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N°41 | L'allié

Benoît Rossignol

Qu’est-ce qu’un allié pour Rome ?

« Il n’était ni dans ses habitudes ni dans celles du peuple romain de consentir à abandonner des alliés parfaitement dévoués. » Ce principe énoncé par Jules César à propos du Germain Arioviste1 au début de La Guerre des Gaules2 illustre toutes les ambiguïtés des conceptions et de la pratique romaine de l’alliance. Certes la fides romaine n’est pas un vain mot et l’alliance avec Rome peut être une véritable protection contre des ennemis puissants, mais Rome sait y trouver son intérêt. Venu en Gaule chevelue à l’appel des alliés éduens, César ne la quitte plus et les Éduens, comme les autres peuples gaulois, voient finalement leurs territoires transformés en une nouvelle province de l’empire3. En 58 av. J.-C., Arioviste peut lui aussi se targuer d’être un ami de Rome, position gagnée grâce à César, mais ses ambitions se trouvent contrecarrées par les aléas de la politique romaine et les nouveaux projets de ce dernier. Il n’y a pas d’alliance égale avec Rome ; Arioviste en fait l’expérience en étant battu non loin du Rhin.

L’exemple permet de saisir le rôle décisif des alliés dans la conquête romaine. Hors des provinces, ils en sécurisent les frontières et, se faisant les relais d’un pouvoir indirect, permettent l’exercice de l’hégémonie romaine à longue distance. Mais ils sont aussi le prétexte et l’étape nécessaire de la conquête suivante, et bien souvent un moyen dans sa réalisation. Dès 57 av. J.-C., par exemple, les troupes éduennes ravagent le territoire bellovaque pour appuyer la campagne de César en Belgique4 : tenus par les termes de leur traité5 avec Rome, les Éduens ne peuvent en effet se dérober à un soutien militaire. Une implication aux côtés des légions qui peut bouleverser les équilibres politiques au sein des peuples alliés dont les élites se divisent alors en partisans et opposants des Romains, selon les dividendes que leurs membres comptent tirer de l’alliance. Trois ans plus tard, le chef Dumnorix tente d’entraîner la cavalerie éduenne à la défection, refusant de suivre César dans sa conquête de la Bretagne. Prestement exécuté, c’est en vain qu’il aura clamé appartenir à une cité libre6. Cette liberté, pourtant, les Éduens la reçoivent dans la nouvelle province, et cela malgré leur retournement contre César au cours de l’année 52 av. J.-C. Au lendemain de leur défaite à Alésia, César leur a en effet réservé, comme aux Arvernes, un traitement de faveur : ils ont conservé leur statut d’alliés, de cité fédérée7.

L’empire de Rome est tout sauf homogène. Conserver les modalités de l’alliance lui permet de gouverner à l’économie, déléguant au maximum l’administration aux élites locales pour peu qu’elles soient loyales, cultivant l’émulation entre les peuples sujets, donnant à quelques-uns des faveurs exceptionnelles, récompense de leur histoire, de leur fidélité ou de leur position stratégique. Alliés, vaincus, sujets : le glissement d’une position à l’autre est aisé et le lien bilatéral toujours fortement dissymétrique. Même pour ceux qui ont la garantie d’un traité écrit, la position est précaire : en 49 av. J.-C., la prestigieuse cité grecque fédérée de Marseille, vieille alliée choyée par Rome dans sa province de Gaule transalpine, perd son vaste territoire pour n’avoir pas voulu choisir son camp, lors des guerres civiles, entre ses deux protecteurs, Pompée et César.

Dès l’époque républicaine, l’empire de Rome est gouverné par une diplomatie intérieure dont les nombreux échanges, à partir d’Auguste (27 av. J.-C.-14 ap. J.-C.), affluent vers la personne de l’empereur. Dans ce cadre, les privilégiés, comme les Éduens, s’attachent à conserver leur statut tout en renforçant leur intégration à la romanité. Ainsi, jusqu’au milieu du iiie siècle, la cité d’Aphrodisias envoie des ambassades régulières à Rome pour faire confirmer par les empereurs successifs son statut ainsi que les privilèges fiscaux et juridiques qui en découlent. Enclave dans la province d’Asie, elle ne peut être visitée par le gouverneur. Le souvenir des alliances passées est devenu un outil de politique intérieure, le destin des alliés est de s’intégrer à Rome.

Dans le siècle qui suit la prise de pouvoir d’Auguste, premier empereur, la plupart des royaumes alliés qui se trouvent aux frontières de l’empire, ceux que l’historiographie contemporaine a souvent appelés « royaumes-clients », mais que Rome nomme « amis et alliés », socius et amicus, sont intégrés aux provinces et placés sous l’administration directe des gouverneurs. Ainsi la Judée, la Cappadoce, la Maurétanie, la Lycie, la Thrace, la Commagène... Cette maîtrise directe du territoire par l’administration romaine cantonne alors la véritable alliance aux marges de son empire. La situation ne concerne plus en Orient que quelques royaumes coincés entre Rome et l’Empire parthe, dont l’Arménie, pomme de discorde entre les deux empires. En Occident, les alliés sont moins nombreux encore. En Afrique, par exemple, aux marges de la province de Maurétanie, les modalités de l’alliance permettent de confier au peuple des Baquates les zones situées au sud de Volubilis, tandis que sur le Rhin et le Danube, une diplomatie active tente de maintenir chez les roitelets germaniques un équilibre à même d’éviter une intervention militaire romaine. Concession du titre de roi, cadeaux diplomatiques et subsides, éventuel appui militaire constituent la contrepartie romaine de la fidélité de ses alliés barbares à qui on ne manque pas de demander des otages. Ainsi de jeunes chefs maures, germains ou parthes grandissent dans la ville et y apprennent à devenir romains, attendant un éventuel envoi vers leurs peuples, au service de Rome. Pour peu que l’un d’eux ait la velléité de trop s’autonomiser, les légions restent constamment mobilisables et constituent une puissante dissuasion.

L’empire a trouvé ses limites cependant. Sur ces marges lointaines, bien des peuples ne sont ni intéressés par l’alliance romaine ni intéressants pour elle. Il a ainsi été impossible de faire avec les Germains ce que César a accompli en Gaule. Rome n’a pu trouver au-delà du Rhin d’aristocraties stables et urbanisées capables d’être attirées par les avantages qu’elle leur offrait. Lorsqu’Arminius trahit son alliance et massacre les légions de Varus en 9, il n’existe pas, en Germanie, l’équivalent des Éduens pour fournir un appui à Rome. Si le système d’alliance romain s’épuise en Germanie face à l’émiettement de sociétés segmentaires campagnardes, il se heurte au-delà de l’Euphrate à la présence d’un empire similaire au sien, celui des Parthes. Au contact des deux grandes puissances, les aristocraties locales peuvent espérer jouer de l’alliance de l’une contre l’autre et conserver ainsi une marge de manœuvre à l’image de la noblesse d’Arménie ou de l’aristocratie arabe d’Hatra.

Pour comprendre comment Rome a pu faire naître un empire mondial à partir des liens imposés à ses alliés, il faut retourner au moins à l’époque républicaine, aux débuts de l’expansion, voire au-delà encore, car l’alliance est aux fondements de l’identité romaine. Les mythes d’origines l’impliquent d’une manière ou d’une autre, que ce soit lorsque Romulus rassemble des hommes venus de tous lieux pour créer sa cité ou lorsque ces derniers doivent recourir aux Sabins pour trouver des femmes, la prédation se changeant en alliance puis en fusion.

De fait Rome naît dans un contexte particulier, celui d’une ligue de peuples voisins, les Latins, rassemblés autour de sanctuaires fédéraux situés sur les monts Albains, dans le Latium. L’alliance est consubstantielle à la naissance de la vie politique et militaire lorsque ces communautés s’urbanisent. Elle n’est pas propre aux Latins ; les douze cités-États étrusques sont, elles, unies par la dodécapole. Dans ce contexte, l’aristocratie peut être très mobile : les derniers rois de Rome seront étrusques. Après leur chute en 509 av. J.-C., Rome ne tarde pas à prendre une place prépondérante face aux Latins. En 493 av. J.-C., le foedus cassianum lui donne autant d’importance qu’aux vingt-neuf autres cités. Pour autant, elle n’est pas le chef de l’alliance latine, dont le dictateur est alternativement romain ou latin.

Au ive siècle av. J.-C., Rome se transforme, trouvant la solution à ses divisions internes, en particulier celles opposant patriciens et plébéiens. Un système politique censitaire hiérarchisé garantit désormais à l’aristocratie sa cohésion et sa stabilité, cadre social que Rome peut proposer aux élites alliées. C’est également l’époque où elle commence une véritable expansion et s’impose définitivement à ses voisins. La guerre latine (340-338 av. J.-C.) entraîne la fin de la ligue. Et les débuts du iiie siècle av. J.-C. voient l’Étrurie plier. Rome confisque des territoires, installe ses colonies.

Victorieuse, Rome restructure à son avantage les mythes du Latium. Surtout, elle traite désormais avec chaque cité séparément, adaptant les clauses des accords passés à chaque situation. Certaines cités latines obtiennent la citoyenneté romaine, de manière plus ou moins complète, tout comme d’autres en Campanie, dont Capoue. Cependant, de la vallée du Tibre au Vésuve, les cités soumises doivent désormais suivre les directions fixées par Rome et contribuer à sa puissance – il est vrai que celle-ci peut souvent compter sur des aristocraties locales qu’elle soutient contre leur plèbe, et à qui elle propose un modèle politique stable et intégrateur. Les peuples et les cités d’Italie vaincus deviennent les alliés de Rome, socii en latin, devant contribuer à son effort de guerre. Il s’agit avant tout de fournir des hommes et des moyens financiers. Lors de la bataille, les légions romaines occupent le centre du dispositif, les troupes alliées combattant sur les ailes sous commandement romain. Devenue la super puissance de la péninsule, Rome commence à rivaliser avec les autres grands de la Méditerranée comme le roi Pyrrhus et bien sûr Carthage.

La guerre d’Hannibal (218-202 av. J.-C.) et l’invasion de l’Italie sont une véritable mise à l’épreuve des liens construits par Rome avec les cités d’Italie vaincues ou placées dans son alliance. Si Capoue fait défection, la grande majorité de ses alliés lui reste fidèle, et cela malgré une mobilisation épuisante. Reprise, Capoue est sévèrement châtiée, comme tous ceux qui ont trahi. La victoire sur Carthage permet à Rome d’affirmer sa domination sur l’Italie – la différence avec ses alliés se creuse encore plus –, mais aussi d’étendre sa puissance outre-mer, en Sicile d’abord, puis en Hispanie. À la différence de l’Italie, ces nouveaux territoires sont placés sous l’autorité de magistrats. Dans ces provinces nouvelles, les peuples sont eux aussi dans l’obligation de soutenir Rome. Vaincue, une cité doit faire sa deditio et placer entièrement son destin entre les mains de son vainqueur, qui peut lui rendre son autonomie, l’accueillant dans sa fides. Il appartient alors à la communauté de respecter les clauses imposées par Rome, qui, en échange, lui doit protection. Néanmoins, sauf dans les rares cas où un foedus explicite a été conclu, les termes de l’accord sont constamment révisables par celle-ci. Très vite, des soldats issus des provinces intègrent l’armée romaine aux côtés des alliés italiens. Ces auxilia peuvent apporter des compétences particulières, comme les frondeurs baléares ou les Siciliens chargés de fournir des navires de guerre.

Rome passe aussi alliance avec des cités et des royaumes plus lointains, qui ne sont pas encore intégrés à son empire, mais partagent des intérêts communs ; c’est le cas des Maures et des Numides en Afrique, ou de Marseille en Gaule. À la différence des socii italiens et des peuples provinciaux, ces alliés conservent une certaine autonomie. Leur défense peut être prétexte à une intervention romaine et l’empire doit alors protéger de nouveaux vaincus, de nouveaux alliés. Ainsi, ne pouvant faire face seule à ses voisins gaulois peu à peu plus agressifs, Marseille, au cours du iie siècle av. J.-C., recourt plusieurs fois à l’aide romaine jusqu’à ce que, à partir des années 120 av. J.-C., Rome s’installe définitivement en Gaule transalpine, occasion aussi de formaliser ses rapports avec des peuples gaulois plus lointains comme les Éduens. Les peuples vaincus du sud de la Gaule doivent à leur tour fournir des auxilia.

À cette date, l’hégémonie romaine ne rencontre plus d’obstacle autour de la Méditerranée et ses armées ne cessent d’accroître la conquête. L’écart entre Rome et ses alliés italiens devient plus pesant : ces derniers contribuent fortement à l’effort de guerre, et partage avec Rome un même mode de vie et une culture proche, or ils ne bénéficient pas également des dividendes de la conquête, voire subissent de plus en plus durement les ordres de la Ville. Voyant leurs demandes méprisées, nombre d’entre eux se fédèrent et prennent les armes ; de 91 à 88 av. J.-C., la péninsule est déchirée par la guerre des socii – d’où l’appellation de guerre sociale en français. Rome réussit péniblement à l’emporter militairement et a l’intelligence de céder politiquement. Les Italiens reçoivent tous la citoyenneté romaine complète. C’est l’aboutissement logique de liens politiques permis par une citoyenneté ouverte, souple, modulable, que Rome concédait facilement aux élites alliées.

Devenus complètement romains, les Italiens cessent d’être des alliés et servent désormais dans les légions. Leur ancienne place dans l’armée est laissée libre pour les troupes provinciales qui débutent alors un processus d’intégration similaire à celui qu’ils ont parcouru. Ainsi, des cavaliers hispaniques qui ont soutenu Rome dans la guerre contre les alliés reçoivent la citoyenneté romaine. Par le droit de cité, les chefs militaires romains peuvent récompenser alliés et provinciaux pour faits d’armes. Certains savent mieux tirer parti que d’autres de leur relation à Rome, à l’instar des aristocrates voconces, Gaulois de l’actuelle Vaison-la-Romaine, qui servent dans l’armée de Pompée comme auxiliaires et qui reçoivent de lui la citoyenneté. On retrouve ensuite un membre de la même famille au service de César dans un poste à responsabilité tandis que les Voconces bénéficient d’un foedus. Les guerres civiles de la fin de la république facilitent ces parcours et contribuent à achever la conquête du bassin méditerranéen, nul peuple, nul royaume ne pouvant rester en dehors des conflits romains. La mise en place d’une armée professionnelle permanente par Auguste entraîne à terme une institutionnalisation des auxiliaires fournis par les provinces. À part quelques exceptions, comme les Bataves, la contribution des provinciaux à la puissance romaine est désormais avant tout financière et fiscale, et l’armée compte sur le volontariat pour trouver ses soldats. Avec Claude (41-54), les soldats provinciaux auxiliaires reçoivent automatiquement la citoyenneté à la fin de leur engagement de ving-cinq ans.

Toutefois, l’armée n’abandonne pas la possibilité de recourir à la conscription si le besoin s’en fait sentir, ni d’enrôler des alliés à l’occasion d’une campagne. Aussi vieux soit-il, un foedus n’est jamais oublié ! Marchant contre les Parthes en 162, l’empereur Lucius Verus est accompagné par un contingent de Spartiates, dont la cité, libre, contribue ainsi plus au prestige de l’empereur qu’à la puissance effective de son armée : Rome a hérité de la vaillance de Léonidas ! Quelques années plus tard cependant, son co-empereur Marc Aurèle, affrontant des guerres bien plus rudes face aux Germains, doit recourir à des alliances avec des peuples germaniques extérieurs à l’empire. L’enjeu militaire est bien réel et ces alliés peuvent se retrouver dans une situation similaire à celle des auxilia de l’époque républicaine, à l’instar des troupes sarmates envoyées en Bretagne, dont l’une au moins devient une unité régulière de l’armée romaine.

En 212, l’ensemble de l’empire accède à ce que l’Italie n’avait gagné que par la violence dans la guerre sociale : la citoyenneté pour tous les hommes libres. Il n’y a plus que des Romains au sein de ses frontières. Au dehors, les choses changent cependant. Au iiie siècle, les troupes des peuples germaniques sont plus organisées, mieux armées, plus audacieuses, sans doute aussi en raison de contacts accrus avec les forces romaines. Elles sont désormais des adversaires redoutables : les empereurs peuvent les craindre, mais aussi en chercher l’alliance. Ainsi, si des Goths tuent l’empereur Dèce au cours d’une bataille en 251, moins de dix ans plus tard certains des leurs font partie de l’armée rassemblée par Valérien pour marcher contre les Perses.

Les crises politiques et militaires de la seconde moitié du iiie siècle entraînent la refonte de l’organisation administrative, politique et militaire de l’empire. Si Constantin fait appel à des troupes barbares pour vaincre ses compétiteurs, l’armée du ive siècle reste massivement romaine et efficace. Des traités d’alliance permettent de régir les relations avec les peuples extérieurs. Depuis celui signé en 332, les Goths constituent un État-client installé au-delà du Danube. Dans la seconde moitié du siècle, leur pression se fait plus forte et Rome se voit contrainte de les accueillir sur son territoire. Mais leur déplacement est mal contrôlé et débouche sur une terrible défaite romaine à Andrinople en 378. En 382, un foedus est conclu ; certains d’entre eux ont obligation de servir dans l’armée, mais sous les ordres de leurs propres chefs.

Les alliés font leur retour dans l’empire. Ces fédérés (foederati) sont intégrés au système militaire et logistique impérial, tandis que leurs chefs prennent une importance parfois considérable dans le gouvernement impérial. Pour maintenir leurs ambitions, il leur faut obtenir de l’empereur des titres, des soldes et du ravitaillement pour leurs troupes. C’est dans ce but, et pour faire pression sur Honorius, que le chef fédéré goth Alaric, officier de l’armée romaine, met Rome à sac en 410. Il ne s’agit ni d’une invasion ni d’une razzia, mais de la rétorsion d’un officier allié mutin.

À cette date l’empereur doit faire face à plus grave : Vandales, Alains et Suèves parcourent les Gaules alors déchirées par une usurpation. Divisé entre un empereur à Ravenne et un autre à Constantinople, l’empire tente de faire face en s’appuyant sur ses alliés, installant les Wisigoths en Aquitaine, cherchant parmi d’autres peuples les troupes fédérées qui lui sont nécessaires, les impliquant aussi dans ses querelles internes. Mais il ne réussit plus à rétablir ses forces en Occident. Alliés et barbares y assument l’exercice du gouvernement, ne reconnaissant finalement en 476 qu’un seul empire avec qui s’allier : Constantinople.

1 Chef de guerre suève au nom celte, Arioviste fut engagé avec ses troupes germaniques par les Séquanes pour les appuyer dans un conflit contre les Éduens en 62 av. J.-C. La victoire acquise, Arioviste s’était retourné contre eux. Après avoir défait une coalition gauloise, il voulut imposer son pouvoir, réclamant terres et tributs, et prétendant à l’hégémonie sur les autres peuples gaulois. César, qui planifiait initialement des conquêtes loin de la Gaule chevelue, avait vu en lui un appui capable d’y garantir le calme et avait appuyé sa position par une reconnaissance en tant qu’« ami du peuple romain ». Ayant reçu le gouvernement de la Gaule transalpine, César saisit en 58 av. J.-C. le prétexte de la migration des Helvètes pour intervenir en Gaule chevelue. Il reçut alors une demande d’intervention des peuples gaulois contre l’hégémonie d’Arioviste jugée tyrannique. César trouvait là une justification pour pousser ses troupes plus avant. Arioviste subit une cuisante défaite avant d’être tué plus tard, un peu avant 54 av. J.-C., dans des circonstances inconnues.

2 Bellum Gallicum, I, 45.

3 Les Romains distinguaient la Gaule cisalpine (en Italie du Nord, dans la plaine du Pô), la Gaule transalpine (l’actuelle Provence, le Languedoc et la vallée du Rhône) et la Gaule chevelue, au nord de la précédente et jusqu’au Rhin selon César. En 58 av. J.-C., les deux premières ont déjà été conquises par Rome et organisées en province.

4 Bellum Gallicum, II, 5.

5 Comme l’a montré A. Hostein d’après les Panégyriques Latins (VIII, 3, 3), le foedus établi au iie siècle av. J.-C. stipulait vraisemblablement que les Éduens devaient fournir l’hospitalité, de l’approvisionnement, des armes, des fantassins et des cavaliers.

6 Bellum Gallicum, V, 7.

7 Les peuples vaincus par Rome reçoivent en général le statut de « stipendiaire » et doivent verser un tribut, Rome décidant unilatéralement de leur condition. Bien moins nombreux, les statuts des peuples ou cités « libres » ou « fédérés » étaient plus avantageux et pouvaient comporter une exemption de tribut. Le statut de fédéré garantissait en sus que les rapports avec Rome étaient définis par un traité rédigé de manière fixe, le foedus.

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