N°11 | Cultures militaires, culture du militaire

André Thiéblemont

Réveils identitaires dans l’armée de terre

Naguère, chez les militaires, il n’y avait de culture que « gĂ©nĂ©rale Â». Peu ou prou, il en Ă©tait de mĂŞme dans la sociĂ©tĂ© française. « La Â» culture, c’était celle des arts et des lettres. Dans le courant des annĂ©es 1980, le sens de ce mot devint polysĂ©mique. Se propageant dans tous les milieux sociaux, la culture en vint Ă  exprimer, plus ou moins confusĂ©ment, les particularitĂ©s et les diffĂ©rences d’une collectivitĂ©, d’une activitĂ©.

Dans les armĂ©es, cette polysĂ©mie toucha plus particulièrement l’armĂ©e de terre. Elle constitue l’un des aspects d’un mouvement d’expressions identitaires qui Ă©mergea au tournant des annĂ©es 1980 et s’étendit par la suite Ă  toutes ses formations. Ce mouvement procède de celui qui s’est dĂ©veloppĂ© dans les secteurs traditionnels de la sociĂ©tĂ© française durant la mĂŞme pĂ©riode. Mais il a un caractère qui lui est propre ! Il doit ĂŞtre rapportĂ© aux changements successifs et rapides qui ont modifiĂ© les conditions de l’existence militaire au cours des dernières dĂ©cennies. Cet article propose de considĂ©rer ce mouvement, ses conditions politico-militaires et socioculturelles d’émergence, ses caractĂ©ristiques1.

  • « L’armĂ©e est une entreprise comme une autre ! Â»

Ă€ la fin des annĂ©es 1970, ce slogan scandait les discours officiels. Ă€ l’époque, les militaires vivaient une sorte d’aggiornamento, un peu Ă  l’instar de ce mouvement d’« ouverture au monde Â» impulsĂ© dans l’Église de Rome par Vatican II. Ă€ l’« image du baroudeur Â», la politique militaire entendait substituer celle d’un manager ou d’un « technicien de la dĂ©fense Â» qui se fonde « dans le paysage contemporain Â»2.

Cet aggiornamento s’inscrivait dans la continuitĂ© de la mise sur pied de cette nouvelle armĂ©e organisĂ©e autour de la fusĂ©e dissuasive qui avait Ă©tĂ© engagĂ©e Ă  la fin de la guerre d’AlgĂ©rie. L’entreprise avait rencontrĂ© scepticisme et rĂ©sistances parmi les intelligences du pays comme dans les rangs militaires. Dans une sociĂ©tĂ© oĂą pointait l’eschatologie d’un monde pacifique, oĂą des Ă©lites contestaient l’autoritĂ© au nom de l’épanouissement de l’individu, le militaire Ă©tait perçu par beaucoup comme « nuisible et inutile Â»3. La nĂ©cessitĂ© d’une armĂ©e et d’une dĂ©fense Ă©tait posĂ©e4. Dans le mĂŞme temps, la montĂ©e en puissance de la force nuclĂ©aire paupĂ©risait le service militaire et la condition militaire5. Dans le courant de l’annĂ©e 1973, la contestation d’une partie du contingent, mais aussi de jeunes officiers, jusque-lĂ  cantonnĂ©e dans les murs des casernes, explosait sur la voie publique. Parmi les cadres militaires, les motifs Ă©taient multiples : sentiment d’hostilitĂ© de la sociĂ©tĂ©, vĂ©tustĂ© des infrastructures et des matĂ©riels, « misĂ©rabilisme Â» du service militaire, dĂ©gradation de la condition militaire, autoritarisme de la hiĂ©rarchie, rejet d’une doctrine de dissuasion nuclĂ©aire renvoyant des forces combattantes Ă  une logique de non-emploi6…

Cette contestation fragilisait le système de dĂ©fense. L’aggiornamento des armĂ©es, qui fut alors engagĂ© pour le crĂ©dibiliser, fut ambitieux mais quelque peu radical. Il impliquait une rationalisation de la gestion des ressources du corps militaire et l’adaptation d’un style de commandement rĂ©putĂ© autoritaire et coercitif Ă  l’évolution des mentalitĂ©s de nouvelles gĂ©nĂ©rations. Directives, mesures et procĂ©dures diverses imposaient le « dialogue Â», la « participation Â», l’« adhĂ©sion Â». Image de marque oblige ! Ă€ la fin des annĂ©es 1970, l’armĂ©e française se proclamait « une entreprise comme une autre Â», dĂ©pouillĂ©e de toute rĂ©fĂ©rence Ă  des traditions ou Ă  une vocation combattante. Passant de l’« Ă©tat de figure symbolique complexe Ă  celui de signe accessoire et univoque Â», le militaire s’effaçait derrière ce qu’on avait pris coutume d’appeler l’« appareil Â» ou l’« outil de dĂ©fense Â»7 !

L’entreprise secrĂ©ta de lourdes tensions. Dans les corps de troupe, sa mise en application absorbait les « Ă©nergies au dĂ©triment des activitĂ©s opĂ©rationnelles Â»8. Ă€ tort ou Ă  raison, nombre de cadres estimaient que les orientations et les procĂ©dures Ă  mettre en Ĺ“uvre, coulĂ©es dans le moule d’autoritarismes et de formalismes anciens, Ă©taient plaquĂ©es sur la vie des corps de troupe. Ă€ leurs yeux, elles tenaient peu compte de sa complexitĂ©, de contraintes persistantes et, surtout, d’impĂ©ratifs collectifs qui n’étaient pas toujours compatibles avec cet « Ă©panouissement Â»9 de l’individu que le commandement entendait favoriser.

Entre ces adaptations nĂ©cessaires mais brutales, systĂ©matiques, trop souvent contradictoires avec les particularitĂ©s de la vie militaire et une doctrine de dissuasion qui faisait du combat une improbable espĂ©rance, nombre de cadres Ă©prouvaient le sentiment plus ou moins diffus d’une « fonctionnarisation Â» ou d’une « banalisation Â» de leur office. Dès lors, et jusqu’à nos jours, comme l’avers et le revers d’une mĂŞme protestation, les thĂ©matiques de la « banalisation Â» et de la « spĂ©cificitĂ© militaire Â» ne cesseront pas de travailler le milieu militaire10. C’est lĂ , me semble-t-il, l’un des ferments de ce mouvement d’expressions identitaires qui germera dans l’armĂ©e de terre dans les annĂ©es 1980. Il se nourrira de transformations dans l’environnement socioculturel des armĂ©es et de changements qui vont les affecter et les refaçonner en partie.

En premier lieu, on ne peut exclure l’influence sur ce mouvement des manifestations d’identitĂ©s (ethniques, rĂ©gionales, locales…) qui vont Ă©clore et travailler le territoire national Ă  partir des annĂ©es 1980. Aujourd’hui, elles parcellisent son paysage culturel. Puisant dans un passĂ© souvent mythifiĂ©, y « redĂ©couvrant des formes culturelles enfouies Â», divers courants identitaires ont opposĂ© aux « excès de la modernitĂ© Â», au centralisme et aux technostructures uniformisantes leur diffĂ©rence et leur « appartenance Ă  un espace culturel Â»11. Sur cette lame de fond ont jouĂ© des dynamiques propres Ă  l’armĂ©e de terre.

L’effacement progressif des armĂ©es sur le territoire national et la raretĂ© croissante des ressources budgĂ©taires donnèrent trop souvent, et donnent encore au corps militaire un sentiment d’abandon et de menace sur son existence. S’y sont combinĂ©es des rĂ©formes de toutes natures, parfois vĂ©cues comme des entorses Ă  la « spĂ©cificitĂ© militaire Â». Or ces changements sont intervenus alors que la vocation traditionnelle du corps combattant Ă©tait Ă  nouveau, et de plus en plus, sollicitĂ©e, et que progressivement, l’existence militaire se transformait radicalement au regard de ce qu’elle Ă©tait dans les annĂ©es 197012. S’ouvrant les canaux discrets – verbaux ou symboliques – de son expression, le corps militaire signifiera alors son identitĂ© spĂ©cifique avec un sentiment de lĂ©gitimitĂ© d’autant plus fort que son prĂ©sent lui donne de nouveau rendez-vous avec un Ă©pique que la fusĂ©e dissuasive avait occultĂ©. Le passage Ă  la professionnalisation relancera le processus, donnant Ă  ces expressions identitaires d’autres lĂ©gitimitĂ©s, celles de l’« incorporation Â» du jeune engagĂ©.

  • L’épique au passĂ© et au prĂ©sent

Énonçant différences et particularités, ces expressions ont joué à la fois d’objets et de signes hérités du passé ainsi que d’un paraître renvoyant à un présent épique – même s’il ne s’agissait que de s’exposer aux coups de l’autre en s’interdisant de lui en donner. Parmi l’abondance des indices, quelques coups de sonde permettent de caractériser les plus manifestes.

  • MusĂ©ographie et collections d’objets

Sur plus de vingt-deux musĂ©es aujourd’hui repĂ©rables dans l’armĂ©e de terre, neuf ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©s dans les annĂ©es 1980 ; huit crĂ©ations, rĂ©novations ou extension de surface sont survenues postĂ©rieurement Ă  1990 (cf. tableau p.84-85). Dans la mĂŞme pĂ©riode (1980-2005), sauf omission, on ne repère aucune crĂ©ation dans l’armĂ©e de l’air, la marine s’étant enrichie du seul musĂ©e de l’École des fusiliers marins. Ces crĂ©ations furent toutes rĂ©alisĂ©es dans le « foyer Â» d’une culture militaire particulière : Ă©cole d’arme, maison mère, centre de formation, de commandement d’un ensemble interarmes (Pau, Grenoble) ou stationnement d’une formation hĂ©ritière d’une subdivision d’arme (Valence). Elles ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es ex nihilo ou Ă  partir de collections d’objets dĂ©tenues de longue date mais insuffisamment mises en valeur. Avant 1990, elles furent le fait d’initiatives Ă©parses. En 1993, la crĂ©ation d’une dĂ©lĂ©gation au patrimoine culturel et historique de l’armĂ©e de terre paraĂ®t avoir traduit une prise de conscience au niveau central d’une nĂ©cessitĂ© d’affirmer auprès des cadres et des personnels la « pĂ©rennitĂ© de leur institution Â» en renouant avec son « hĂ©ritage culturel Â»13. Sous l’impulsion du gĂ©nĂ©ral Cousine, une politique patrimoniale ambitieuse, disposant de gros moyens, fut alors mise en Ĺ“uvre. La professionnalisation donnera Ă  cette politique une nouvelle source de lĂ©gitimitĂ©.

Dans la mĂŞme pĂ©riode et dès les annĂ©es 1980, une affirmation plus discrète d’une identitĂ© particulière au travers d’objets tĂ©moignant d’un passĂ© lointain ou très rĂ©cent se propageait dans nombre de formations de l’armĂ©e de terre. Des salles d’honneur rĂ©gimentaires furent crĂ©Ă©es, rĂ©novĂ©es, rĂ©amĂ©nagĂ©es, lĂ  aussi bien souvent Ă  partir d’objets sortis des caves et des greniers ou trop peu visiblement exposĂ©s14. Dans un tout autre style, il existe aujourd’hui des bars amĂ©nagĂ©s dans les bâtiments de compagnies ou d’escadrons. Ces lieux sont meublĂ©s et dĂ©corĂ©s d’objets emblĂ©matiques, tĂ©moins des opĂ©rations extĂ©rieures auxquelles ces unitĂ©s Ă©lĂ©mentaires ont participĂ© : photos, fanions, objets africains, drapeaux, armements de belligĂ©rants… Dans ces espaces intimes, tous cadres et parfois tous personnels confondus, on boit un verre, on prend le cafĂ© avant le rassemblement du matin, entourĂ© d’un bric-Ă -brac de souvenirs dont des mĂ©moires vivantes peuvent raconter l’histoire. Ce phĂ©nomène pourrait ĂŞtre rapportĂ© Ă  l’autonomie croissante des unitĂ©s Ă©lĂ©mentaires depuis les annĂ©es 1980. Les interventions contemporaines ne sollicitant plus l’engagement de rĂ©giments organiques, ce sont une ou plusieurs de leurs unitĂ©s Ă©lĂ©mentaires composant bataillons de marche et groupements tactiques qui partent en expĂ©dition. Bien plus, une mĂŞme compagnie peut voir disperser ses sections sur plusieurs opĂ©rations durant quelques mois. De la sorte, chaque unitĂ© Ă©lĂ©mentaire possède aujourd’hui un passĂ© rĂ©cent, une histoire qui lui est propre : elle les expose et les raconte dans son propre espace de vie15.

  • Le paraĂ®tre de l’uniforme

Dans les années 1970, le soldat redoutait de paraître en uniforme. Au sortir de la guerre d’Algérie, bérets noirs et tenues de combat kaki sombre avaient remplacé calots aux couleurs des armes et treillis bariolés ou kaki clair délavé. En mauvaise saison, le soldat défilait dans une vilaine tenue de drap, elle aussi d’un sombre kaki, que nulle décoration ne fleurissait s’il n’avait pas pérégriné en Algérie. Seuls échappaient à ces tristes coloris les chasseurs et ceux qui, légionnaires, parachutistes ou troupes de marine, arboraient le hâle et les décorations de leurs séjours outre-mer ou portaient pour les premiers bérets verts ou rouges.

Aujourd’hui, l’uniforme de l’armĂ©e de terre est portĂ© sans complexe, dans la rue ou aux queues des grandes surfaces. Nombre de ses signes renvoient Ă  une vocation combattante. S’étant Ă©clairci Ă  partir de 1990, des dĂ©corations l’agrĂ©mentent sans qu’il soit besoin que celui qui les arbore ait de longues annĂ©es de service. En tenue de parade, les ceintures de laine rouge ou bleue d’une très ancienne armĂ©e serrent la taille du soldat. Après trente annĂ©es d’oubli, la tenue de combat bariolĂ©e a Ă©tĂ© rĂ©habilitĂ©e. Elle se porte partout en France, en tout lieu et en tout temps, y compris lĂ  oĂą naguère on ne revĂŞtait que rarement le treillis. Comme si partout, mĂŞme non-combattant, on se rĂ©clamait d’une vocation combattante !

  • L’image et le texte : les « beaux livres Â»

Un troisième type d’indices rĂ©side dans la prolifĂ©ration d’ouvrages richement illustrĂ©s traitant de sujets militaires : un florissant marchĂ© qui a contribuĂ© Ă  relancer une maison comme Lavauzelle ou sur lequel se sont positionnĂ©s de nouveaux Ă©diteurs (Marines Ă©ditions crĂ©Ă©es dans les annĂ©es 1980, Histoire et documents en 1978…). Le phĂ©nomène touche toutes les armĂ©es Ă  partir de la dĂ©cennie 1990. Si on circonscrit l’observation Ă  l’édition de « beaux livres Â» – grands formats, souvent reliĂ©s et cartonnĂ©s, illustrĂ©s de centaines de photographies en couleurs –, l’armĂ©e de terre se distingue par de nombreux ouvrages traitant du passĂ© et du prĂ©sent de rĂ©giments, d’écoles, d’ensembles interarmes ou de subdivisions d’arme. Ce n’est ni le cas de la marine nationale ni celui de l’armĂ©e de l’air16. Ces « beaux livres Â» sont apparus Ă  l’occasion des opĂ©rations de maintien de la paix au Liban Ă  la fin des annĂ©es 1970 et au dĂ©but des annĂ©es 198017. Aujourd’hui, le catalogue des Ă©ditions Lavauzelle prĂ©sente plus de cent « beaux ouvrages Â» divers consacrĂ©s Ă  l’armĂ©e en gĂ©nĂ©ral. Ă€ cotĂ© de sujets historiques ou transversaux (administration, dĂ©corations, renseignement…), plus de cinquante ouvrages de cet ensemble sont consacrĂ©s au passĂ© et au prĂ©sent de formations de l’armĂ©e de terre, dont quatorze pour les troupes de marine et huit pour la LĂ©gion Ă©trangère. Six ont Ă©tĂ© publiĂ©s dans les annĂ©es 1980, neuf dans les annĂ©es 1990 et trente-six depuis le dĂ©but du xxie siècle18. Du 152e rĂ©giment d’infanterie au 28e rĂ©giment de transmissions en passant par le 3e rĂ©giment de gĂ©nie, ce phĂ©nomène touche toutes les armes. Et il ne s’agit pas de livres d’or ! Très documentĂ©s, ils s’appuient souvent sur des sources de première main qui ne figurent pas dans les fonds d’archives publics (carnets de route, articles de presse…). NĂ©anmoins, ils distinguent et magnifient la formation ou les formations traitĂ©es en racontant leurs valeureuses Ă©popĂ©es passĂ©es et prĂ©sentes.

Ce petit marché est comparable à des éditions à compte d’auteur. L’ouvrage est le plus souvent élaboré à la demande de la formation concernée, moyennant une promesse d’achats préalables qui amortira une partie du coût de fabrication. La formation utilisera les produits préachetés comme objets souvenir dans ses prestations d’échange avec son environnement militaire ou civil.

  • Insignes mĂ©talliques et signes emblĂ©matiques
    de l’armée d’Afrique

Depuis la Première Guerre mondiale, la crĂ©ation d’insignes distinctifs symbolisant la personnalitĂ© d’une unitĂ© est devenue une pratique constante dans les armĂ©es19. Au sein de l’armĂ©e de terre, au dĂ©but des annĂ©es 1980, cette pratique se concentrant sur la fabrication d’insignes mĂ©talliques devint incontrĂ´lable. En aoĂ»t 1985, une dĂ©cision tenta de limiter les crĂ©ations et le commerce de ceux-ci20. Peine perdue !

Dès la fin des annĂ©es 1970, la participation de formations de l’armĂ©e de terre Ă  la Force intĂ©rimaire des Nations Unies au Liban (finul), aux opĂ©rations Tacaud puis Manta au Tchad, Diodon au Liban donne lieu Ă  de multiples fabrications d’insignes ad hoc. Ă€ cĂ´tĂ© d’insignes de bataillons de marche de la finul ou de rĂ©giments dont la symbolique retravaillĂ©e s’identifie Ă  une opĂ©ration (17e rĂ©giment de gĂ©nie parachutiste et Diodon), apparurent nombre d’insignes d’unitĂ©s Ă©lĂ©mentaires organiques ou de marche dĂ©tachĂ©es de leur rĂ©giment pour ĂŞtre engagĂ©es dans ces interventions. C’est le fait notable !

Au cours des annĂ©es suivantes, les insignes de compagnie et d’escadron organiques prolifĂ©rèrent, parfois portĂ©s en accroche sur la fourragère. Pour beaucoup, ils furent dĂ©clinĂ©s en autant de dĂ©corations ad hoc que de contributions Ă  des opĂ©rations ou Ă  des sĂ©jours extĂ©rieurs, en unitĂ© organique ou de marche. Ce phĂ©nomène a touchĂ© toutes les formations bien avant la professionnalisation (les compagnies des 5e et 41e rĂ©giments d’infanterie, par exemple). Ă€ ce jour, hors des dĂ©corations rĂ©glementaires de rĂ©giment, on peut dĂ©nombrer trente-neuf insignes diffĂ©rents d’opĂ©ration ou de compagnie au 3e rĂ©giment parachutiste d’infanterie de marine, trente et un au 1er rĂ©giment d’infanterie, vingt-quatre au 92 oĂą certains insignes d’unitĂ© datent du Liban ou de la Bosnie21. Le commerce de ces insignes est Ă©galement un marchĂ© florissant : dans les annĂ©es 1990, l’essentiel des petites annonces de Terre magazine y Ă©tait consacrĂ©.

Les rappels explicites ou symboliques de l’armĂ©e d’Afrique et du passĂ© colonial travaillĂ©s Ă  l’aune du prĂ©sent, ont constituĂ© l’une des dimensions essentielles de ce mouvement identitaire : ouvrages et iconographies, rĂ©fĂ©rences incessantes aux hĂ©ros « pacificateurs Â», nombreuses restaurations symboliques que les Ă©pousailles de la modernitĂ© avaient laissĂ© tomber en dĂ©suĂ©tude… Il en va ainsi de la recrĂ©ation du 1er rĂ©giment de tirailleurs en mai 1994, du 1er rĂ©giment de chasseurs d’Afrique en 1998 ou de l’appellation « rĂ©giment d’Afrique Â» que le 68e rĂ©giment d’artillerie blindĂ©e retrouva au dĂ©but des annĂ©es 2000 après quelques dĂ©cennies d’oubli. Il y a plus insolite ! Au dĂ©but des annĂ©es 1990, le tough – hampe d’un fanion d’escadron Ă  la douille de laquelle sont accrochĂ©s des crins ou une queue de cheval – fait son apparition, ou sa rĂ©apparition, dans les rĂ©giments qui se rĂ©clament des unitĂ©s montĂ©es de l’armĂ©e d’Afrique ou d’un passĂ© hippomobile, en particulier aux 12e, 61e et 68e rĂ©giments d’artillerie, et aux 511e et 515e rĂ©giments du train22.

  • La notion de culture Ă©clatĂ©e

Depuis une quinzaine d’annĂ©es, comme pour souligner les identitĂ©s collectives que ces expressions profuses Ă©nonçaient, les invocations d’une culture spĂ©cifique se sont propagĂ©es, se chargeant d’une diversitĂ© de sens au grĂ© des situations et des statuts de ceux qui s’y rĂ©fĂ©rent. Aujourd’hui, dans l’armĂ©e de terre comme dans la sociĂ©tĂ© française oĂą le mĂŞme phĂ©nomène s’est produit, n’importe quelle collectivitĂ© « peut revendiquer une culture qui lui est propre Â», ce qui ne va pas sans entraĂ®ner « un brouillage conceptuel Â»23.

Au dĂ©but des annĂ©es 1980, parler d’une culture qui puisse ĂŞtre qualifiĂ©e de « militaire Â» Ă©tait hors de propos. Le premier protocole d’accord DĂ©fense-Culture signĂ© en mai 1983 sur la base aĂ©rienne d’Orange ne traitait que d’une culture unique, celle des arts et des lettres. Cet accord entendait en dĂ©mocratiser les Ĺ“uvres avant-gardistes en leur ouvrant l’espace casernĂ©. Le dĂ©cor de cette signature Ă©tait symbolique : une exposition d’art contemporain24 ! Seul Ă©tait reconnu le patrimoine monumental et musical des armĂ©es. Avec la crĂ©ation de la dĂ©lĂ©gation au patrimoine culturel et historique de l’armĂ©e de terre en 1993 et la signature en 1994 d’un troisième protocole DĂ©fense-Culture qui reconnaissait l’« hĂ©ritage culturel des armĂ©es Â», le dĂ©but des annĂ©es 1990 pourrait avoir Ă©tĂ© un tournant dans la manière d’apprĂ©hender le culturel par la pensĂ©e militaire officielle.

En 1995, le gĂ©nĂ©ral Monchal, chef d’état-major de l’armĂ©e de terre, fit Ă©tat Ă  plusieurs reprises d’une « culture de l’armĂ©e de terre Â» dans un texte prĂ©façant un dossier sur l’histoire et les traditions de celle-ci publiĂ© dans l’édition annuelle du Quid. La notion n’était qu’évoquĂ©e. S’articulant avec un « patrimoine Â» d’œuvres matĂ©rielles ou immatĂ©rielles, sa conception apparaissait institutionnelle et normative25. Dix ans plus tard, le prĂ©ambule de l’actuel protocole d’accord DĂ©fense-Culture signĂ© en 2005 fait mention d’une « culture militaire Â» (mise entre guillemets dans le texte), pour la première fois, semble-t-il, dans un texte ministĂ©riel. LĂ  encore, cette notion n’est que mentionnĂ©e comme « Ă©lĂ©ment insĂ©parable Â» d’un ensemble « monumental, musĂ©ographique, Ă©crit, audiovisuel, musical ou scientifique Â» qui « constitue le patrimoine des armĂ©es Â»26. Celui-ci reste nĂ©anmoins cantonnĂ© aux Ĺ“uvres reconnues par l’institution : par exemple, sa dĂ©finition exclut un riche patrimoine ethnologique militaire, alors qu’il existe de longue date une mission du patrimoine ethnologique au ministère de la Culture.

C’est justement un emploi de la notion de culture, plus proche de son sens ethnologique, qui apparaĂ®t dans le langage courant de jeunes officiers depuis une quinzaine d’annĂ©es : « culture lĂ©gion Â» ou « mĂ©tro lĂ©gionnaire Â», « culture alpine Â», « Ă§a fait partie de la culture Â», « culture d’escadron Â», « une diffĂ©rence de culture et de mentalitĂ© d’une unitĂ© blindĂ©e et d’une unitĂ© d’infanterie Â»â€¦ Or ces expressions, qui partent souvent d’un constat ou d’une revendication de diffĂ©rence, sont employĂ©es Ă  propos de pratiques et d’attitudes qui trament la vie quotidienne des unitĂ©s27. On se trouverait lĂ , plus ou moins confusĂ©ment, devant un univers de postures mentales, techniques, pratiques façonnĂ© par des conditions d’existence très spĂ©cifiques.

Parmi les emplois maintenant abondants du mot culture dans l’armĂ©e de terre, citons « culture d’arme Â» dont le sens semble varier selon les armes qui l’utilisent, « culture d’intĂ©gration Â», « culture de la mission Â», « culture de l’autre Â»â€¦ Deux d’entre eux se distinguent. Une rĂ©cente directive du commandement de la formation de l’armĂ©e de terre s’intitule « Culture militaire de l’officier Â» (directive 2007-2008, 25 avril 2008). Elle revient sur le mĂ©tier des armes stricto sensu avec le souci de « redonner ses lettres de noblesse Ă  la manĹ“uvre Â». Constatant l’« insuffisance du niveau Â» des officiers et leurs difficultĂ©s d’« approfondissement d’une culture militaire Â» hors des pĂ©riodes d’enseignement initial ou supĂ©rieur, elle dĂ©finit la mise en Ĺ“uvre d’« un continuum de formation Â». Dans cette directive traitant de l’enseignement militaire, le mot culture appliquĂ© Ă  la chose militaire conserve son sens noble : un ensemble de connaissances « constituĂ©es en sciences militaires Â», dont l’acquisition passe par l’enseignement et la lecture de bons auteurs. L’usage classique de la notion semble ici signifier avec force l’idĂ©e d’un art militaire qui se cultive dans la durĂ©e. Le second emploi, moins explicite, que l’on trouvait dĂ©jĂ  suggĂ©rĂ© dans le texte du gĂ©nĂ©ral Monchal prĂ©cĂ©demment citĂ©, tire cette notion de culture vers l’éthique ou vers ce que l’on nomme les « valeurs Â». « Toute culture est portĂ©e par un groupe social conscient de constituer une communautĂ© qui affirme des valeurs spĂ©cifiques Â» Ă©crit Line Sourbier-Pinter28. L’affirmation n’est peut-ĂŞtre pas fausse. NĂ©anmoins, une culture n’est pas un enclos. TravaillĂ©e par des dynamiques du dehors et du dedans, elle n’est ni stable ni monolithique, de sorte que ce qui valait pour hier peut ne pas valoir pour aujourd’hui. Le passage en moins de vingt ans d’une armĂ©e « entreprise comme une autre Â» Ă  une armĂ©e retrouvant ses marques sĂ©culaires tout en les ayant remodelĂ©es aux expĂ©riences du temps prĂ©sent illustre le propos.

« Culture : fausse Ă©vidence, mot qui semble un. Mot mythe qui prĂ©tend porter en lui un grand salut Â», Ă©crivait dĂ©jĂ  Edgar Morin en 1984 ! Cherchant alors Ă  dĂ©passer l’obstacle « de ces hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ©s, de ces Ă©quivoques Â» de sens – y compris dans les sciences sociales – afin de conserver Ă  cet outil d’analyse toute sa pertinence, il proposait d’apprĂ©hender ainsi une culture : « Un système [ouvert] dialectisant une expĂ©rience existentielle et un savoir constituĂ©29. Â» Selon la culture, ce savoir peut-ĂŞtre constituĂ© de connaissances livresques, mais aussi de pratiques (techniques, tactiques…), de modèles intĂ©riorisĂ©s, d’un langage, de constructions symboliques, mythiques…, le tout canalisant les interprĂ©tations d’une expĂ©rience et rĂ©gissant des conduites, de façon consciente ou non30.

Si, même du bout de l’esprit, on accepte cette démarche qui voit dans une culture un jeu incessant entre des expériences extraites de conditions d’existence et un savoir constitué, ce regard sur le passé récent de l’armée de terre ouvre deux pistes de réflexion parmi d’autres.

Ă€ considĂ©rer ce foisonnement de signes identitaires qui prennent corps dans les annĂ©es 1980 et le temps de retard de l’institutionnel pour le prendre en compte, force est de constater les diffĂ©renciations verticales et horizontales toujours Ă  l’œuvre entre les existences militaires. D’oĂą une « constellation Â» de sous cultures et de microcultures militaires que les « progrès techniques et tactiques ne cessent de diversifier Â»31. Cela induit une dynamique et une dialectique de l’identitĂ© et de la diffĂ©rence dont l’exploration reste Ă  faire dans les armĂ©es françaises.

Force aussi est de reconnaĂ®tre la persistance de ces « savoirs constituĂ©s Â» ! Au cours de ces dernières dĂ©cennies, ils ont rĂ©sistĂ© Ă  une banalisation de l’institution – rĂ©elle ou jugĂ©e comme telle –, aux avancĂ©es de la modernitĂ©, aux impĂ©ratifs de cultures militaro pacifiques, tout en s’enrichissant d’une sĂ©lection d’expĂ©riences que ces mouvements imposaient Ă  des existences militaires. De la partie immergĂ©e de l’iceberg militaire, ce sont ces savoirs qui ont fait progressivement surgir et ressurgir les expressions identitaires que cet article vient d’évoquer. 

1 Cet article n’est pas œuvre d’historien. Le regard sur ce passé récent est impressionniste, partiel et sans doute partial, celui d’un acteur qui fut aussi un observateur impliqué dans son temps.

2 Bernard Paqueteau, « La Grande Muette au petit Ă©cran Â», in Hubert Jean Pierre Thomas (dir) Officiers, sous-officiers. La dialectique des lĂ©gitimitĂ©s, Addim, 1994.

3 Ibidem, p. 68.

4 Cf. notamment « Une armĂ©e pour quelle dĂ©fense Â», numĂ©ro spĂ©cial de la revue Projet, novembre 1973.

5 Cf. Jean-Bernard Pinatel, « L’Économie des forces Â», in Les Cahiers de la Fondation pour les Ă©tudes stratĂ©giques, IV/1976, pp. 7 et 28.

6 Cf. notamment Claude Delas, « Un pavĂ© dans cette Galleyre Â», Le Monde, 1er dĂ©cembre 1973, et Jean Pouget, « Les Silences de la grande muette Â», Le Figaro, 16, 18 et 20 dĂ©cembre 1974.

7 Cf. Bernard Paqueteau, op. cit., pp. 83-85.

8 C’est du moins ce que je tentais de souligner sous la signature de P. Dalou, « La Crise de croissance de l’armĂ©e de terre. Une machine qui s’est emballĂ©e Â», Le Monde, 7 octobre 1981.

9 Cf. L’Exercice du commandement dans l’armée de terre, ministère de la Défense, état-major de l’armée de terre, 1980.

10 Cf. notamment Bernard BoĂ«ne, « Banalisation des armĂ©es : le cas français Â», Futuribles, juin 1987, et du mĂŞme auteur, La SpĂ©cificitĂ© militaire, actes du colloque de CoĂ«tquidan, Paris, Armand Colin, 1990. En mai 2002, on retrouve cette mĂŞme thĂ©matique du dĂ©voiement de la vocation militaire dans un document clandestin rĂ©digĂ© par des officier supĂ©rieurs et intitulĂ© « Derrière la refondation. Le projet de dĂ©naturation de l’armĂ©e de terre Â», Faits et documents n° 134, 15-30 juin 2002, et Raoul de Ludre, Le MĂ©tier des armes Ă  l’aube du troisième millĂ©naire, Action familiale et scolaire, avril 2007.

11 Cf. Georges Balandier, Anthropologiques, Paris, Librairie générale française, 1985, pp. 8-11 et 289-300.

12 Pour mĂ©moire : Ă  partir du dĂ©but des annĂ©es 1980, participation d’unitĂ©s du contingent (volontaires) aux opĂ©rations de maintien de la paix, opĂ©rations menĂ©es au Tchad et au Liban, puis, première guerre du Golfe, Bosnie et Rwanda, jusqu’au durcissement actuel de l’engagement en Afghanistan.

13 GĂ©nĂ©ral Monchal, chef d’état-major de l’armĂ©e de terre, prĂ©face Ă  « Histoire et traditions des armes, des services et des rĂ©serves de l’armĂ©e de terre Â», in « Patrimoine de l’armĂ©e de terre Â», Quid, Paris, Robert Laffont, 1995.

14 C’est le cas, par exemple, au 2e régiment étranger d’infanterie (dont la salle d’honneur, véritable petit musée, créée dans les années 1980, fut réaménagée en 2006), au 1er régiment de cuirassiers, au 1er régiment de hussards parachutistes, au 2e régiment de hussards, aux 54e et 58e régiments de transmission, au 34e régiment d’infanterie (dissout), au 3e Rima, au 61e régiment d’artillerie ou à l’École nationale technique des sous-officiers d’active (1988, dissoute depuis).

15 De telles popotes d’unitĂ© existent notamment au 1er rĂ©giment d’infanterie, au 1er rĂ©giment de chasseurs parachutistes, au 1er rĂ©giment de chars et de marine, au 31e rĂ©giment du gĂ©nie. Sur cette autonomie des unitĂ©s Ă©lĂ©mentaires, voir AndrĂ© ThiĂ©blemont et Christophe Pajon, « Le MĂ©tier de sous-officier dans l’armĂ©e de terre aujourd’hui Â», Les Documents du C2sd, 2004, pp. 275-281.

16 Les « beaux livres Â» sur la marine nationale ou sur l’armĂ©e de l’air traitent plutĂ´t du passĂ© ou de types de bâtiments et d’aĂ©ronefs anciens ou en service. Ă€ quelques rares exceptions, on ne trouve nul rĂ©cit du passĂ© et du prĂ©sent d’unitĂ©s navales ou aĂ©riennes telles que Le Surcouf, Le Georges Leygues, Le Rubis ou les escadrons Cigognes, Navarre ou Normandie-Niemen…

17 Notamment : Salvan (colonel), Liban 1978. Les Casques bleus de la France, Paris, Éric Baschet, 1979 ; Servir la paix. Les paras Ă  Beyrouth, Paris, Eric Baschet, 1984.

18 Cf. sites Lavauzelle et Decitre : http://www.lavauzelle.com et http://www.decitre.fr/. Les chiffres donnĂ©s sont indicatifs, certaines Ă©ditions anciennes Ă©puisĂ©es pouvant ne plus figurer sur les catalogues.

19 Cf. Christian BenoĂ®t, « La Symbolique de l’armĂ©e de terre : de l’usage Ă  la règlementation de l’usage Â», in AndrĂ© ThiĂ©blemont (dir), Cultures et logiques militaires, Paris, PUF, 1999, pp. 51-83.

20 Bulletin officiel des armĂ©es, BOC/PP du 5 aoĂ»t 1985, n° 32, art. 2.

21 Voir les nombreux sites spécialisés dans la vente d’insignes métalliques.

22 Cet objet de lĂ©gende, empruntĂ© Ă  la culture turque par le truchement des spahis, avait Ă©tĂ© adoptĂ© dans les unitĂ©s Ă  cheval ou montĂ©es de l’armĂ©e d’Afrique au dĂ©but du siècle dernier. Il a Ă©tĂ© conservĂ© jusqu’à ce jour sans discontinuitĂ© par les spahis. Il pose l’intĂ©ressante question des emprunts culturels entre rĂ©giments, entre armes et armĂ©es nationales : on en trouve, par exemple, la trace au 3e de lanciers belge (cf. site. http://users.skynet.be/les.cuirassiers.

23 Denys Cuche, La Notion de culture dans les sciences sociales, Paris, La DĂ©couverte, 2004, p. 6.

24 Cf. Sirpa actu n° 167, 26 mai 1983, et ArmĂ©es d’aujourd’hui n° 80, mai 1983.

25 « Le patrimoine constitue aussi l’un des repères qui fonde une vĂ©ritable culture de l’armĂ©e de terre, Ă©crit le gĂ©nĂ©ral Monchal. Notre patrimoine procède des traditions, de l’histoire et des esprits de corps des diffĂ©rentes armes, services et organismes de l’armĂ©e de terre, des capacitĂ©s morales et intellectuelles de ses cadres. Il apporte donc Ă  nos soldats une indĂ©niable culture et une Ă©thique prĂ©cieuse Â» (Quid, op. cit.).

26 Protocole d’accord Défense-Culture, site du ministère de la Défense, http://www.defense.gouv.fr/sga.

27 Cf. notamment AndrĂ© ThiĂ©blemont, « ExpĂ©riences opĂ©rationnelles dans l’armĂ©e de terre. UnitĂ©s de combat en Bosnie (1992-1995) Â», Les Documents du C2SD, novembre 2001, pp. 52, 58, 125, 216.

28 Line Sourbier-Pinter, « Ă‰thique et culture militaire Â», Dossiers d’IrĂ©nĂ©es. Dialogue entre militaires et sociĂ©tĂ© civile. Europe, Asie centrale, juin 2007, sur site web de « Ressources pour la paix Â», http://www.irenees.net/fr/dossiers/.

29 Edgar Morin, Sociologie, Paris, Fayard, 1994, pp. 156-159.

30 Un premier repérage de tels savoirs dans le cas militaire in André Thiéblemont (dir), Cultures et logiques militaires, Paris, puf, 1999, pp. 1-48.

31 AndrĂ© ThiĂ©blemont, « Approche critique de la notion de culture militaire Â», in François Gresle (dir), Sociologie du milieu militaire, Paris, L’Harmattan, 2005, pp. 20-26.

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