Numéro 37

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DOSSIER

Ces armes de destruction pas très mineuresPhilippe Chapleau
La guerre n’est pas un jeu, or des milliers d’enfants la font au sein d’institutions militaires, de groupes armés, de gangs mafieux ou d’organisations terroristes. Volontaires parfois, recrutés de force le plus souvent, ils constituent un défi tant tactique que stratégique que doivent relever les forces de sécurité.
À l’école de l’État islamique : les « lionceaux du califat »Wassim Nasr
Dès son implantation en Syrie, l’éducation et la formation des enfants et des adolescents furent une priorité pour l’État islamique. Il a ainsi mis en application une stratégie indispensable à son modèle de société, à sa pérennité et à celle de son idéologie.
Dans un camp de réfugiésMohammed Gartoum
L’Agence des Nations unies pour les réfugiés estime le nombre de personnes réfugiées dans le monde à vingt-trois millions et de personnes déplacées à soixante-cinq millions. Plus de la moitié d’entre elles ont moins de dix-huit ans. Mohammed Gartoum, psychiatre militaire marocain, rapporte ici son expérience auprès des enfants du camp de Zaatari, en Jordanie.
L’étrange destin de Saïd FerdiPatrick Clervoy
Entre dix et quinze ans, Saïd Ferdi fut chahuté entre fln et armée française, ses bourreaux devenant ses protecteurs. Or à aucun moment de son autobiographie publiée en 1981 il ne porte de jugement sur les protagonistes de son histoire : entré dans la guerre enfant, il y est resté avec son jugement d’enfant. Retour sur un étrange destin.
Des enfants-soldats à Sparte ?Françoise Ruzé
Longtemps les historiens, en s’appuyant sur les écrits de Plutarque, ont décrit un rapport obsessionnel à la guerre dans les pratiques éducatives spartiates, faisant des jeunes Lacédémoniens de véritables enfants-soldats. Une vision largement remise en cause aujourd’hui.
Enfant de troupe et enfant-soldatElrick Irastorza
Pour le général Irastorza, il convient de s’élever contre l’amalgame entre enfant de troupe et enfant-soldat que certains pourraient, par ignorance, être tentés de faire. Il montre ici, à travers le récit d’une partie de sa vie, qu’aucun parallèle n’est possible entre l’une et l’autre de ces conditions humaines.
Enfant de la guerre, enfant de troupe, homme de guerre ?Jean-René Bachelet
« Comme tous les pupilles de la nation, je suis un enfant de la guerre. » Ainsi commence ce récit. Après avoir été enfant de troupe dès dix ans, puis avoir passé cinquante ans sous l’uniforme, son auteur se demande si, « né de la guerre », il a été « élevé pour la guerre », ce qui l’aurait « voué à la guerre ». L’histoire d’une vie marquée par l’amour de la France et le culte de ses valeurs fondatrices.
« Ton père est toujours à côté de toi »Jean-Luc Cotard
Inflexions a rencontré un frère et une sœur, orphelins d’un officier mort en Indochine dans un camp de prisonniers. L’un semble très détaché du sujet, l’autre avide de détails sur la vie de ce père qu’elle n’a pas connu. Un article qui ne cherche pas à théoriser, mais expose par petites touches cette recherche du père.
1953 : prise d’armes aux InvalidesThierry Gineste
Le lieutenant Paul Gineste est mort le 11 janvier 1952 en Indochine. Son fils Thierry, alors qu’il était âgé d’à peine cinq ans, reçut en son nom les insignes de la Légion d’honneur des mains du général Monclar dans la cour d’honneur des Invalides. Aujourd’hui psychiatre reconnu, il revient sur sa douleur d’enfant, sur sa vie bouleversée, sur son deuil impossible.
« Papa est mort en Afghanistan »Nicolas Mingasson
Après avoir partagé pendant un an la vie d’une unité de combat engagée en Afghanistan, Nicolas Mingasson, photographe et grand reporter, a publié un recueil d’entretiens menés avec les parents, les épouses, les enfants, les frères d’armes et les chefs des soldats français morts là-bas. Il reprend ici ce travail pour tenter de cerner le deuil de l’enfant.
Né de père allemandFrancis Boulouart
Francis est né le 23 janvier 1943. Sa mère, Georgette, est une jeune habitante de Calais. Son père, Willi, est… un soldat de la Wehrmacht, qui occupe alors la ville. Francis est un « fils de Boche ». Récit d’une quête d’identité.
Le patriotisme dans l’école en France de 1870 à 1939Entretien avec Olivier Loubes
Contrairement à ce que laissent entendre des discours trop souvent simplistes, si l’école des années 1870-1939 a bien façonné un sentiment citoyen républicain chez les Français, qui débouche sur l’obligation naturelle de prendre les armes, elle s’est toujours refusé à former des soldats.
Qu’est-ce que la guerre ? Mots d’enfants
Pour Inflexions, des enfants d’une classe de CE2 et d’une classe de CM2 ont répondu à la question : « Qu’est-ce que la guerre ? »
Au risque de la transmissionYann Andruétan
En intégrant dans notre récit personnel des enseignements qui vont bien au-delà des injonctions, des savoirs, des rites, des cultures, nous intégrons une longue chaîne de transmission qui fait de nous des héritiers. Or transmettre n’est pas un acte évident et simple. Pour un militaire, c’est se préparer à l’improbable.
Tout chef a été un enfantÉmilien Frey
Souvent premières victimes des heurts des combats, certains enfants souhaitent pourtant embrasser le métier des armes. Quels sont les ressorts de ces histoires individuelles qui entraînent le futur adulte à faire ce choix lourd de sens et à tout mettre en œuvre pour devenir un chef ?
Images du royaume de la mortAvigdor Arikha, 1942-1943
Déporté, Avigdor Arikha, âgé de douze ans, a secrètement dessiné l’horreur qui l’entourait. Une œuvre qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire de l’art. Inflexions publie aujourd’hui certains de ces dessins.
Bara, du héros de papier à l’enfant exemplaireJean-Clément Martin
Parmi les symboles que la iiie République invoque, après 1870, pour légitimer le nouveau régime, le jeune Bara, tué durant la guerre de Vendée, occupe une place importante. Comment rendre compte des vies réelle et imaginaire de cet enfant, soldat et martyr pour les uns, voleur de chevaux et imposteur pour les autres ?
Dessiner la guerre
Durant toute la Grande Guerre, les écoliers de Montmartre ont, en classe, dessiné la guerre au quotidien. Inflexions présente quelques-unes de leurs œuvres.
L’image des enfants dans les cartes postales de la grande guerreMichaël Bourlet
En 1914-1918, les enfants s’imposent comme l’un des grands enjeux de la guerre et l’un des instruments de la mobilisation générale. Leur image est abondamment exploitée par la propagande, notamment par le biais des très populaires cartes postales.
L’enfant et les sortilèges de la guerreYann Andruétan et Aurélie Éon
Faut-il laisser les enfants jouer à la guerre ? Entre ce qui apparaît comme un passage obligé et le souhait d’épargner aux plus jeunes l’exposition à la violence, il est difficile de trancher. Or interroger la place de celle-ci chez les enfants revient en fait à examiner son origine et la place qu’elle tient dans notre culture.
Enfance et violenceFrédérique Gignoux-Froment et Jokthan Guivarch
De prime abord, la guerre semble être la forme de violence la plus extrême à laquelle un enfant peut être exposé, avec des conséquences majeures sur son développement psychique. Néanmoins, moins visibles, les violences quotidiennes, au sein des foyers ou dans les écoles sont une autre voie du traumatisme psychique.
Le scoutisme ou l’espérance d’un monde meilleurPierre-Henri Bertin
« Les outils de la guerre peuvent devenir, auprès de la jeunesse, les outils de la paix et du développement humain, moral et spirituel », disait Baden-Powell. En mettant au centre de son projet le développement individuel des jeunes par les jeunes, avec comme clé de voûte la confiance et le sens de l’engagement, le scoutisme est d’une grande modernité et d’une actualité évidente.

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Numéro 36

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DOSSIER

Le nœud gordienJean-René Bachelet
Quel sens peut avoir l’engagement militaire quand la « survie de la nation » n’est plus en jeu ? En 1999, un document intitulé « L’exercice du métier des armes dans l’armée de terre. Fondements et principes », a cherché à apporter une réponse. Aujourd’hui que l’ennemi a ressurgi au cœur de nos sociétés, les principes énoncés voici bientôt deux décennies sont-ils pour autant invalidés ?
Société héroïque et société posthéroïque : quel sens pour l’action ?Monique Castillo
On peut parler de société « posthéroïque » de deux manières : la première caractérise un pacifisme qui croit révolu le temps des guerres, la seconde regarde la course à l’innovation technologique comme ce qui peut libérer l’homme de la condition humaine. La réalité militaire contraint de poser, par-delà l’estimation de sa performance, la question du sens de l’action.
Rationalité éthique et maîtrise de la violence arméeArmel Huet
Les évolutions et les circonstances des guerres ne peuvent que modifier l’action militaire, constamment sommée de s’adapter. En revanche, elles ne changent en rien l’exigence éthique de la maîtrise de la violence qu’elle doit y inscrire et sans laquelle elle perd sa contribution à la construction de la société et de la paix.
La finalité de la guerre est-elle la paix ?
Plaidoyer pour la politiqueJohn Christopher Barry
Aujourd’hui les guerres ne sont plus des affrontements entre deux armées permanentes dans un duel de puissance de feu, mais des conflits de revendication du monopole de la violence légitime. La politique, source et cause des conflits armés, serait-elle le seul recours contre la guerre de tous contre tous ?
Légitimité et légalité de l’action militaireMarc Guillaume
S’interroger sur le sens de l’action militaire impose de déterminer ce qui peut la justifier. Or il serait inconséquent de se contenter du seul renvoi à la légitimité. La réflexion doit, en la matière, fondamentalement renvoyer à la légalité de cette action, tant au plan international qu’au plan interne.
De l’épée à l’outil : l’armée, communauté ou instrument ?Philippe Vial
Parler d’« outil » militaire ou de défense relève aujourd’hui du cliché. La réification de l’armée accueille pourtant aussi l’exaltation du soldat-citoyen, qui conduit à faire de la France une épée. Un hiatus qui oblige à relativiser l’évidence de cette image et à s’interroger sur les enjeux de son omniprésence actuelle.
Quel sens pour l’action militaire un siècle après 1917 ?Benoît Durieux
Les hécatombes de la Grande Guerre ont conduit à une tentative de mettre fin à la guerre en la rendant injustifiable, impensable et inutilisable. Ce qui a rendu difficile de penser le sens de l’action militaire. Aujourd’hui, la tentation est de la rendre indiscernable, accroissant le risque de l’affranchir de toute limite. Il nous faut nous interroger sur notre responsabilité dans ce processus.
Paix-Guerre : le monde selon André BeaufreHervé Pierre
« Ce n’est plus la paix et pas encore la guerre telle que nous l’envisageons, mais un état intermédiaire que nous appellerons la paix-guerre », écrit André Beaufre en 1939. Un concept qui envisage paix et guerre non plus comme une alternative mais dans un rapport de modulation, et qui pourrait bien être celui qui caractérise notre époque.
La nouvelle donneEntretien avec Didier Castres
Face à un contexte géostatégique nouveau caractérisé par la conjugaison de la mondialisation, de la révolution numérique et de la disparition de l’ordre bipolaire issu de la guerre froide, comment nourrir et structurer les réflexions politico-militaires ?
Des estafettes au digitalOlivier Kempf
Le sens de l’action n’a cessé d’évoluer au cours de l’histoire, pour de multiples raisons parmi lesquelles le facteur technique joue un rôle indubitable. À l’heure du cyber, du numérique et du digital, en attendant les intelligences artificielles, qu’en est-il de la responsabilité du chef et de sa qualité à prendre les décisions ? Il est déjà temps de s’interroger.
Le rempart fissuréBrice Erbland
Aujourd’hui, menace terroriste oblige, le soldat qui part en opération extérieure peut avoir peur pour sa famille, en danger à tout instant sur le territoire national. Que devient alors son sens de l’engagement intrinsèquement fondé sur la protection des siens ? Le rempart national que représentent nos forces armées peut-il se fissurer ?
Vaincre l’hydre de MossoulSébastien Burette
Le terrorisme islamiste incarné par l’EI est aujourd’hui une menace de premier ordre, tant intérieure qu’extérieure. L’élargissement du combat au champ de bataille immatériel est indispensable pour remporter une victoire décisive. Grâce à leurs capacités propres et au modèle social qu’elles incarnent, les forces armées pourraient y contribuer activement.
Combattre et développerRémy Rioux
Depuis une dizaine d’années, les crises internationales connaissent plus de métastases violentes que de résolutions pacifiques. Confrontés à cette profonde mutation, soldats et spécialistes du développement doivent se rapprocher. Car le sens de l’engagement militaire et de l’engagement des acteurs du développement convergent autour d’un défi commun : gagner la paix.
Pourquoi s’engage-t-on ?Thierry Marchand
L’armée de terre évalue chaque année trente mille jeunes Français et en recrute environ quinze mille. Derrière chaque candidature se cache un champ de motivations complexes qui peut nous en apprendre sur le sens de l’engagement individuel et, par là, sur la perception collective que cette jeune génération se fait de l’emploi de la force armée.
Le rôle du chef : donner du sensÉmilien Frey
Dans la rudesse des heurts, dans la douleur de la mort, la conscience ébranlée du soldat recherche invariablement la direction salvatrice à suivre, un cap, un espoir auquel se raccrocher. Le rôle du chef est là : être celui qui parvient à donner du sens quand tout semble en être dépourvu.
Affronter la guerre d’aujourd’hui sans perdre son humanitéPhilippe Barbarin
Dans un article personnel et spirituel, le cardinal-archevêque de Lyon loue l’importance d’une préparation morale aux métiers de la guerre, car dans ce lieu de l’expérience de la violence, les gens d’armes doivent fortifier des remparts intérieurs indispensables à la sauvegarde de leur humanité. Il présente aussi, ce que signifie la paix dans la religion chrétienne.

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Numéro 35

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DOSSIER

À Thomas/Denzel, ce soldat mort au combat qui était mon fils
Marie-Christine Jaillet
Thomas, membre du cpa 10, engagé dans l’opération Barkhane, est mort au combat au Mali, dans le massif du Tigharghar, le 29 octobre 2014. Sa mère, chercheuse de profession, porte témoignage ici pour la première fois de la façon dont ce décès a bouleversé sa vie.
La mort d’aujourd’hui est inédite, presque inhumaineDamien Le Gay
Rien ne s’arrête plus quand une personne vient à mourir. Pire : le transport des cadavres est désormais considéré comme une nuisance. Cette manière « moderne » de mourir remet en cause le programme de l’humanisme. Si nous n’aménageons plus un moment de répit partagé face à la tragédie de notre finitude inéluctable, ne remettons-nous pas en cause l’affirmation de notre liberté ?
La mort au front : vérité de la vie ?Monique Castillo
La mort au front nie la mort en s’exténuant elle-même dans une ultime élévation à une vie plus haute. La bravoure guerrière atteint alors un sommet indépassable : la conversion de la vie charnelle en pure énergie. Savons-nous encore lire ce qu’Ernst Jünger et Pierre Teilhard de Chardin ont révélé de leur expérience du front pendant la Grande Guerre ?
En poèmesThierry Marchand
Blaise Cendrars écrivait : « Le métier d’homme de guerre est une chose abominable et pleine de cicatrices, comme la poésie. »
Voir sa finÉvelyne Desbois
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Français connaissent une exceptionnelle période de paix sur leur territoire, à peine troublée par le souvenir des poilus encore présent dans les mémoires familiales. Disparaît ainsi la connaissance, même fragmentaire et floue, de la guerre. D’où la nécessité d’un retour sur le terrain des combats, là où l’individu vit sous la constante menace de sa mort imminente.
Le vol du frelonHervé Pierre
Le vol du frelon est pour Maurice Genevoix ce bourdonnement macabre qui suit sa vie durant le soldat qui a « sauvé sa peau », mais a vu, en face, le néant de la mort. À partir d’une décoction d’expériences opérationnelles, quelques traits caractéristiques qui encadrent la question du syndrome post traumatique.
Le soldat, la violence et la mortJean-René Bachelet
Avec la professionnalisation et l’engagement de l’armée loin du territoire national se révélait la spécificité du métier des armes : un rapport singulier avec la mort, non pas tant la mort à laquelle le soldat est exposé que celle qu’il peut être conduit à donner. Rédigé voici bientôt vingt ans, le texte reproduit ici est au cœur du sujet de ce numéro et n’a pas pris une ride.
Le coût de la vie. L’évitement du risque et le transfert de la mort
Michel Goya
Le risque de mourir est un phénomène incompressible. Plus on le réduit pour ses soldats, plus on le transfère aux autres, ennemis, alliés et même civils. Ce qui peut engendrer en retour une inefficacité stratégique et des situations absurdes où les soldats de deux camps ne se combattent plus directement et finissent par faire prendre plus de risques aux civils qu’à eux-mêmes.
Afghanistan : rencontre avec la mort à GwanAudrey Ferraro
20 janvier 2012 : un membre de l’armée nationale afghane ouvre le feu sur des soldats français à l’intérieur de la base de Gwan. L’auteur a recueilli de nombreux témoignages de ces soldats et médecins confrontés à la mort de leurs camarades dont elle livre ici quelques extraits.
La malédiction de CaïnPatrick Clervoy
Tuer un camarade, un frère d’armes, est sans doute l’un des pires tourments émotionnels auxquels un homme puisse être confronté. À partir du récit de cas concrets, l’auteur s’interroge sur l’action du « psy » et affirme que la malédiction n’est pas la règle.
Le dégoûtYann Andruétan
De retour du feu, nombre de soldats ne supportent plus la violence et sont désormais incapables de tuer, victimes d’un état de stress post traumatique. Et si le trauma était un mécanisme de sauvegarde de l’espèce ?
Honorer les mortsPhilippe Pasteau
Immenses tableaux d’honneur, les monuments aux morts énumèrent les noms de ceux déclarés « morts pour la France » et s’élèvent en dernier rempart contre l’oubli. Après la Grande Guerre, l’universalité de l’hommage est inédite, puisque ce dernier s’étend jusqu’au niveau communal tandis que corporations, associations et organismes religieux l’amplifient.
La figure du soldat tué au combat dans les discours du 11 novembre
Brice Erbland
De la cérémonie du 11 novembre 1920, durant laquelle le Soldat inconnu fut amené à l’Arc de Triomphe, jusqu’au plus récent anniversaire de l’Armistice en novembre 2016, les chefs d’État successifs ont prononcé des discours de commémoration dans lesquels le soldat mort pour la France tient une place variable, marque du rapport de la société et des politiques avec celui-ci.
Je me souviensSteve Jourdain
Comment le Canada honore-t-il ses enfants morts au combat ? Explications et témoignage d’un lieutenant-colonel du Royal 22e Régiment, qui a perdu des hommes en Afghanistan.
Comment comprendre la commémoration de combats sacrificiels ?
André Thiéblemont
Sidi Brahim, Camerone, Bazeilles. Pourquoi des chefs d’exception ont-ils choisi ces combats perdus plutôt que des victoires pour magnifier et symboliser l’âme du chasseur, du légionnaire et du marsouin ? Et comment comprendre la transformation récente de ces commémorations en spectaculaires et gigantesques liturgies, célébrant le sacrifice du soldat comme une eucharistie ?
Jardins de pierre : le deuil du soldatYann Andruétan
Jardins de pierre n’est ni le meilleur film de Coppola ni le plus grand film de guerre. Mais il aborde des thématiques fortes dans un contexte jusqu’alors inédit. C’est un film de guerre sans combat ni héros ; un film sur le deuil et les rites qui l’accompagnent ; un film qui interroge sur la façon dont une nation traite dans l’espace public la mort de ceux qui ont choisi de la servir.
Le ballet des mortsBéatrix Pau
Répondant au désir d’un grand nombre de familles endeuillées par la Grande Guerre, la République française démobilisa les soldats « morts pour la France ». Dans les années 1920, des milliers de corps parcoururent donc le territoire national, métropole et colonies, avant de trouver leur dernière demeure et y être honorés avec faste par leurs proches et l’ensemble de la communauté en deuil.

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Numéro 34

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DOSSIER

Les étrangers dans les armées françaises de 1789 à 1945Walter Bruyère-Ostells
Depuis le Moyen-Âge, des étrangers ont servi eu sein des armées de la monarchie française. Mais, avec la Révolution, émergea un nouveau modèle militaire : une armée nationale composée de soldats-citoyens. Pourtant, l’histoire des XIXe et XXe siècles bat en brèche l’idée d’une disparition pure et simple des étrangers dans les forces françaises.
La légion étrangère, singularité ou modèle ?Guillaume Roy
Partir d’une microsociété pour tenter de définir un modèle applicable à une société dans son ensemble est périlleux. L’exercice à partir de la Légion étrangère mérite toutefois d’être tenté. Il révèle certaines fragilités de notre corps social et propose quelques pistes de réflexion inspirées des méthodes mises en œuvre au sein de cette communauté si singulière.
La brigade Montaigne : des maquisards allemandsFrançois Rouan et Didier Sicard
Que la résistance à l’occupant nazi ait pu impliquer des maquisards allemands reste aussi étrange que peu connu. Pourtant, durant plusieurs mois, en 1944, la brigade Montaigne a mené la lutte contre d’importants détachements ss dans les régions cévenole et lozérienne.
La NueveCyril Garcia
Ils étaient cent quarante-six sur les cent soixante soldats qui composaient la 9e compagnie du 3e bataillon du régiment de marche du Tchad de la division Leclerc, la Nueve. Cent quarante-six républicains espagnols qui, les premiers, entrèrent dans Paris le 24 août 1944.
Lettres Lan SamaisesJean-Luc Cotard
Le commandant Van Nam Me, officier fictif du Lan Sam, pays fictif situé quelque part en Asie du Sud-Est, stagiaire à l’École de guerre, à Paris, découvre l’armée française et ses traditions. Un article à la manière des Lettres persanes.
« Y Allah ! »Franck Boudet
L’histoire des tirailleurs raconte l’histoire de France dans ce qu’elle a de grand et de tragique. Étrange sacrifice que celui de ces Algériens, Marocains et Tunisiens qui, de 1831 à 1965, acceptèrent de mourir pour défendre une terre qui n’était pas la leur, au nom de la grandeur d’un pays qui leur était à bien des égards étranger. On y redécouvre ce que le sentiment d’appartenance à la Nation peut produire.
Les chants militaires français d’origine étrangèreThierry Bouzard
L’armée française entretient un répertoire de chansons d’origine étrangère très éclectique. Si on peut y trouver des titres remontant à l’Ancien Régime, l’essentiel provient de la Légion étrangère avec une forte influence germanique. Il illustre le rôle de communication du chant, mais aussi la capacité de dialogue de l’armée française rarement envisagé sous cet éclairage.
Un soldat ethnographe,
le colonel Jean ChapelleÉvelyne Desbois
À fréquenter l’étrange et à l’« embrasser » au sens propre, le colonel Jean Chapelle s’initia à la coutume et fut éduqué à d’autres civilités. Son œuvre d’ethnologue en porte témoignage. Un hommage à sa curiosité et à son empathie pour les populations bordant le lac Tchad.
Combattants et autochtones en IndochineMichel Bodin
La variété des situations militaires et la mosaïque ethnique indochinoise multiplient les formes des rencontres. Ignorance, peur, méfiance vis-à-vis de l’autre, phénomène des groupes armés rendent les liens délicats et multiformes. Cependant, en dépit de réalités cruelles, les relations entre les soldats français et les Indochinois ne furent pas celles de soudards dans un pays occupé. Au contraire, elles sont à l’origine d’une nostalgie : le « mal jaune ».
Une expérience indochinoiseentretien avec Jacques Allaire
L’expérience indochinoise du colonel Jacques Allaire fait comprendre à quel point un militaire engagé sur un théâtre extérieur peut toucher du doigt toutes les facettes de l’étranger. Étranger au pays et à sa population, il l’est pratiquement toujours. Mais il peut aussi devenir étranger à certains de ses camarades, à son propre pays, à ses concitoyens… voire à lui-même.
Le militaire voyageur et l’exotismeYann Andruétan
Dans nos sociétés centrées sur les loisirs, l’étranger est vécu comme une source de plaisirs. Pour les militaires, l’expérience est plus complexe. S’ils cultivent un goût pour l’étranger et l’étrange, une opex est également une source de danger liée aux risques opérationnels, mais aussi à la mise en jeu d’une dimension existentielle qui peut aller jusqu’à la souffrance chez certains.
L’aide médicale aux populationsLoïc Jousseaume
Pour un médecin militaire français, l’aide médicale aux populations est une activité ancienne et habituelle. Si elle ne doit pas le détourner de sa mission première, le soutien des soldats en opération, parfois jusqu’au combat, elle le fait cependant s’interroger sur son humanité, car « quelles que soient son origine et sa culture, l’Autre, c’est aussi moi ».
La force noire : « nos enfants, nos frères »Antoine Champeaux et Éric Deroo
« Ils étaient nos enfants, désormais ils ont gagné le droit d’être nos frères. » Cette formule de 1919 illustre bien les équivoques qui ont toujours accompagné la figure du tirailleur. Aujourd’hui plus que jamais, elle constitue un bon marqueur des rapports de la République avec l’Autre, en particulier issu du continent africain.
Harkis : entre mémoire et oubliFrédéric Médard
En 1954, face à une nouvelle insurrection en Algérie, les pouvoirs publics constituent des formations supplétives sous statut civil pour des « opérations de maintien de l’ordre ». Jusqu’au cessez-le-feu, près de cent soixante-dix mille musulmans serviront la France.
La section AndersonBénédicte Chéron
Des étrangers unis par la guerre. Un classique des représentations de conflit qui trouve dans ce documentaire de Pierre Schœndœrffer une originalité du fait du parcours du réalisateur, mais aussi de la subtilité des procédés de récit utilisés. Ces caractéristiques expliquent la trace laissée dans les mémoires par ce film, couronné d’un oscar en 1967, y compris aux États-Unis.
Les relations interculturelles à l’épreuve des françaisBenjamin Pelletier
Le recueil de témoignages de très nombreux étrangers travaillant avec des Français permet d’identifier chez ceux-ci des comportements récurrents sources de malentendus voire de conflits : l’identification illusoire du savoir au savoir-faire, la manifestation d’un manque d’humilité culturelle et la difficulté à construire une relation positive.
Regard sur L’Étranger de CamusChristophe Junqua
La figure de l’étranger permet traditionnellement de se définir en creux. Mais lorsque l’étranger est en soi, l’identité elle-même vole en éclats. Et ce qui est vrai pour l’homme l’est pour nos sociétés qui génèrent en leur sein une étrangeté bien plus radicale et intime que les simples différences héritées de l’histoire ou de la géographie, et dont se nourrit l’actualité.

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