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N°19 | Le sport et la guerre

André-Xavier Bigard  Alexandra Malgoyre  Hervé Sanchez

Dopage et conduites dopantes

La question posée par le dopage et les conduites dopantes dans les armées est beaucoup plus complexe qu’elle ne peut paraître en première intention. Elle impose de donner une définition claire du dopage, des conditions dans lesquelles certaines substances ou techniques pourraient être utilisées, et de sa prévalence en milieu militaire. Force est de constater que de tout temps, l’homme a cherché à améliorer ses performances par des moyens artificiels de différentes natures, avec, très tôt, des buts à la fois sportifs et guerriers. Ce n’est que récemment que l’on constate l’utilisation de substances dopantes dans le monde du travail ainsi qu’une extension irrationnelle de la consommation de substances et de compléments alimentaires non-interdits.

  • Historique

Les premières notions de dopage datent de l’Antiquité et on en trouve de très nombreux exemples dans l’Iliade et l’Odyssée. Dès le vie siècle av. J.-C., les athlètes grecs ingéraient différentes viandes, en quantités importantes, selon la discipline sportive qu’ils exerçaient, afin d’améliorer leurs performances. Les sauteurs mangeaient de la viande de chèvre, les boxeurs et les lanceurs de la viande de taureau, les lutteurs quant à eux préféraient de la viande grasse de porc. L’exemple du célèbre Milon de Crotone, cinq fois champion olympique de l’époque antique, qui consommait jusqu’à vingt livres de viande par jour, illustre bien le besoin de l’homme à recourir à d’autres moyens que l’entraînement pour exceller dans sa discipline.

Les exemples d’utilisation de substances aux propriétés supposées dopantes sont multiples dans l’Histoire (feuilles de sauge des Romains, feuilles de coca des Mayas et des Incas, noix de kola des Africains, ginseng utilisé par les Chinois pour ses vertus stimulantes...), avec toujours cette recherche d’amélioration des performances physiques et mentales. On se rappellera enfin des guerriers fanatiques de Haban Ibn Al Sabbah, qui fumaient régulièrement du cannabis pour ses propriétés euphorisantes, désinhibantes et stimulantes que l’on appellera « haschaschin ». Il est remarquable de constater que ces comportements sont observés au cours de compétitions sportives ou pour combattre, avec pour souci constant d’être le meilleur et supérieur à l’Autre.

Dans le strict contexte du combat, la consommation fréquente d’alcool pendant la Grande Guerre est souvent citée afin de dénoncer l’utilisation de substances dopantes en milieu militaire. Mais c’est la Seconde Guerre mondiale qui marque un tournant décisif dans l’histoire de cet usage. L’« effort de guerre » stimule le travail des laboratoires des puissances de l’Axe comme de ceux des Alliés, avec pour mission de découvrir de nouveaux moyens d’aider les soldats à soulager leurs souffrances, mais aussi à récupérer plus rapidement et à être plus efficaces à leur poste de combat.

Depuis quelques années, les armées occidentales sont engagées sur de nombreux théâtres, la nature des conflits évolue, les systèmes utilisés sont de plus en plus complexes, les opérations elles-mêmes deviennent de plus en plus dures. Ce contexte d’exigence croissante impose de nombreuses réflexions sur la sélection du personnel, les méthodes de préparation technique, physique et mentale, les stratégies de récupération des combats ; il peut aussi conduire à utiliser des substances ou des méthodes susceptibles d’améliorer les performances.

Dans ce contexte général, beaucoup d’observateurs extérieurs à la Défense considèrent comme fréquente l’utilisation de substances dopantes au sein des armées. Ces allégations sont cependant trop souvent formulées sans parfaitement connaître les définitions formelles du dopage et des conduites dopantes et les règlements en vigueur.

  • Définitions

Le terme de dopage est très bien défini dans le monde sportif ; les produits ou techniques qui sont considérés comme dopants sont identifiés, listés, recherchés et leur utilisation sanctionnée.

Le terme dopage est issu de l’anglais to dope, verbe qui signifie « utiliser un produit excitant ». Il figure pour la première fois dans le Petit Larousse illustré en 1903 et définit l’emploi de substances excitantes ; afin d’illustrer la définition, un exemple est alors donné, celui de l’utilisation de telles substances avant les courses de chevaux. Il est par ailleurs précisé que ce procédé est interdit par le code des courses et en toute occasion pour les chevaux militaires. Il est intéressant de retenir que cette première définition concerne l’utilisation chez les animaux-athlètes (ce qui laisse à penser que leur utilisation était très fréquente) et les chevaux militaires.

En France, la première loi sur le dopage, qui date de 1965, en donne une définition très précise (loi Mazeaud) : c’est le fait d’administrer sciemment en vue ou au cours d’une compétition sportive des substances destinées à accroître artificiellement et passagèrement les possibilités physiques d’un sportif et susceptibles de nuire à sa santé. La persistance et probablement l’extension du dopage en milieu sportif ainsi que sa médiatisation ont conduit les pouvoirs publics à modifier la législation afin de la rendre plus efficace. La loi du 28 juin 1989, dite loi Bambuck, en donne une nouvelle définition qui considère comme dopage le fait, au cours des compétitions et manifestations sportives ou en vue d’y participer, c’est-à-dire à l’entraînement, d’utiliser des substances ou des procédés interdits, d’administrer ou d’appliquer ces substances ou ces procédés et/ou d’inciter leur usage ou d’en faciliter l’utilisation. Depuis la loi du 23 mars 1999, les produits ou procédés destinés à masquer l’emploi de produits dopants font également partie du dopage. Les procédés de fabrication, d’administration et les substances dopantes sont définis par une liste qui est mise à jour chaque année et qui fait l’objet d’un arrêté conjoint des ministres chargés des sports et de la santé.

Aux définitions du dopage que nous venons de donner, dont on perçoit clairement qu’elles ne concernent que le monde sportif, on se doit d’ajouter celle des conduites dopantes ; celles-ci se définissent par la consommation de substances pour affronter une situation jugée problématique, réelle ou ressentie comme telle, à des fins de performances. Avec cette définition, on étend les substances consommées au-delà de celles reportées dans une liste de référence, en incluant en particulier les compléments alimentaires. Le dopage constitue ainsi une conduite dopante particulière, dans la mesure où il ne concerne qu’une fraction de la population générale (les sportifs compétiteurs), une fraction de l’ensemble des substances disponibles sur le marché, celles qui figurent, comme nous le verrons, sur une liste de référence, et qu’il fait l’objet d’une réglementation qui l’interdit. En revanche, il n’existe à ce jour aucune réglementation spécifique apte à limiter les conduites dopantes.

  • Motifs et circonstances du dopage

Comme nous l’avons rappelé en introduction, l’homme a toujours eu recours et utilisé des produits, substances, aliments ou moyens divers, susceptibles d’améliorer ses performances physiques ou mentales. En dehors du besoin de se sentir plus performant que l’adversaire, les motifs du dopage ont été largement étudiés dans le monde sportif. Le sport étant devenu un véritable enjeu politique et financier, le sportif se trouve souvent pris dans la spirale du succès et de l’argent. Dans la Grèce antique déjà, il se disait qu’une victoire à Olympie faisait plus pour la gloire d’une cité qu’une victoire sur le champ de bataille. D’autres facteurs interviennent dans le dopage, comme les pressions médiatiques, les calendriers sportifs surchargés, mais aussi une méconnaissance des vrais dangers de cette pratique, une certaine désinformation et, parfois, un désir de violer les règles.

En milieu militaire, et en dehors des sportifs de haut niveau de la Défense regroupés au Centre national des sports de la Défense (cnsd), on peut facilement concevoir que l’utilisation de substances dopantes sera motivée par d’autres raisons ; les objectifs seront similaires (être plus performant que l’adversaire), mais à atteindre dans un contexte bien différent, celui de la guerre et du combat. Une approche rationnelle et objective du dopage en milieu militaire nous conduit à l’envisager dans différentes circonstances.

Tout d’abord, la démarche individuelle dans l’utilisation de substances dopantes, toujours motivée par la recherche d’une performance, physique ou mentale, soit dans le contexte du temps de paix (examens militaires avec épreuves physiques, tests de terrain, épreuves de sélection...), soit au cours de déploiements en zone de conflit au cours d’opérations extérieures. En temps de paix, l’automédication est souvent expliquée par le souci d’améliorer les performances physiques et mentales lors d’examens militaires ou de tests importants pour la carrière. Le contexte général, les substances, les méthodes ou les compléments utilisés n’ont guère de particularité comparativement à ce qui est pratiqué dans le monde sportif. En temps de conflit, ou dans le contexte du déploiement sur des théâtres d’opérations de haute dangerosité, les questions posées sont plus complexes. L’automédication et l’utilisation de substances dopantes ayant pour but d’améliorer les performances physiques, en particulier musculaires, mentales ou de maintenir l’éveil et un état de parfaite vigilance permettent, si le dopage est adapté, de rendre le militaire plus efficace à son poste de combat.

Une fois cette hypothèse d’efficacité formulée, on est amené à se poser plusieurs questions relatives aux motifs du dopage. La première consiste à envisager que si le militaire procède de la sorte, c’est pour palier les limites de la formation et de la préparation au combat. Cette question ne doit pas être éludée trop rapidement et doit amener les autorités à toujours ajuster et adapter au mieux les programmes de préparation opérationnelle. La seconde question posée est celle de la prise de risque au combat ; en première intention, il paraît justifié de penser que des militaires bien préparés pourront non seulement être efficaces sur le terrain, mais aussi avoir les capacités de mieux gérer des situations délicates où leur survie est en jeu. Cette analyse est probablement vérifiée dans de nombreuses situations ; on se doit cependant de considérer les risques pris par le personnel certes physiquement et techniquement bien préparé, mais exagérément rassuré quant à la qualité de ses performances. Il faut rappeler ici le point fondamental qu’est l’efficacité de la maîtrise des risques. Enfin, on ne peut nier que les contacts avec les armées étrangères entretenus au cours de certaines opérations extérieures peuvent conduire certains militaires à abuser de compléments alimentaires, parfois de dérivés hormonaux, afin de modifier leur corpulence et de ressembler ainsi à d’autres soldats qu’ils considèrent comme modèles et sur lesquels ils se projettent.

Observons ensuite le dopage sur ordre et le dopage collectif. À cette question si débattue, si complexe à résoudre, et probablement pas assez souvent abordée en milieu militaire, le monde civil semble avoir trouvé une réponse univoque, considérant qu’en cas de conflit tous les militaires sont dopés. Le maintien de la vigilance en opérations est un des motifs les plus fréquents du dopage ; l’utilisation de molécules permettant de maintenir l’éveil ou de faciliter un sommeil réparateur est désormais définie dans une instruction ministérielle qui précise le cadre de leur emploi ainsi que les modalités de décision de cet emploi par le commandement et de prescription par le service de santé des armées1. Ce document officiel rappelle les mesures efficaces à prendre en opérations afin de préserver la vigilance du personnel militaire ; il précise par ailleurs que ce n’est qu’en cas d’impossibilité d’application de ces mesures que le commandement peut désigner le soldat pouvant bénéficier d’une aide pharmacologique. Il est important de rappeler que cette note investit le commandement dans la décision du recours à l’aide pharmacologique, en fonction de la nature de la mission et de l’évolution prévisible de la situation sur le théâtre d’opérations. Enfin, chaque militaire doit recevoir une information sur la nature des produits, signer un consentement et conserver la liberté de refuser la prise des substances proposées.

Ce document donne pour la première fois une légitimité à l’utilisation de molécules actives afin d’assurer une bonne gestion de la vigilance en opérations, dans un cadre réglementaire précis. Certes il ne règle pas toutes les questions, notamment celles de l’automédication individuelle ou au niveau de petits groupes, mais il propose un cadre réglementaire à l’utilisation d’une certaine classe de molécules efficaces pour la gestion de la vigilance. Il ne résout pas non plus d’autres questions éthiques qui méritent d’être posées et qui reposent sur l’étendue des moyens à mettre en œuvre pour assurer le succès des armes.

La législation actuelle de lutte contre le dopage a pour objectifs principaux d’assurer la protection de la santé des sportifs, et de respecter l’esprit et l’éthique sportive. En temps de conflit armé, le but recherché est la supériorité sur l’adversaire ; la notion de respect des capacités intrinsèques des individus ne tient plus et l’interdiction d’utilisation de produits dopants ne trouve plus sa justification que dans le maintien de l’état de santé des soldats. Cette raison peut être très largement suffisante et le débat pourrait ainsi être rapidement clos. Cependant, dans le contexte d’un conflit, la question de l’utilisation de produits qui ne présentent pas de danger objectif pour la santé des hommes nécessite d’être posée. Le succès des armes justifie-t-il que les moyens pharmacologiques soient étendus à des substances certes efficaces sur certaines fonctions et performances, mais qui peuvent être associées à une prise de risque plus importante. Ces questions essentielles ne peuvent être résolues dans le cadre restreint de cet article, mais méritent à l’évidence d’être abordées et débattues plus longuement.

  • Substances et produits utilisés

Les substances dopantes et les méthodes de dopage interdites figurent sur une liste publiée annuellement au Journal officiel sous forme d’un décret2. La constitution de cette liste permet d’assurer la protection de la santé des sportifs ainsi que l’esprit et l’éthique sportive ; dans ce contexte, son respect strict concerne principalement les sportifs de la Défense, qui s’engagent par ailleurs à respecter une charte morale et éthique intégrée dans la convention passée entre le cnsd et l’Agence française de lutte contre le dopage (afld), et qui constitue une des actions de partenariat pour la prévention du dopage.

La France reconnaît la liste de référence des classes pharmacologiques de substances et de procédés dopants interdits proposée par l’Agence mondiale antidopage (ama). Elle comprend les agents anabolisants les plus efficaces, le dérivés hormonaux en particulier, les agents stimulant la production de globules rouges, des diurétiques et agents masquants, des psychostimulants, narcotiques, cannabinoïdes et glucocorticoïdes ; elle comporte aussi toutes les techniques de dopage sanguin, comme les autotransfusions par exemple, ainsi que les techniques et les moyens actuels de dopage génétique. Pour le militaire qui n’est pas un sportif professionnel, le respect de cette liste est implicite, dans un souci de protection de l’état de santé.

Comme nous l’avons précisé, de multiples autres substances sont utilisées dans le contexte général des conduites dopantes, non reportées dans la liste de référence des substances interdites. Pour le personnel militaire, il s’agit principalement des compléments alimentaires consommés, étendus à des substances qui ont acquis, le plus souvent à tort, une certaine « notoriété », comme la créatine, la carnitine ou certains acides aminés essentiels3. Les compléments alimentaires les plus utilisés sont les composés de protéines, présentés sous forme de poudre à restituer, très utilisés par les adeptes de la musculation.

Il faut cependant prendre conscience que peu de personnes échappent à une conduite dopante à un moment de leur vie ; c’est le cas des étudiants en période d’examens, d’orateurs devant faire une présentation importante en public, de cadres en recherche de sommeil alors qu’ils ont une réunion importante le lendemain... Ce qui importe, c’est de limiter ce genre de conduite de manière à éviter des dérives comportementales aux effets secondaires.

  • Prévalence

En dehors du cadre des sportifs de la Défense, il est très difficile de répondre à la question de l’étendue du dopage dans les armées. La même question est posée pour le monde sportif avec autant de difficultés pour y répondre. Il faut cependant savoir que nombre de jeunes gens utilisent régulièrement des hormones anabolisantes alors qu’ils ne sont pas sportifs professionnels ; des enquêtes récentes montrent que, dans certains pays, 3 à 11 % des adolescents utilisent des stéroïdes anabolisants4, alors que dans les pays européens, l’utilisation de ces hormones semble moindre5. Un des facteurs favorisant la prise d’hormones anabolisantes est la pratique fréquente de la musculation, ce qui doit alerter et attirer l’attention au moment de l’engagement.

La consommation régulière de compléments alimentaires est probablement très importante en milieu militaire. La multiplication des sites Internet spécialisés, transmettant des informations non vérifiées, et la plupart du temps tronquées et orientées, ne fait que leurrer les consommateurs et alimenter une économie souterraine énorme, estimée en France à neuf cents millions d’euros par an. Le caractère très tendancieux mais attractif de certains sites séduit de nombreux individus en demande de « soutien » pendant l’entraînement. La consommation de compléments alimentaires achetés sur des sites Internet comporte un danger potentiel important, car il s’agit de produits auxquels les industriels ont volontairement ajouté des dérivés hormonaux, ce qui rend la composition beaucoup plus efficace, mais au prix de la consommation de vraies substances dopantes6.

  • Les actions

Créée par la loi du 5 avril 2006 relative à la lutte contre le dopage et à la protection de la santé des sportifs, l’afld a repris les attributions qu’avait auparavant le ministère des Sports afin d’assurer la lutte contre le dopage. Cette agence nationale d’autorité publique indépendante organise les contrôles, assure les analyses des prélèvements au sein du seul laboratoire accrédité en France, le suivi des procédures disciplinaires, et développe des actions de recherche et de prévention.

En parallèle de ces actions réglementaires qui concernent le monde sportif, nous nous devons de développer des actions spécifiques, aptes à maîtriser et à limiter les conduites dopantes inappropriées. Pour ce faire, plusieurs orientations sont envisageables, dont certaines sont déjà mises en œuvre. Dans un premier temps, il s’agit d’actualiser et de finaliser les techniques et les modalités de préparation au combat ; c’est la démarche qu’a engagée le cnsd afin de faire face à de nouveaux besoins de préparation physique. La rationalisation de ces programmes de préparation, associée à de l’information ciblée, devrait contribuer à rendre inutile la consommation de produits et de substances supposés dopants. Cette information doit être transmise aux militaires de tous grades et quelle que soit leur responsabilité dans le commandement, décideurs et cadres de contact. Elle doit être juste et objective, s’appuyant sur des faits tangibles, et ouverte à discussion. Elle doit être intégrée dans un contexte général de prise de conscience qu’une préparation bien conduite et efficace rend caduque toute consommation de produits disponibles sur le marché dont près de 95 % n’ont pas les propriétés qu’on leur vante.

Dans la mesure où les conduites dopantes et le dopage sont susceptibles d’affecter la santé, les informations doivent principalement être transmises par les médecins ; une attention toute particulière est maintenant portée à la formation des jeunes médecins sortant de l’école du Val-de-Grâce aux dangers du dopage et des conduites dopantes. Le but est qu’ils disposent lorsqu’ils arrivent en unité, d’un minimum de connaissances leur permettant de répondre à toutes les questions relatives aux compléments alimentaires et aux produits interdits. Un effort doit être envisagé afin d’informer les futurs cadres de contact sur ces questions au moment de leur formation en école. Enfin, l’Institut de recherche biomédicale des armées se doit d’entretenir des liens privilégiés avec l’afld ainsi qu’avec les autorités de santé en charge de la lutte contre le dopage et les conduites dopantes ; l’objectif est de disposer des informations scientifiques les plus récentes et de les transmettre aux jeunes médecins dans le cadre de leur formation à la médecine d’unité.

À l’image du monde civil, les militaires peuvent avoir recours à des produits dopants ou à des substances susceptibles d’améliorer leurs performances physiques ou psychiques. Les caractéristiques des combats modernes amènent parfois les combattants à utiliser des aides pharmacologiques ou des compléments alimentaires pendant leur préparation opérationnelle, les opérations elles-mêmes ou lors des phases de récupération. Le dopage ou l’adoption d’une conduite dopante relève le plus souvent de démarches individuelles. En milieu militaire, la consommation de compléments alimentaires est probablement importante et d’indéniables efforts doivent être faits afin de convaincre de l’inutilité de la très grande majorité de ces produits. Le commandement dispose d’un environnement réglementaire pour la prescription de substances efficaces sur la gestion du sommeil et de l’éveil, sans pour autant éliminer le risque d’automédication. La prescription d’autres substances, efficaces sur les performances physiques des combattants, amènerait à poser des questions éthiques importantes. L’abord de ces questions ne doit pas être éludé et permettrait, soit en accompagnant certaines prescriptions, soit en les interdisant officiellement (et en mettant en œuvre des moyens de lutte efficaces), d’éviter les dériver actuelles liées à l’automédication avec des produits non contrôlés provenant de filières parallèles.

1 Instruction n° 744/DEF/DCSSA/AST/TEC relative à l’utilisation de substances modifiant la vigilance en opérations du 31 mars 2008.

2 Décret n° 2010-1578 du 16 décembre 2010 portant publication de l’amendement à l’annexe de la Convention contre le dopage adopté les 8 et 9 novembre 2009 à Strasbourg, et à l’annexe 1 de la Convention internationale contre le dopage dans le sport adoptée à Paris le 17 novembre 2010.

3 E. Applegate, L. Grivetti, « Search for the Competitive Edge: a History of Dietary Fads and Supplements », J. Nur n° 127, pp. 869S-873S, 1997.

4 E.-M. Castillo, R.-D. Comstock, « Prevalence of Use of Performance-Enhancing Substances among United States Adolescents », Pediatr Clin North Am n° 54, pp. 663-675, 2007.

5 V.-M. Mattila, A. Rimpela, V. Jormanainen, T. Sahi, H. Pihlajamaki, « Anabolic-Androgenic Steroid Use among Young Finnish Males », Scand J Med Sci Sports n° 20, pp. 330-335, 2010.

6 H. Geyer, M.K. Parr, K. Koehler, U. Mareck, W. Schänzer, M. Thevis, « Nutritional Supplements croos-contamined and faked with Doping Substances », J. Mass Spectrom n° 43, pp. 892-902, 2008.

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