N°21 | La réforme perpétuelle

Préface de Pierre Schoendoerffer, introduction du général Maurice Faivre
Harkis, soldats abandonnés
TĂ©moignages
Paris, XO Éditions, 2012
Préface de Pierre Schoendoerffer, introduction du général Maurice Faivre, Harkis, soldats abandonnés, XO Éditions

L’histoire des harkis hante la mĂ©moire française, comme une tache indĂ©lĂ©bile qui noircit l’honneur de notre pays. Ces tĂ©moignages bouleversants contribuent Ă  Ă©clairer cette tragĂ©die en lui confĂ©rant toute sa complexitĂ©. Cette histoire oppose plusieurs concepts contradictoires de l’honneur et nous rappelle notre propre histoire de rĂ©sistance et de collaboration. Les harkis peuvent, en effet, apparaĂ®tre comme des collaborateurs. Mais leur engagement n’a rien de commun avec la collaboration française de la Seconde Guerre mondiale. Pris dans l’engrenage d’une guerre civile, sans choix qui leur soit laissĂ©, en particulier celui de la neutralitĂ©, choquĂ©s par les violences du fln Ă  l’égard de leurs familles, vivant dans la misère, sensibles aux arguments de militaires français qui leur font miroiter les avantages et le prestige d’un uniforme sous lequel leurs aĂŻeux se sont battus, ils rejoignent des harka, commandĂ©s par des officiers français en lesquels ils ont pleine confiance. La brutalitĂ© de l’indĂ©pendance en fait soudain des parias des deux cĂ´tĂ©s de la MĂ©diterranĂ©e. Pour le fln et les combattants de la dernière heure, ils sont des traĂ®tres. Pour les Français, des indĂ©sirables. Un grand nombre d’entre eux ont Ă©tĂ© massacrĂ©s dans des conditions abominables. Quelques officiers français ont sauvĂ© l’honneur en les protĂ©geant et en les ramenant en France contre les ordres. L’accueil qui leur a Ă©tĂ© fait a Ă©tĂ© bien mitigĂ©. Les exilĂ©s algĂ©riens et la bonne conscience des citoyens français de gauche leur ont reprochĂ© leur engagement. On se souvient de l’expression de Georges Frèche les traitant de « sous-hommes Â». Il leur aura fallu beaucoup de courage pour surmonter leur destin d’abandonnĂ©s. Abandon inexcusable, car leur aide Ă  l’armĂ©e française a Ă©tĂ© fort prĂ©cieuse durant la guerre d’AlgĂ©rie, mĂŞme si leur combat s’est bien sĂ»r, Ă  la lumière de l’histoire, rĂ©vĂ©lĂ© vain et du mauvais cĂ´tĂ©. La diversitĂ© des tĂ©moignages français et algĂ©riens, sans complaisance ni langue de bois, fait de ce livre une mĂ©moire vivante qui ne peut laisser insensible le lecteur qui voudrait tellement que l’histoire ne soit pas celle qui fut.


GĂ©nĂ©ral Henri BentĂ©g... | Aimer l’armĂ©e