Le fil Inflexions

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20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°15 | La judiciarisation des conflits

Walter Bruyère-Ostells

Giovanni Pesce, une chemise rouge dans la guerre civile espagnole

La guerre d’Espagne (1936-1939) est une guerre civile, mais elle constitue aussi un enjeu qui dépasse le cadre de la péninsule Ibérique. Elle est en effet perçue par une large partie des gauches européennes comme le principal théâtre du combat contre la progression fasciste sur le continent : les forces franquistes bénéficient de l’appui de troupes envoyées par Mussolini et Hitler. À travers le parcours de Giovanni Pesce, jeune volontaire italien engagé dans les Brigades internationales, nous chercherons à comprendre les motivations de ces civils accourus de toute l’Europe, et même d’au-delà, et à mettre en lumière les raisons de leur échec à renverser le rapport de force entre franquistes et républicains.

  • Un représentant de l’émigration italienne antifasciste

Né le 22 février 1918 à Visone di Acqui Terme, dans la province d’Alexandrie en Piémont, Giovanni Pesce émigre avec sa famille à la GrandCombe, une ville minière nichée au pied des Cévennes. Son père y ouvre une taverne. Toutefois, la famille reste à la merci des aléas économiques. Très tôt, Giovanni assure donc de petits emplois d’été, comme berger. Il fréquente l’école jusqu’à quatorze ans, âge auquel il descend à la mine. Surtout, il entre en politique dès l’adolescence : il s’inscrit aux jeunesses communistes à treize ans, puis adhère au parti communiste italien en 1936.

La même année, en France, au mois de juin, le Front populaire triomphe aux élections législatives. Présent à Paris pour fêter la victoire, Giovanni entend à la Mutualité la pasionaria Dolores Ibárruri. Célèbre protagoniste du parti communiste espagnol, auteur de l’expression « no pasaran », elle est venue parler de l’agression fasciste en Espagne où un Frente Popular est également au pouvoir. Son discours enflammé convainc le jeune homme : « Deux motifs m’ont poussé véritablement à aller en Espagne : le premier a été le discours de la pasionaria à la Mutualité de Paris quand elle a dit “si l’Espagne est vaincue, des torrents de sang inonderont l’Europe”1. » Paris est alors le principal centre de recrutement des Brigades internationales. Le « second motif, qui a été l’élément déterminant, fut l’appel du Rassemblement antifasciste italien […] qui conviait tous les vrais antifascistes à aller combattre en Espagne pour l’honneur de notre pays. Nous subissions une dictature fasciste, et se battre en Espagne, c’était se battre contre l’ennemi de la démocratie »2.

Comme lui, beaucoup d’Italiens et d’autres Européens s’engagent dans les Brigades internationales, au nom du combat contre le fascisme en Europe. Les Italiens sont parmi les premiers mobilisés, portés par l’espoir de voir ensuite la démocratie triompher dans leur propre pays. Les frères Rosselli3 l’affirment haut et fort : « Aujourd’hui en Espagne, demain en Italie ! » Les enrôlements touchent principalement les Transalpins de l’émigration. En effet, la presse communiste française insiste sur le reflux du « fascisme » en France depuis l’émeute des ligues du 6 février 1934. Alors que le pays vit encore sous la pression de puissants partis nationalistes (Parti social français), le fascisme ne doit pas conquérir de nouveaux espaces en Europe. D’autres militants, partis d’Italie pour fuir la répression mussolinienne, sont particulièrement sensibles à ce type d’arguments. Ainsi, le groupe avec lequel Giovanni passe les Pyrénées est dirigé par Guido Picelli, un homme respecté dans les milieux antifascistes pour avoir mené des combats contre les Chemises noires en Italie dans les années 1920.

Pour pouvoir partir, Giovanni a raconté à sa mère qu’il allait voir une jeune fille dans le Nord. Il entre en Espagne le 17 novembre 1936. Ses compagnons et lui sont dirigés vers Albacete. La ville est devenue le quartier général des Brigades internationales sous le commandement du communiste français André Marty. Là, les nouveaux venus reçoivent une instruction militaire rudimentaire et une formation idéologique sobrement intitulée « Pourquoi nous nous battons ». Ils sont ensuite affectés à l’une des cinq brigades : la XIe qui comprend notamment des Polonais et des Allemands, la XIIe avec des Français et des Italiens, la XIIIe où se regroupent les Américains, la XIVe largement française, la XVe avec des Russes et des Britanniques. Au total, Albacete va accueillir entre trente-deux et trente-cinq mille volontaires venus de cinquante-trois pays différents et de tous les continents. On compte, par exemple, un bataillon de Chinois.

Malgré son jeune âge – il n’a pas encore dix-huit ans –, Giovanni s’intègre rapidement parmi les Italiens du bataillon Garibaldi : « Je crois que jamais ne s’était créée une unité aussi saine, une fraternité aussi sincère. Communistes, catholiques, républicains, anarchistes, socialistes, indépendants, nous combattions côte à côte, prêts à verser ensemble notre sang pour un idéal commun. » Par ce type de commentaire, il est très représentatif de la vague d’enthousiasme qui anime les volontaires qui viennent d’arriver. Il se rapproche assez vite des antifascistes italiens de la centurie Gastone Sozzi (du nom d’un martyr tué par la police politique italienne, l’ovra, en 1927). Il est vrai qu’à la fin de l’année 1936, les Italiens sont encore peu nombreux.

Tous ont les mêmes représentations en tête. Anne Morelli note qu’« en se rendant en Espagne, […] la plupart des Italiens, même s’ils étaient d’origine modeste, se sentaient les héritiers d’une tradition historique dont la geste est popularisée de manière très vivace en Italie, la tradition du volontaire garibaldien dans les combats du xixe siècle pour la liberté des peuples »4. Chez les Italiens des Brigades internationales, et plus particulièrement évidemment du bataillon éponyme, le garibaldisme est la référence absolue. D’ailleurs, Giovanni Pesce a choisi Un garibaldien en Espagne pour titre de ses mémoires sur la guerre civile. En effet, l’engagement idéologique à l’étranger a fait la réputation de la famille Garibaldi. Avant l’expédition des Mille, Giuseppe, le protagoniste du Risorgimento, a combattu en Amérique du Sud. Là, pour la première fois, il a fait revêtir à ses volontaires la chemise rouge. Son fils, Riccioti, sert la Grèce dans les conflits gréco-ottomans de la fin du xixe et du début du xxe siècle. La génération suivante combat contre les caudillos d’Amérique latine et dans la Légion étrangère contre l’Allemagne impériale en 1914. Pour les Italiens antifascistes, il est donc logique que des chemises rouges soient présentes sur le front antifranquiste en 1936.

De fait, la guerre civile espagnole provoque un formidable élan dans l’ensemble des gauches européennes, voire mondiales. Mais, en réalité, l’impulsion des enrôlements a été donnée à Moscou par le Komintern, qui rédige une résolution en août 1936. Le septième point de ce texte énonce la volonté de « procéder au recrutement de volontaires ayant une expérience militaire chez les ouvriers de tous les pays afin de les envoyer en Espagne »5. Jusqu’aux années 1960, le Komintern n’a pas voulu reconnaître son rôle organisateur et il semble que des consignes aient été données pour que les enrôlés ne fassent pas publiquement état de leur recrutement par les cellules communistes de leur pays d’origine. La formation idéologique reçue à Albacete répond toutefois bien aux préoccupations de Moscou. On mesure aussi cette imprégnation organisée dans les souvenirs de Giovanni Pesce. Lorsqu’il quitte Albacete pour Madrid, il fait, par exemple, état de l’invitation lancée au bataillon Garibaldi pour aller voir au cinéma Les Marins de Cronstadt. Dans ce film, le Soviétique Dzigan met son talent au service de la propagande ; il glorifie le combat mené par ce groupe de marins de l’Armée Rouge contre des Blancs en octobre 1919.

  • Au cœur des combats

Dans le même temps, l’enthousiasme idéologique doit être, sinon nuancé, tout au moins resitué dans son contexte. Certains se retrouvent là pour de tout autres raisons que l’engagement politique. Giovanni Pesce évoque un prisonnier des forces mussoliniennes capturé lors de la bataille de Guadalajara auquel il prête les paroles suivantes : « J’ai toujours été antifasciste. Depuis 1931, j’ai deux enfants. Depuis 1935, je suis au chômage. [….] Le gouvernement avait promis de fortes allocations aux familles de ceux qui accepteraient [de partir en Espagne]. J’ai réfléchi longtemps mais, devant tant de misère et comme je n’avais aucune perspective, j’ai décidé de me porter volontaire. » En réalité, ce type de portrait pourrait être dressé dans les deux camps. Souvent, difficultés économiques et goût pour le baroud se mêlent. Ainsi, un camarade brigadiste de Pesce, Léo Valine, justifie son départ : « Qu’est-ce qui donc a poussé à partir ? Ben faut dire […] la vie était très dure, et puis, on avait vingt ans. Je pense que, pour moi, un garçon normal, surtout à l’époque, vingt ans, c’est l’explosion. […] Paris l’usine, Paris la radio, fabriquer des postes à longueur de semaine pour aller au cinéma le dimanche, recommencer le travail et le cinéma le dimanche. C’était ça la vie à cette époque ! Bon alors, non, cette vie monotone, moi, non. C’est les vingt ans qui parlent, voilà c’est ce qui m’a poussé à partir6. »

Par ailleurs, malgré les attendus du Komintern, les enrôlés des Brigades internationales n’ont pas, ou pratiquement pas de connaissances militaires, qui se limitent souvent à l’instruction reçue lors de leur service national. Ils sont pour la plupart issus des milieux ouvriers qualifiés et sont mal préparés à la rude discipline qu’exige le combat : « Beaucoup de garibaldiens se lamentaient, protestaient, ne voulaient pas apprendre à marcher au pas ou faire les exercices. » Pressés d’en découdre, ils veulent rejoindre directement le front. De fait, ils se retrouvent envoyés sur la grande route qui relie Madrid à Valence au sein de la XIIe brigade. Outre les garibaldiens, celle-ci comprend les bataillons Thaelmann et André Marty, placés sous les ordres du général Lukacs. Sous ce nom de guerre se cache le romancier hongrois Mata Zalka, qui avait servi comme officier dans l’armée autrichienne pendant la Grande Guerre avant de s’engager dans l’Armée Rouge. L’officier général sous lequel sert Pesce rappelle ainsi le rôle des intellectuels engagés dans les Brigades internationales7.

Très rapidement, la XIIe brigade s’avère mal préparée à affronter le feu ; elle multiplie les erreurs de communication entre ses différents corps lors de son premier engagement à Boadilla del Monte, un village situé à une trentaine de kilomètres de Madrid qu’elle est chargée de tenir alors que les nationalistes manœuvrent pour encercler la capitale. Malgré l’appui de chars russes, les franquistes pénètrent dans Boadilla et le combat est terrible. Le bataillon Thaelmann est décimé ; Giovanni Pesce est très légèrement blessé le 17 décembre. Les quelques semaines d’instruction reçue à Albacete n’ont pu remplacer le professionnalisme des troupes d’Afrique qui leur sont opposées.

Cette faiblesse militaire, tant dans le commandement que dans l’insuffisante discipline des brigadistes, a ensuite des conséquences psychologiques. Giovanni avoue lui-même la douleur de l’éloignement familial mais ne semble pas nourrir de peur incontrôlée au feu : « Je dois dire que cela m’arrivait de penser à ma mère, à mes frères, mais les préoccupations matérielles, je n’y pensais pas ; j’étais volontaire, j’étais venu pour me battre. Aucun élément ne perturbait ma conscience ou ne m’empêchait de faire mon devoir, mais il y avait des compagnons qui vivaient différemment cette situation, j’ai même vu certains pleurer parce qu’ils pensaient à leur mère, à leur femme, à leurs enfants. On était de simples humains, de simples gens, avec notre humanité. Je me souviens que certains pensaient même à retourner à la maison pour voir leur famille. Ils étaient préoccupés8. »

Le constat de cette fragilité mentale va implacablement se confirmer lorsque, le 1er février 1937, la XIIe brigade monte au front pour la bataille de Jarama, aux portes de Madrid. Appuyées par la légion Condor, les forces nationalistes essaient de prendre possession du pont de San Martino della Vega sur la route de Valence. Au printemps 1937, sont livrées trois batailles importantes : à Malaga, sur le fleuve Jarama et devant la ville de Guadalajara, également à proximité de la capitale. Les deux derniers théâtres d’opérations ont comme enjeu d’empêcher les nationalistes d’encercler Madrid. Sur la Jarama, bataille de plus grande importance que Boadilla del Monte, Pesce est frappé par le « feu infernal de l’artillerie, de l’aviation, des chars »9. En effet, la guerre civile est le théâtre d’expérimentation de la guerre éclair. Sous le déluge de feu de l’ennemi, les brigadistes ne peuvent maintenir un front uni. Le bataillon Dombrowski résiste héroïquement, nous dit Giovanni Pesce, mais il faut renforcer la position républicaine. Le bataillon Garibaldi est alors envoyé en soutien.

Le combat se fait à la baïonnette, au corps à corps mais « quelques soldats terrorisés, incapables de maîtriser leur peur, n’obéissent plus à aucun ordre »10. La panique se propage et les soldats marocains de Franco s’approchent : « Lors de l’offensive des fascistes, ce sont les Marocains qui ont été envoyés en première ligne : ils déferlaient à cheval, enfonçant la première ligne du bataillon Dombrowski. Ils étaient des centaines, créant une panique indescriptible. Les soldats républicains se sont mis à fuir devant ces cavaliers farouches. Moi, j’étais à côté de notre commandant ; je ne sais pas pourquoi je l’ai fait, mais j’ai pris une mitrailleuse, je l’ai mise au milieu de la route, et à nous deux, nous avons bloqué l’offensive. Cela peut paraître étrange, mais c’est un fait militaire, les Marocains déferlant sur nous et nous avec notre mitrailleuse russe, qui les avons arrêtés. Cela a redonné confiance aux autres et les brigadistes du Garibaldi sont revenus et ont pris position11. » Bientôt les forces nationalistes refluent. « Bien que très jeune, j’ai été nommé sous-lieutenant ; j’ai reçu mon grade après la bataille de Jarama en février 1937. C’est un épisode qui m’a valu beaucoup de notoriété et que l’on trouve raconté dans de nombreux livres12. » À l’instar de l’exploit de Giovanni Pesce, une fois surmontée l’instinctive panique devant la brutalité des combats, les brigadistes se révèlent d’une grande bravoure. Cela explique les lourdes pertes subies. Ainsi, constitué en majorité d’étudiants américains, le bataillon Abraham Lincoln laisse sur le terrain cent vingt tués et cent soixante-quinze blessés sur quatre cents hommes13.

  • L’échec du combat antifasciste en Espagne

Avec le temps, le discours idéologique soviétique, transmis par André Marty, se heurte au moral fragilisé des brigadistes et à leur diversité politique. En effet, à côté de communistes comme Pesce, certains volontaires sont issus des autres familles d’extrême gauche (poum, cnt…) : « Quand on était au repos, il y avait des discussions plus larges. […] Et ces discussions étaient parfois très violentes14. » Objectif, Pesce fait part des tentatives de reprise en main par les staliniens : « Quelquefois, rarement, il y avait des convocations pour des réunions générales, qui se produisaient dans des cas particuliers : venaient alors nous parler des personnalités comme Longo15. » En revanche, il semble approuver la répression contre les membres du poum à Barcelone : « Les trotskistes du poum accumulaient à Barcelone des quantités d’armes, de tanks, de mitrailleuses […] dont nous avions extrêmement besoin. Ils affirmaient ne pas vouloir d’une armée régulière. […] Les trotskistes ne tenaient pas compte de la volonté populaire qui, à travers des manifestations spontanées, réclamait un commandement unique qui pourrait diriger et coordonner toutes les actions de guerre. » Ce commentaire témoigne de l’influence exercée par le discours soviétique sur Giovanni Pesce puisqu’en réalité, le poum était en rupture avec les orientations préconisées par Trotski.

Dans le même temps, les mauvaises nouvelles s’accumulent pour le camp républicain. Le 8 février, Malaga est tombée entre les mains des franquistes. Pour les Italiens, l’émotion est d’autant plus forte que les troupes motorisées mussoliniennes ont joué un rôle décisif dans la chute de la ville. Du 8 au 11 mars, les brigadistes italiens combattent à Guadalajara où s’affrontent directement garibaldistes et flèches noires fascistes. Cet affrontement revêt donc une importance symbolique très forte, au-delà de l’intérêt stratégique pour la guerre civile espagnole. Plus que jamais, les brigadistes ont le sentiment qu’ils prennent part au combat européen contre le fascisme. Le 11 mars, les forces motorisées du général Roatta rompent le front de la XIe division, tandis que les garibaldistes résistent sur la route qui relie Brihuega à Trijueque ; ils font même des prisonniers fascistes italiens. Le 18, les républicains peuvent contre-attaquer. Dans ses mémoires, Giovanni Pesce fait de Guadalajara une grande victoire de ceux-ci, Brigades internationales en tête, sur les troupes mussoliniennes. À cet égard, il est représentatif de la vague enthousiaste qui suit les événements. Tout juste arrivé en Espagne, Ernest Hemingway écrit : « Brihuega sera digne de figurer à côté des autres batailles décisives de l’histoire militaire16. » En réalité, outre la piètre qualité de l’état-major des flèches noires, la bataille de Guadalajara révèle surtout le rôle décisif des chars et des conseillers militaires soviétiques.

Mais le printemps 1937 est marqué par un net recul des forces républicaines. La puissance de feu de l’ennemi est symbolisée par le bombardement de Guernica par la légion Condor le 2 avril. Le 18 juin, c’est au tour de Bilbao de tomber. Harcelés par l’aviation ennemie, les « nouveaux venus » du bataillon Garibaldi « sont abattus et démoralisés »17. Au cours de la retraite dans la région de Saragosse, Giovanni Pesce reçoit une balle dans la jambe. De l’infirmerie, il mesure un peu plus encore l’ampleur de la désorganisation de son camp : « J’appelle les infirmières : on me répond qu’elles sont mortes. » Désormais les défaites s’enchaînent pour les Brigades internationales. Au printemps 1938, le bataillon est envoyé sur le front de l’Estrémadure. Giovanni est à nouveau blessé à Brunete puis sur l’Ebre, l’un des derniers combats menés par les garibaldistes en septembre 1938.

Fin de 1938, l’aventure des Brigades internationales prend fin. Giovanni rentre en Italie en 1940 et est immédiatement arrêté puis déporté sur l’île de Ventotene. Échappé en 1943, il prend part aux combats des partisans en Piémont pour la libération du pays, puis occupera des fonctions au sein du parti communiste après la guerre. Comme pour beaucoup de ses camarades, son entrée en résistance s’inscrit dans la continuité du combat engagé aux côtés des républicains espagnols. Ainsi peut-on lire sur la carte d’adhésion à l’amicale française des anciens volontaires d’Espagne : « La solidarité internationale que nous avons assurée au peuple espagnol en 1936-1939, au cours de sa lutte héroïque contre l’agression fasciste, s’alliait à notre souci de sauvegarder sur les Pyrénées la sécurité de la France. Notre internationalisme s’allie à l’amour de la patrie dont nous avons fait preuve pendant la Résistance18. »

Ce lien traduit bien l’imprégnation d’extrême gauche des Brigades internationales mêlée à un profond sentiment national. En ce sens, le parcours des brigadistes italiens s’inscrit pleinement, selon les vœux de Giovanni Pesce, dans la tradition garibaldienne. À l’instar des précédentes générations de chemises rouges, ils sont largement issus des milieux ouvriers. Au-delà de la bravoure personnelle de jeunes tel Giovanni Pesce, leur amateurisme militaire rend difficilement soutenable les combats très brutaux menés contre les Africains de Franco. Mal mesuré au moment du départ, l’éloignement familial est sans doute également à prendre en compte. Dans certains cas, les motivations d’engagement semblent dérisoires face à la mort. Enfin, après une période de rêve unitaire à Albacete, bien décrite par notre protagoniste, les divergences politiques des volontaires ressurgissent, accentuées par la férule du Komintern. Mais des communistes convaincus poursuivront pourtant ce combat antifasciste pendant la Seconde Guerre mondiale. Voire même au-delà dans le cas de Giovanni Pesce, décédé en 2007

1 Giovanni Pesce, Un Garibaldino in Spagna, Milano, Ediziono Essezeta-Arterigere, 2006.

2 Propos tirés de l’ouvrage de Florence Gravas, Le Sel et la Terre. Espagne 1936-1938 : des brigadistes témoignent, Paris, Tirésias, 1999.

3 Ils seront assassinés en France par le csar (plus connu sous le nom de Cagoule) sur ordre de Mussolini en 1937.

4 Anne Morelli, « Les Italiens de Belgique face à la guerre d’Espagne », Revue belge d’histoire contemporaine, XVIII, 1987, 1-2, pp. 188-214.

5 Antony Beevor, La Guerre d’Espagne, Paris, Calmann-Lévy, 2006.

6 Remi Skoutelsky, L’Espoir guidait leurs pas, Paris, Grasset, 1998.

7 Outre Lukacs, citons les écrivains anglais Ralph Fox ou Julian Bell, le poète chilien Pablo Neruda, l’Américain George Orwell ou le Français André Malraux.

8 Florence Gravas, Le Sel et la Terre, op. cit., p. 87.

9 Idem, p. 82.

10 Idem, p. 56.

11 Idem, p. 91.

12 Idem.

13 Hugh Thomas, La Guerre d’Espagne, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2009.

14 Florence Gravas, Le Sel et la Terre, op. cit., p. 59.

15 Luigi Longo (1900-1980) fut l’un des principaux dirigeants du parti communiste italien depuis les années 1920. Il fut également membre du bureau politique du Komintern à partir de 1933.

16 Cité par Hugh Thomas, La Guerre d’Espagne, op. cit., p. 463.

17 Giovanni Pesce, Un Garibaldino in Spagna, op. cit., p. 115.

18 Cité par Remi Skoutelsky, L’Espoir guidait leurs pas, op. cit., p. 170.

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