette œuvre entreprise en 1855 et perpétuellement renouvelée sont sorties durant la vie du poète américain traduit par l’un des proches de Jules Romains et Georges Duhamel, Léon Bazalgette, qui lui a consacré une importante biographie parue en 1908.

8 Voir, par exemple, Jacques Frémeaux, Les Colonies dans la Grande Guerre : combats et épreuves des peuples d’outre-mer, Éd. 14/18, 2006.

9 Gérard Namer, Batailles pour la mémoire, la commémoration en France de 1945 à nos jours, Papyrus, 1983.

10 Voir Jean-Pierre Rioux, dans l’ouvrage qu’il a dirigé avec Évelyne Damoi, La Mémoire des Français. Quarante ans de commémorations de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Institut d’histoire du temps présent, 1986, pp. 89-101.

11 Philippe Joutard, « Mémoire collective », in André Burguière (dir.), Dictionnaire des sciences historiques, Paris, puf, 1986.

12 Célébrations nationales 2008, article de Jacques Frémeaux sur Abd el-Kader et article de Claude Sicard
sur Roger Martin du Gard.

13 Romain Rolland, Les Précurseurs, Éd. de l’Humanité, 1920.

14 Pierre Emmanuel, Jour de colère, Alger, Charlot, 1942.

15 Paru en 1916 dans la collection « Mémoires et récits de guerre » (Hachette), avec une préface d’Ernest Lavisse. Quatre volumes suivront : Nuits de guerre (1917), Au seuil des guitounes (1918), La Boue (1921), Les Éparges (1923). En 1950, l’auteur rééditera l’ensemble, allégé d’Au seuil des guitounes, sous le titre général de Ceux de 14.

16 Page 166 du volume des Essais de Henry de Montherlant, préface par Pierre Sipriot, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1963.

17 Paul Éluard, « De l’usage des guerriers morts », La Révolution surréaliste n° 6, 1er septembre 1926.

18 Jean-Pierre Rioux écrit, dans l’article précité, à propos du discours que tiennent à cette occasion les représentants politiques : « Maximaliste, il postule que la fidélité aux morts entretient chaque jour une lutte pour protéger les vivants. Minimal, il se dissout dans l’appel à une jeunesse largement absente de la commémoration. »

19 Romain Rolland, Péguy, Paris, Albin Michel, 1944.

20 Interdit dès le mois d’août 1939 du fait de son affiliation communiste, Ce Soir a recommencé à paraître à la libération de Paris, le 25 août 1944. Aragon en est le directeur depuis le début.

21 Article de Jérôme et Jean Tharaud cité par Gérard Namer, Batailles pour la mémoire, op. cit.

22 René Arcos, Romain Rolland, Paris, Mercure de France, 1950.

23 Jehan Rictus (pseudonyme de Gabriel Randon de Saint-Amand, 1867-1933), auteur des Soliloques du pauvre (1897). Sa révolte sociale et son travail sur la langue ont influencé de nombreux poètes du début du xxe siècle.

24 Robert Vitton, « Panthéonade », Le Marin de Paris, Le Chasseur abstrait, 2013.

25 Jean-François Lyotard, Moralités postmodernes, Paris, Galilée, 1993.

26 William M. Johnston, Post-modernisme et bimillénaire, Paris, puf, 1992.

27 Paul Claudel, chapitre « Richard Wagner » de Figures et paraboles, Paris, Gallimard, 1936.

28 Paul Claudel, Poésies, Paris, Gallimard, 1970.

29 Paul Claudel, Figures et paraboles, op. cit.

30 Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, [1932], Paris, Gallimard, 1952, (« Folio », pp. 88-89).

31 Elie Wiesel, Célébration hassidique, portraits et légendes, vol. 2, Paris, Le Seuil, 1972.

32 Traduction de Denis Roussel.

33 Birago Diop, « Souffles », Leurres… et lueurs, cité dans l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache, op. cit.

34 Alphonse Daudet, « L’Agonie de la Sémillante », Lettres de mon moulin, 1866.

35 Ernest Hemingway, « Who Murdered the Vets ? », New Masses, 17 sept. 1935, cité dans le vol. 2 des Œuvres romanesques édité par Roger Asselineau (Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade »,1969), qui inclut En avoir ou pas traduit en 1945 par Marcel Duhamel.

36 Robert Vitton, « Le Soldat inconnu », Les Nuits rouges, Paris, Le Chasseur abstrait, 2008.

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