N°20 | L’armée dans l’espace public

Dominique Juilland

« La Suisse n’a pas d’armée, elle est une armée ! »

Dans les discussions autour du rĂ´le et de la place de l’armĂ©e dans la sociĂ©tĂ©, on entend parfois dire : « La Suisse n’a pas d’armĂ©e, elle est une armĂ©e ! Â» Cette boutade, une exagĂ©ration Ă©videmment, contient un fond de vĂ©ritĂ©. La force armĂ©e et la dĂ©fense se trouvèrent en effet d’emblĂ©e au cĹ“ur des prĂ©occupations lors de l’alliance entre les habitants de trois vallĂ©es situĂ©es au cĹ“ur des Alpes1 : les premiers cantons suisses.

Le pacte fĂ©dĂ©ral de 1291, qui confirme des engagements plus anciens dont on a perdu la trace, commence ainsi : « Au nom du Seigneur, amen. C’est accomplir une action honorable et profitable au bien public que de confirmer, selon les formes consacrĂ©es, les mesures prises en vue de la sĂ©curitĂ© et de la paix. Que chacun sache donc que, considĂ©rant la malice des temps et pour ĂŞtre mieux Ă  mĂŞme de dĂ©fendre et maintenir dans leur intĂ©gritĂ© leurs vies et leurs biens, les gens de la vallĂ©e d’Uri, la Landsgemeinde de la vallĂ©e de Schwytz et celle des gens de la vallĂ©e infĂ©rieure d’Unterwald se sont engagĂ©s, sous serment pris en toute bonne foi, Ă  se prĂŞter les uns aux autres n’importe quel secours, appui et assistance, de tout leur pouvoir et de tous leurs efforts, sans mĂ©nager ni leurs vies ni leurs biens, dans leurs vallĂ©es et au dehors, contre celui et contre tous ceux qui, par n’importe quel acte hostile, attenteraient Ă  leurs personnes ou Ă  leurs biens (ou Ă  un seul d’entre eux), les attaqueraient ou leur causeraient quelque dommage. Quoi qu’il arrive, chacune des communautĂ©s promet Ă  l’autre d’accourir Ă  son secours en cas de nĂ©cessitĂ©, Ă  ses propres frais, et de l’aider autant qu’il le faudra pour rĂ©sister Ă  l’agression des mĂ©chants et imposer rĂ©paration du tort commis. Â»

De ce pacte, on retiendra deux idĂ©es fondamentales qui ont façonnĂ© le pays et guidĂ© sa politique jusqu’à nos jours : la volontĂ© de s’apporter rĂ©ciproquement une aide militaire en cas d’agression extĂ©rieure (initialement essentiellement habsbourgeoise) et de mutualiser le potentiel militaire. La dĂ©fense du territoire est assurĂ©e par l’ensemble des citoyens mâles qui sont mobilisĂ©s de cas en cas, selon les besoins, et non par une armĂ©e permanente ou des mercenaires Ă©trangers.

Ce n’est donc ni une langue commune ni une culture ni une religion qui rĂ©unit les Suisses dans un mĂŞme pays, mais la volontĂ© de s’unir pour lutter contre les menaces extĂ©rieures. Ă€ l’origine de la Suisse, il y a un pacte d’assistance militaire. Si la dĂ©fense se trouve au cĹ“ur des prĂ©occupations des fondateurs de la ConfĂ©dĂ©ration, l’armĂ©e occupe forcĂ©ment une place de choix dans les structures de l’État et dans l’esprit des citoyens.

Ces deux piliers constitutifs de la Suisse ont Ă©tĂ© rĂ©affirmĂ©s tout au long d’une histoire conduisant des trois cantons d’origine Ă  l’État fĂ©dĂ©ratif actuel, en passant par l’ancienne confĂ©dĂ©ration de huit (1353), puis de treize cantons (1513), et la confĂ©dĂ©ration d’États de la première moitiĂ© du xixe siècle. Dans sa plus rĂ©cente mouture entrĂ©e en vigueur le 1er janvier 2000, la constitution fĂ©dĂ©rale suisse affirme d’entrĂ©e cette dimension militaire de l’État. Il appartient Ă  tout citoyen valide de participer Ă  la dĂ©fense gĂ©nĂ©rale du pays2.

Dans L’ArmĂ©e nouvelle (1910), version « librairie Â» de sa proposition de loi sur l’organisation militaire, Jean Jaurès fait l’éloge du système militaire suisse. Après avoir relevĂ© que « le vice essentiel de notre organisation militaire [française], c’est qu’elle a l’apparence d’être la nation armĂ©e et qu’en effet elle ne l’est point ou qu’elle l’est Ă  peine Â», il s’exclame : « De tous les systèmes militaires pratiquĂ©s dans le monde, c’est Ă  coup sĂ»r le modèle suisse qui se rapproche le plus de l’idĂ©al d’une armĂ©e dĂ©mocratique et populaire : c’est celui qui, par la rĂ©duction au minimum du sĂ©jour Ă  la caserne, par le recrutement non seulement rĂ©gional mais local, par l’organisation de toute la masse des citoyens valides en unitĂ©s territoriales, confond le plus essentiellement la vie militaire et la vie civile. Â»

Ce modèle idĂ©al aux yeux de Jaurès existe-t-il encore ? Qu’en est-il aujourd’hui de ce lien Ă©troit entre les citoyens et leur armĂ©e ? Les pages qui suivent tentent d’apporter une Ă©bauche de rĂ©ponse Ă  ces questions.

  • Le rĂ´le de l’armĂ©e dans l’histoire de la Suisse

Pour le lecteur peu familier de l’histoire de la dĂ©fense suisse, il peut ĂŞtre utile de prĂ©ciser ce qui fait la spĂ©cificitĂ© du système dont Jaurès vante les mĂ©rites. Le terme « milice Â» est ambigu et a souvent une connotation pĂ©jorative : les citoyens français ayant vĂ©cu l’Occupation et les Polonais de Solidarnosc ne gardent pas de bons souvenirs de leur milice... D’oĂą la nĂ©cessitĂ© de prĂ©ciser ce qui caractĂ©rise le système de milice suisse.

Chaque citoyen, à côté du métier qu’il exerce à plein-temps, participe aux tâches d’intérêt général, plus particulièrement à celles liées à la sécurité de la collectivité. Ce n’est pas uniquement l’armée qui est bâtie sur le principe de milice, mais l’ensemble de la société suisse. Les parlements, qu’ils soient communaux, régionaux ou national sont des parlements de milice, c’est-à-dire que les députés et les sénateurs exercent un métier à plein-temps et ce n’est qu’accessoirement qu’ils remplissent leur mandat politique. De la même façon, une grande partie des corps de pompiers est aujourd’hui encore de milice. Dans de nombreuses municipalités, les habitants sont astreints jusqu’à un certain âge au service du feu, sinon ils s’acquittent d’une taxe.

L’armée de milice procède de la même idée. Ses huit cent mille hommes entre 1960 et 19953, soldats, sous-officiers, officiers subalternes ou supérieurs, exercent dans leur écrasante majorité une profession civile à plein-temps et font leur devoir militaire soit, à l’époque de la guerre froide, entre trois cents et mille cinq cents jours de service suivant le grade, accomplis entre vingt et cinquante ans. En service, ils continuent à recevoir une bonne partie de leur salaire grâce au système de la caisse de compensation.

Les soldats et l’ensemble des cadres, jusque dans les fonctions les plus Ă©levĂ©es, sont des non-professionnels. Des officiers et des sous-officiers de carrière – on les appelle instructeurs jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 2000 â€“ forment et soutiennent les cadres de milice durant leur formation de base et leurs Ă©coles d’avancement. Ces professionnels assument un commandement dans l’armĂ©e et avancent en grade selon les mĂŞmes critères que leurs camarades de milice. Quelques pilotes de chasse assurent la permanence de la surveillance aĂ©rienne, du personnel civil entretient les infrastructures, gère, rĂ©tablit les matĂ©riels et assure l’administration centrale. Ă€ l’époque de la guerre froide, leur nombre s’élevait Ă  environ quinze mille personnes pour un effectif rĂ©glementaire de six cent quatre-vingt mille hommes. Il n’a jamais existĂ© en Suisse de troupes ou de corps social militaire permanents comme en France ou en Grande-Bretagne.

Toute rĂ©flexion portant sur la dĂ©fense suisse doit commencer par une Ă©tude approfondie de son histoire. « L’armĂ©e suisse n’est pas le rĂ©sultat d’une crĂ©ation spontanĂ©e ; elle est partie intĂ©grante d’un processus historique, qui a durĂ© des siècles Â», comme l’écrit Hans Rudolf Kurz dans Cent ans d’armĂ©e suisse (1981), ouvrage qui fait encore aujourd’hui autoritĂ©. C’est entre autres pour cette raison que le système de milice suisse ne peut pas ĂŞtre transposĂ© tel quel dans un autre pays.

Il ne peut ĂŞtre question ici de retracer un processus de plus de sept cents ans. RĂ©sumons ! Depuis le pacte de 1291 jusqu’à la fin du xxe siècle, l’armĂ©e joue toujours un rĂ´le majeur, voire central, aussi bien dans la politique que dans la sociĂ©tĂ© en gĂ©nĂ©ral. Elle est comme un ciment de la nation, un moyen d’intĂ©gration des diffĂ©rentes langues et cultures qui constituent la Suisse, et un fort facteur d’identification dans la mĂ©moire collective. Ce rĂ´le n’a jamais Ă©tĂ© vraiment remis en question jusque dans les annĂ©es 1990.

C’est probablement durant le xxe siècle, avec deux conflits mondiaux, que cette symbiose peuple/armĂ©e atteint son plus haut niveau. Durant la guerre froide, l’intĂ©gration de l’armĂ©e dans l’appareil de l’État semble presque totale. En effet, le concept de « dĂ©fense gĂ©nĂ©rale Â» permet, en cas de guerre, de militariser l’ensemble des fonctions de celui-ci.

Lors d’une mobilisation partielle ou gĂ©nĂ©rale, les chemins de fer fĂ©dĂ©raux (cff), la poste et les tĂ©lĂ©communications, pour ne prendre que quelques exemples, peuvent passer sans transition et sans rĂ©organisation sous commandement militaire. Les cadres civils de ces entreprises d’État sont, dès le temps de paix, incorporĂ©s dans la structure militaire correspondante : en cas de conflit, le directeur des tĂ©lĂ©communications devient commandant de la brigade de tĂ©lĂ©communication et le directeur des cff chef du service militaire des chemins de fer. Si la situation l’exige, toute une sĂ©rie de services dits coordonnĂ©s, comme le service de santĂ© ou l’économie de guerre, garantissent la mise en commun des moyens civils et militaires du domaine en question sous la responsabilitĂ© d’une autoritĂ© militaire prĂ©dĂ©finie. La protection civile gère un parc d’abris antiatomiques prĂ©vus pour l’ensemble de la population, tous les axes routiers majeurs, les voies ferrĂ©es importantes sont prĂ©parĂ©s Ă  la destruction avec des ouvrages minĂ©s dans lesquels les explosifs sont disposĂ©s dès le temps de paix.

Si le principe du peuple en armes n’a jamais Ă©tĂ© vĂ©ritablement remis en question durant plus de sept cents ans, cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas eu des pĂ©riodes de contestation, notamment après la naissance en Suisse du parti socialiste, dont le pacifisme et l’antimilitarisme sont en quelque sorte importĂ©s de l’étranger. Cette tendance est notamment attestĂ©e par un tĂ©lĂ©gramme des jeunesses socialistes suisses, mentionnĂ© dans le rapport sur l’antimilitarisme Ă  la confĂ©rence nationale des jeunesses socialistes du 23 mars 1913.

Ă€ la sortie de la Grande Guerre, en novembre 1918, la Suisse connaĂ®t une grève gĂ©nĂ©rale orchestrĂ©e par des organisations ouvrières et des syndicats, qui s’explique par la baisse du niveau de vie et l’indigence dues Ă  quatre ans de guerre aux frontières et aux pĂ©riodes passĂ©es sous les drapeaux sans compensation des salaires perdus. Ă€ l’époque, le Conseil fĂ©dĂ©ral et le commandement de l’armĂ©e croient Ă  tort qu’il s’agit d’une grève rĂ©volutionnaire tĂ©lĂ©commandĂ©e par Moscou, ce qui explique une mobilisation partielle de l’armĂ©e alors que la grippe espagnole sĂ©vit dans le pays. L’évĂ©nement laissera des traces dans le mouvement ouvrier qui, jusqu’au milieu des annĂ©es 1930, prendra ses distances par rapport Ă  la dĂ©fense nationale. Ă€ ses yeux, l’armĂ©e n’est pas l’armĂ©e du peuple, mais celle de la bourgeoisie, dont la mission est de servir d’abord les intĂ©rĂŞts du grand capital et, accessoirement, de mater le prolĂ©tariat. Ce sentiment se trouve renforcĂ© par les Ă©vĂ©nements de novembre 1932 Ă  Genève, lorsque des sections d’une Ă©cole de recrues d’infanterie, chargĂ©es d’assurer l’ordre, ouvrent le feu sur des citoyens, la plupart socialistes ou communistes, venus manifester contre un meeting d’une organisation fasciste. On dĂ©plore treize morts… Aujourd’hui encore, l’aile pacifiste du parti socialiste se manifeste aux chambres fĂ©dĂ©rales4 en refusant systĂ©matiquement les crĂ©dits militaires. En 2011, elle a obtenu que la suppression de l’armĂ©e figure comme un objectif Ă  long terme dans le programme du parti.

Après Mai-68, une seconde période de contestation secoue les sociétés occidentales, donc la Suisse, caractérisée par une critique radicale de toute forme d’autorité. Elle a, inévitablement, des répercussions au sein des armées, à plus forte raison dans une armée populaire de milice. Avec le recul, il faut constater qu’en Suisse, l’action des comités de soldats, comme les autres incitations au refus de servir ou au démantèlement de l’armée émanant des milieux de gauche n’entament pas vraiment la croyance de la grande majorité des Suisses dans la nécessité d’une force armée et dans l’opportunité d’une armée de milice.

L’ostracisme envers les objecteurs de conscience apparaît comme un moyen de mesurer combien le peuple suisse tient à l’obligation générale de servir. Dès 1903, le mouvement pacifiste s’engage en faveur des objecteurs. Par deux fois (1974 et 1984), le peuple suisse refuse par vote l’introduction d’un service civil. Ce n’est qu’en 1992 qu’il accepte la modification de l’article de la constitution fédérale réglant l’obligation de servir en introduisant la possibilité d’un service civil pour les objecteurs de conscience.

En rĂ©sumĂ©, on peut affirmer que, conscients jusqu’en 1990 du danger pour le pays d’être entraĂ®nĂ© dans un conflit en Europe, voire d’être envahi, une Ă©crasante majoritĂ© des Suisses adhèrent avec conviction Ă  trois principes et sont prĂŞts Ă  en assumer les consĂ©quences, tant financières que personnelles :

  • sauvegarder l’indĂ©pendance du pays par la neutralitĂ© armĂ©e ;
  • donner une crĂ©dibilitĂ© Ă  cette politique par une stratĂ©gie de dissuasion, un prix d’entrĂ©e ou de passage Ă©levĂ©, voire exorbitant en termes de pertes militaires. Le message adressĂ© Ă  tout agresseur potentiel pourrait ĂŞtre le suivant : un passage Ă  travers le territoire ou l’espace aĂ©rien suisse sera plus coĂ»teux et plus long qu’une opĂ©ration de contournement de la Suisse. Le territoire sera âprement dĂ©fendu dès la frontière et les voies de communication, les infrastructures et nos industries seront dĂ©truites avant que vous puissiez les utiliser. D’oĂą la nĂ©cessitĂ© d’avoir une armĂ©e crĂ©dible, c’est-Ă -dire bien armĂ©e, Ă©quipĂ©e et entraĂ®nĂ©e, ainsi qu’une sociĂ©tĂ© civile prĂ©parĂ©e Ă  la dĂ©fense gĂ©nĂ©rale ;
  • chaque citoyen participe personnellement Ă  l’effort de dĂ©fense, d’oĂą l’acceptation du principe de l’obligation gĂ©nĂ©rale de servir.
  • Le rĂ´le de l’armĂ©e aujourd’hui : rupture avec le passĂ© ?

Trois phĂ©nomènes, plus ou moins concomitants, modifient profondĂ©ment la donne de l’armĂ©e suisse Ă  la fin du xxe siècle : les bouleversements gĂ©opolitiques provoquĂ©s par la chute du mur de Berlin et l’implosion de l’Union soviĂ©tique, la croissance et le renforcement de l’Union europĂ©enne, la mondialisation et la globalisation. Ces changements font voler en Ă©clats le large consensus qui existait jusqu’alors, notamment durant la guerre froide, autour des questions de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ©, mettant dans la foulĂ©e en lumière les limites du système de milice.

Celui-ci a des qualités et des avantages indéniables, comme le relevait déjà Jaurès. Il convient très bien lorsqu’il s’agit de défendre le territoire national et son espace aérien face à une menace dirigée directement contre lui, que celle-ci soit purement militaire ou multiforme comme aujourd’hui. Il rend également d’éminents services dans des opérations de type Vigipirate lorsque, sur le territoire national, il faut surveiller et protéger des espaces, des ouvrages et des infrastructures vitales, ou des personnes. Il s’avère en revanche mal adapté pour la projection de forces hors du pays, dans le cadre d’opérations extérieures, surtout lorsque celles-ci se prolongent dans la durée.

Les nouvelles menaces se font sentir loin des frontières de la Suisse ; leur caractère global et multiforme exige des rĂ©ponses globales, toujours plus sophistiquĂ©es et onĂ©reuses. D’oĂą la nĂ©cessitĂ©, pour des raisons de coĂ»ts et d’efficacitĂ©, de mutualiser les moyens militaires, dans la dĂ©fense de l’espace aĂ©rien par exemple. Une telle Ă©volution va Ă  l’encontre d’une politique de neutralitĂ© armĂ©e et autonome.

Le contexte gĂ©opolitique n’est pas le seul Ă  peser sur le système militaire suisse : globalisation, mondialisation et autres Ă©volutions sociĂ©tales modifient profondĂ©ment un certain nombre de conditions-cadres, telle la disponibilitĂ© des citoyens face Ă  l’obligation de servir. Objectivement, est-elle limitĂ©e par des facteurs Ă©conomiques et socioprofessionnels ou par des changements dans les motivations personnelles ? Il y a encore les finances ! Gambetta aurait dit que la politique est l’art du possible… Et, selon nous, du compromis. Ces principes valent particulièrement pour les finances publiques. Il appartient aux militaires de dĂ©montrer quels moyens sont nĂ©cessaires pour mener Ă  bien les missions reçues du politique et combien elles coĂ»tent. Au politique ensuite de mettre en regard ces demandes avec les coĂ»ts des autres tâches de l’État et de procĂ©der Ă  de douloureux arbitrages. Des adaptations importantes apparaissent indispensables.

Comme le soulignait Jaurès, la milice, c’est le peuple en armes, soit l’ensemble de la population valide. En cas de danger, tous les citoyens aptes, hommes et femmes, doivent se mettre au service du pays. Pourtant, les femmes (plus de la moitiĂ© de la population) et les rĂ©sidents Ă©trangers qui bĂ©nĂ©ficient d’un permis de sĂ©jour et profitent donc du bien-ĂŞtre suisse (plus de 20 % de la population) ne sont pas astreints au service militaire. Ajoutons-y tous ceux dĂ©clarĂ©s inaptes au service lors des opĂ©rations de recrutement. Dans certaines rĂ©gions, il s’agit de la moitiĂ© des conscrits… Force est alors de constater aujourd’hui que seule une petite minoritĂ© s’engage pour la dĂ©fense du pays les armes Ă  la main. Or la clĂ© de voĂ»te du système de milice est l’égalitĂ© des citoyens et citoyennes face Ă  l’obligation de servir.

Des réflexions sont menées pour trouver des solutions, par exemple l’instauration d’un service national à la communauté en compensation du privilège d’habiter le pays, auxquels tous les habitants de la Suisse seraient astreints. Il pourrait prendre les formes les plus diverses. Le service militaire n’en serait qu’une modalité, récompensée par des avantages adéquats (remise d’impôts, aide financière aux études, priorité d’embauche dans la fonction publique…), puisque, pouvant aller jusqu’au sacrifice de la vie, il est le service le plus astreignant, le plus contraignant et le plus risqué.

La milice fonctionne lorsque le domicile, le lieu de travail et le secteur d’engagement en cas de défense sont géographiquement proches, voire identiques. Les brigades frontières du temps de la guerre froide donnent une bonne illustration de cette réalité. Arc-boutées sur des renforcements de terrain, elles barraient le secteur frontière dans la profondeur avec des troupes sédentaires appartenant à la classe d’âge dite de Landwehr5. En principe, les hommes habitaient dans le secteur d’engagement de leur régiment.

Avec l’accroissement de la mobilitĂ© gĂ©ographique des individus, la globalisation et la mondialisation de l’économie et des emplois, cette condition ne peut plus ĂŞtre remplie. Lors d’une rĂ©cente mise sur pied d’un bataillon du gĂ©nie chargĂ© de lutter contre des inondations, une partie des hommes, notamment des spĂ©cialistes indispensables comme les conducteurs de machines de chantier, ne sont pas entrĂ©s en service, quand bien mĂŞme il s’agissait d’une formation dite d’alerte, et qu’officiers, sous-officiers et soldats Ă©taient Ă©quipĂ©s des moyens de communication les plus modernes. Ces absences ne sont pas dues Ă  un manque de civisme ou Ă  de la mauvaise volontĂ©. Beaucoup de ces militaires se trouvent en voyage d’affaires en Chine ou au Japon, en vacances aux Seychelles ou Ă  la Martinique !

Ă€ l’évidence, le système de milice ne fonctionne que si les plus aptes au commandement acceptent d’assumer des responsabilitĂ©s au sein de l’armĂ©e. Ce fut longtemps le cas. Il n’était pas rare que l’instituteur du village, le maĂ®tre Ă  l’école secondaire ou au collège serve comme officier dans le rĂ©giment d’infanterie d’élite, puis dans la brigade frontière de Landwehr de la rĂ©gion. Les cadres supĂ©rieurs des banques, des assurances et de la plupart des grandes entreprises Ă©taient des officiers supĂ©rieurs, officiers d’état-major gĂ©nĂ©ral, voire commandants de brigade. L’économie privĂ©e encourageait l’avancement militaire et elle y trouvait vraisemblablement son compte. Philippe de Weck, juriste de formation, directeur gĂ©nĂ©ral de l’Union de banques suisses (ubs) avant d’en prĂ©sider le conseil d’administration, n’a jamais fait d’école de gestion aux États-Unis. Il prĂ©tend que sa formation d’officier d’état-major gĂ©nĂ©ral lui a beaucoup servi dans sa carrière bancaire. De nombreux officiers siĂ©geaient Ă©galement dans les deux chambres du Parlement fĂ©dĂ©ral et dans les parlements cantonaux. Aujourd’hui, il semble n’y avoir que six officiers parmi les deux cents dĂ©putĂ©s du Conseil national !

Avec la mondialisation et la globalisation, bon nombre de dirigeants de grandes entreprises suisses, comme les responsables des ressources humaines – souvent des femmes â€“ sont des Ă©trangers peu enclins Ă  tolĂ©rer les absences de longue durĂ©e dues au service militaire. Parallèlement, de nombreux cadres suisses, qui travaillent Ă  l’étranger, ne peuvent plus rentrer pour accomplir pĂ©riodiquement leur service.

Il ne faudrait pas oublier que les entreprises, et l’économie en gĂ©nĂ©ral, supportent une part importante des coĂ»ts occultes de l’armĂ©e de milice, ne serait-ce qu’en acceptant que les collaborateurs s’absentent trois semaines chaque annĂ©e sans vĂ©ritable compensation financière. Jusque dans les annĂ©es 1980, toutes les entreprises, moins soumises aux pressions Ă©trangères, Ă©taient logĂ©es Ă  la mĂŞme enseigne ; avec la mondialisation, beaucoup d’entre elles se trouvent en concurrence directe avec des entreprises Ă©trangères qui n’ont pas Ă  supporter les coĂ»ts indirects de leur dĂ©fense nationale, d’oĂą une distorsion de la concurrence. Il n’est donc pas surprenant que les employeurs suisses soient aujourd’hui bien moins enclins Ă  accepter, et encore moins Ă  encourager leurs collaborateurs Ă  faire du service militaire, qu’il manque des chefs de section et des commandants d’unitĂ©, que la majoritĂ© des capitaines et des officiers supĂ©rieurs soient des officiers de carrière, des fonctionnaires des cantons et de la ConfĂ©dĂ©ration. Le corps enseignant, depuis l’école primaire jusqu’au lycĂ©e, ne fournit plus que de rares officiers. En 2000, parmi les cent professeurs d’un lycĂ©e romand comprenant six cents Ă©lèves, il n’y a que trois officiers…

Cette dĂ©saffectation des meilleurs pour la chose militaire apparaĂ®t comme une rupture historique :

  • il est de plus en plus difficile de recruter les sous-officiers et les officiers pour encadrer les troupes. Il manque aujourd’hui chaque annĂ©e Ă  peu près un quart des candidats pour alimenter l’effectif nĂ©cessaire de mille deux cents lieutenants ;
  • l’introduction du système de Bologne dans les Ă©tudes universitaires et l’accroissement du nombre de cadres Ă©trangers dans les grandes entreprises rendent pratiquement impossible de mener de front des Ă©tudes, l’école de recrues, les Ă©coles d’avancement et les paiements de galons. Plus tard, il en va de mĂŞme pour des carrières professionnelle et militaire ;
  • les officiers d’état-major gĂ©nĂ©ral n’ayant pas l’État comme employeur ne reprĂ©sentent que 20 % des effectifs dans les rĂ©centes promotions, alors que leur part s’élevait encore Ă  60 % dans les annĂ©es 1990 ;
  • le nombre de parlementaires cantonaux et fĂ©dĂ©raux, officiers en activitĂ© ou Ă  disposition, fond comme neige au soleil. Comment s’étonner dès lors que les votes du Parlement fĂ©dĂ©ral soient moins favorables Ă  l’armĂ©e ?

Pour garder sa force et sa vigueur, une armée de milice doit être présente dans la vie quotidienne des citoyens, comme ce fut le cas jusque dans les années 1990. Dans presque toutes les familles du pays, femme et enfants voyaient le père, un frère ou un oncle partir une fois par an, avec son paquetage et son fusil, pour accomplir son cours de répétition. Le dimanche soir, les gares et les trains étaient bondés de militaires rejoignant leur unité après le congé dominical.

Chaque commune avait l’obligation légale de mettre à disposition des cantonnements pour l’équivalent d’une unité élémentaire, c’est-à-dire une compagnie, des logements pour les sous-officiers et les officiers et, surtout, des places de tir et d’exercices. La majorité des formations faisaient leur cours de répétition dans des villages. Plusieurs fois par an, les enfants des écoles côtoyaient des militaires qui logeaient dans la salle de gymnastique ou utilisaient le préau comme parc à véhicules. L’armée est partout présente dans le quotidien de la population, d’autant que les grandes manœuvres ou les exercices de troupes se déroulaient en principe dans le secteur d’engagement des divisions ou du corps d’armée concerné. Des centaines de véhicules blindés, une masse de véhicules à pneus évoluaient sur le réseau routier, survolés à grand fracas par des avions de combat et des hélicoptères, ce qui provoquait de gros bouchons. Les troupes cantonnaient dans des bâtiments privés et des fermes...

Or, entre 1995 et 2003, l’armée suisse est passée d’un effectif réglementaire de six cent vingt-cinq mille hommes à cent vingt mille. Cette diminution drastique des militaires et de la durée de leur obligation de servir a fait presque disparaître l’armée de la vie quotidienne des Suisses, d’autant qu’elle se retire alors dans les casernes et les places de tir.

Les Suisses restent nĂ©anmoins très attachĂ©s Ă  leur armĂ©e, en particulier au système de milice. Ils l’ont prouvĂ© Ă  plusieurs reprises lors de rĂ©centes votations populaires. L’actuelle loi en vigueur sur l’organisation de l’armĂ©e a Ă©tĂ© acceptĂ©e en 2003 par 76 % des votants. Quelques annĂ©es auparavant, les Suisses ont par deux fois rejetĂ© des initiatives Ă©manant de cercles antimilitaristes et pacifistes visant Ă  affaiblir l’armĂ©e. En 1993, ils ont rĂ©servĂ© le mĂŞme sort Ă  l’initiative pour une Suisse sans nouveaux avions de combat et, en 2000, Ă  celle visant Ă  rĂ©duire les dĂ©penses militaires. Tout rĂ©cemment, en 2011, ils ont confirmĂ© leur volontĂ© que chaque citoyen-soldat astreint au service garde son arme personnelle Ă  la maison. Il n’existe probablement aucune autre armĂ©e au monde dont l’existence soit rĂ©gulièrement lĂ©gitimĂ©e par des votes populaires.

  • Quelle place pour l’armĂ©e dans la sociĂ©tĂ© suisse de demain ?

Depuis la chute du mur de Berlin et l’éclatement de l’Union soviĂ©tique, la Suisse se trouve Ă  une pĂ©riode charnière de son histoire, dans un environnement sĂ©curitaire inĂ©dit, dans une situation inconnue avant 1990. Depuis le pacte de 1291, elle n’a jamais Ă©tĂ© entourĂ©e de voisins faisant tous partie de la mĂŞme organisation politique, intĂ©grĂ©s dans le mĂŞme système de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure (Schengen). En termes de gĂ©ostratĂ©gie et de gĂ©opolitique, il n’existe plus de Sonderfall Schweiz (« cas particulier suisse Â»). Le pays se trouve gĂ©ostratĂ©giquement au cĹ“ur de l’Europe, et la traditionnelle sĂ©paration entre sĂ©curitĂ© intĂ©rieure (tâche prioritaire de la police) et sĂ©curitĂ© extĂ©rieure (mission première de l’armĂ©e) s’estompe de plus en plus. Le monde des certitudes de la guerre froide – une menace militaire uniforme, bien identifiĂ©e, venant de l’Est â€“ n’existe plus. Des instruments de politique extĂ©rieure (la neutralitĂ©) et de politique intĂ©rieure (le système de milice et le fĂ©dĂ©ralisme), bien rodĂ©s et ayant fait la preuve de leur efficacitĂ© durant plus de sept cents ans, dĂ©voilent brusquement leurs limites. La Suisse se trouve Ă  un carrefour et elle hĂ©site entre trois voies, chacune ayant un effet diffĂ©rent sur le rĂ´le de l’armĂ©e :

  •  la poursuite dans la voie de l’autonomie, assortie de la neutralitĂ© armĂ©e, exigeant une armĂ©e forte, polyvalente, capable d’assumer de manière largement autonome les tâches de dĂ©fense ;
  • la voie bilatĂ©rale, c’est-Ă -dire des accords ponctuels avec des pays voisins ou des organisations multinationales. C’est par exemple la solution choisie dans le domaine de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure avec l’adhĂ©sion Ă  l’espace Schengen. Cette voie offre la possibilitĂ© de coopĂ©rations systĂ©matiques avec des forces armĂ©es Ă©trangères ;
  •  l’adhĂ©sion Ă  une organisation politique comme l’Union europĂ©enne ou l’otan, avec toutes les consĂ©quences que cela implique pour l’intĂ©gration de l’armĂ©e dans des organismes supranationaux.

Les rĂ©centes votations portant sur la place de la Suisse dans le monde (adhĂ©sion Ă  l’onu et Ă  l’Espace Ă©conomique europĂ©en) montrent une population très partagĂ©e sur la question, un clivage entre ce que l’on pourrait appeler, de manière un peu simplificatrice, les « traditionnalistes-autonomistes Â» et les « modernistes-internationalistes Â». Les deux camps sont Ă  peu près de force Ă©gale.

Il n’en reste pas moins que les problèmes de défense ne peuvent plus être résolus exclusivement au plan national. L’idéal d’une souveraineté absolue et totale de la Suisse en matière de défense ne résiste pas à la réalité de son nouvel environnement géostratégique et géopolitique. La globalisation et la mondialisation induisent des menaces transnationales dont l’ampleur et la complexité dépassent largement les capacités d’un petit État. La prise en compte de la menace de l’espace aérien doit se faire, par exemple, à des centaines de kilomètres au-delà de la frontière nationale, sans parler de ce qu’exigent la lutte efficace contre les missiles balistiques et la maîtrise des flux migratoires ou du crime organisé.

Beaucoup de Suisses n’ont pas encore pris conscience que la protection de leurs intĂ©rĂŞts commence lĂ  oĂą ils sont menacĂ©s, non pas Ă  la frontière nationale, mais Ă  des milliers de kilomètres, au Kosovo, sur les cĂ´tes somaliennes, en Afghanistan. La dĂ©fense des intĂ©rĂŞts nationaux, si nĂ©cessaire par les armes hors du territoire, n’est pas le souci majeur des citoyens. Leur crainte, c’est l’insĂ©curitĂ© au quotidien dont ils sont souvent victimes (vols, agressions, incivilitĂ©s). D’oĂą un regain d’intĂ©rĂŞt pour la police chez les parlementaires suisses et un abandon, mĂŞme chez les dĂ©putĂ©s « bourgeois Â», des questions de dĂ©fense qui ne sont pas porteuses dans une campagne Ă©lectorale.

Si la Suisse ne se positionne pas clairement face au monde et à l’Europe en matière de politique de défense et de sécurité, il existe un risque qu’une partie de la population, notamment les jeunes, ne soit plus d’accord pour effectuer le service militaire, l’utilité d’une armée centrée sur la défense des frontières nationales ne leur paraissant pas évidente.

Les responsables politiques devront convaincre les citoyens de voter les mesures adĂ©quates qui, selon toute vraisemblance, passeront par un rapprochement avec l’Europe, sous des formes qui restent Ă  dĂ©finir. Le travail de conviction et d’information qui attend les responsables politiques et militaires est considĂ©rable. Il leur faut en effet convaincre de remettre en question, voire d’abandonner des principes politiques tels que la neutralitĂ©, le système de milice, le fĂ©dĂ©ralisme, la dĂ©mocratie directe qui ont fait leurs preuves durant plus de sept cents ans et qui ont Ă©vitĂ©, depuis plus de deux cents ans, que le pays soit touchĂ© par la guerre, en particulier pendant les deux conflits mondiaux. La partie n’est pas gagnĂ©e d’avance, car, dans une dĂ©mocratie semi-directe, toutes les grandes dĂ©cisions, notamment celles qui touchent Ă  la dĂ©fense, sont soumises au vote populaire. Pour faire passer un projet, il faut plus de 50 % des voix ! Or, aujourd’hui, le souverain suisse est encore très partagé…

Les récentes réformes adoptées par le gouvernement et le parlement suisses amorcent une certaine ouverture sur la coopération en matière de défense, mais restent résolument attachées au principe d’une armée de milice. Convenons que les expériences faites dans les pays voisins, qui ont suspendu la conscription, n’encouragent guère à modifier le système helvétique, et ce d’autant qu’une armée professionnelle en Suisse serait, compte tenu du niveau des salaires et du degré d’intégration des jeunes dans l’économie, à la fois hors de prix et irréalisable. L’armée ne trouverait ni le nombre suffisant de volontaires ni l’argent pour payer des soldes concurrentielles avec les rémunérations du secteur civil.

En dernière analyse, il s’avère difficile d’évaluer le rôle à moyen et à long terme de la société hédoniste et de la mondialisation de l’économie sur le fonctionnement du système de milice. Dans l’état actuel des choses, c’est plutôt le scepticisme qui domine. Les conditions cadres nécessaires au bon fonctionnement de la milice ne semblent pas évoluer dans le bon sens. Mais rien n’empêche de penser que, dans un avenir pas trop lointain, la démondialisation et le retour à une société plus sensible à des valeurs comme le bien commun, le dévouement à la collectivité et l’esprit de coopération redonneront force et vigueur à ce système. Par le passé, l’homme, comme individu et comme membre d’une collectivité, a toujours trouvé des solutions pour vaincre des obstacles qui paraissaient a priori insurmontables.

Les défis que doit affronter l’armée suisse dans un proche avenir sont considérables. Étant optimistes de nature et confortés par les leçons de l’Histoire, nous restons convaincus qu’un système militaire essentiellement fondé sur l’engagement personnel de chaque citoyen pour défendre, les armes à la main, les intérêts de son pays et les valeurs de sa culture a un avenir devant lui.

1 Les actuels cantons d’Uri et de Schwytz, le demi-canton de Nidwald.

2 Par défense générale, on entend en Suisse la défense militaire, la protection civile (une place dans un abri antiatomique pour chaque habitant), la défense économique et la défense psychologique.

3 Effectifs réels de l’armée, à ne pas confondre avec les effectifs réglementaires.

4 Au niveau fédéral, le législatif, aussi appelé Chambres fédérales, comprend le Conseil national (la Chambre du peuple) et le Conseil des États (la Chambre des cantons). Lorsque les deux Chambres siègent ensemble, par exemple pour élire le Conseil fédéral (gouvernement suisse), on parle d’Assemblée fédérale.

5 LittĂ©ralement Landwehr signifie en allemand « dĂ©fense du territoire Â». En Suisse, la Landwehr, une classe d’âge, comprend les hommes entre trente-deux et quarante ans qui ont fait leur service en Ă©lite (vingt/trente et un ans).

De la fin de la guerre Ă  la fi... | F. Lecointre