Le fil Inflexions

Les 19 et 20 juillet, Inflexions sera au salon du livre de Saint-Cyr Coëtquidan

20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°29 | Résister

Max Schiavon
Le Front d’Orient
Du désastre des Dardanelles à la victoire finale 1915‑1918
Paris, Tallandier, 2014
Max Schiavon, Le Front d’Orient, Tallandier

Salonique, nom quelque peu exotique attaché à la mort d’un arrière-grand-père… et qui serait resté mystérieux sans cet ouvrage d’un grand intérêt, clair et bien conçu. En trois cent soixante-quinze pages faciles à lire, l’auteur démontre de main de maître la complexité et l’importance ignorée de ce front. Il décrit aussi la misère de ce dernier, qui aurait pu être décisif dès 1916 et épargner deux années de guerre.

Après l’échec de l’expédition des Dardanelles où la suffisance et le manque de coordination des Alliés ont été cher payés, le corps expéditionnaire franco-britannique a été envoyé à Salonique pour y soutenir les Serbes et surveiller les pays de la région (Bulgarie, Roumanie, Grèce) tout en essayant de venir en aide aux Russes. Max Schiavon montre comment plutôt que d’y envoyer des chefs compétents, d’y engager les moyens nécessaires et d’unifier le commandement, les Alliés vont désigner un chef non seulement inadapté, mais en définitive incompétent, le général Sarrail. Bien au-delà de ce problème crucial, ils n’attribueront jamais à cette armée les moyens nécessaires (ne serait-ce que sa nourriture !), pour agir efficacement ni n’arriveront à se décider à lui donner un commandement unifié assorti d’une chaîne de commandement adaptée. Leur action diplomatique décousue n’encouragera pas la Grèce à rejoindre rapidement leur camp et une fois les Roumains ralliés, l’inconséquence de leurs généraux et l’inactivité conduiront à manquer une occasion extraordinaire de cesser la guerre à un moment où le front des puissances centrales est enfoncé et où ces dernières n’ont pas de réserves à opposer rapidement aux Alliés ! Deux années seront nécessaires pour arriver à bout des soutiens politiques du général Sarrail et à le remplacer par le général Guillaumat, chef illustre et méconnu de la Grande Guerre. En quelques mois, l’action de ce « chef » va se révéler déterminante quant à l’état d’esprit, l’entraînement, l’équipement, l’organisation du commandement et la coordination des troupes. Rappelé en France en réserve de la République, il laissera au futur maréchal Franchet d’Esperey l’instrument qui permettra la victoire locale et entraînera l’effondrement final des ennemis de la France.

Dans cet ouvrage, l’auteur fait un extraordinaire travail de mémoire et rend justice à cette malheureuse armée d’Orient et à ses deux derniers chefs, en particulier le général Guillaumat dont le nom, comble de l’ironie, orne quelques rares noms de rues alors que celui de Sarrail, pour des raisons politiques, se retrouve dans plus de soixante-cinq communes ! À lire si l’on veut comprendre la Grande Guerre !

Philippe Mignotte

La Question d’Orient | Jacques Frémeaux
Joëlle Beurier | 14‑18 insolite