Le fil Inflexions

Les 19 et 20 juillet, Inflexions sera au salon du livre de Saint-Cyr Coëtquidan

20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°35 | Le soldat et la mort

André Thiéblemont

Comment comprendre la commémoration de combats sacrificiels ?

Sidi Brahim, Camerone, Bazeilles ! Trois combats meurtriers au cours desquels, face à un ennemi très supérieur en nombre, le chef, le soldat choisissent d’affronter la mort plutôt que de se rendre. Trois combats dont la commémoration officielle chez les Chasseurs, à la Légion étrangère et dans les Troupes de marine sera décidée tardivement. Trois combats qui deviendront alors des épopées. Aujourd’hui, leur célébration annuelle rassemble les communautés de ces trois armes dans une liturgie qui célèbre un rendez-vous du soldat avec la mort ou avec son horizon. Pourquoi l’invention tardive d’une tradition autour de ces trois combats ? Pourquoi le développement récent d’une liturgie qui célèbre leurs sacrifices ? Peut-être faut-il voir là une intention plus ou moins consciente : sacraliser la mission.

  • Sidi Brahim

Algérie, 1845. Le 21 septembre au soir, le lieutenant-colonel de Montagnac quitte le fort de Djemmaa Ghazaouet1 à la tête d’une colonne composée du 8e bataillon de chasseurs et d’un escadron du 2e régiment de hussards, soit environ trois cent cinquante chasseurs et plus d’une soixantaine de hussards. Son intention aurait été de protéger une tribu proche, les Sahoulias, contre les incursions de l’émir Abd el-Kader agissant à partir du Maroc. La colonne possède deux jours de vivres2. Dans la nuit du 22 au 23 septembre, un bivouac est installé dans la plaine de Sahoulia. Le 23 au matin, des cavaliers sont repérés à l’ouest sur les contreforts du djebel Kirkour. De Montagnac engage alors l’escadron de hussards et trois compagnies de chasseurs en direction du djebel. La colonne en aborde les pentes. Soudain, la cavalerie de l’émir ainsi qu’une masse d’Arabes et de Berbères à pied se dévoilent. Après trois heures de combat, hussards et chasseurs sont submergés, anéantis, tués ou faits prisonniers. Une compagnie partie en renfort est à son tour interceptée et décimée.

Plus de quatre-vingts chasseurs et hussards étaient restés à la garde du bivouac, des bêtes de monte et de somme sous les ordres du capitaine de Géreaux. Celui-ci décide de se retrancher dans un édifice dressé sur un tertre qui domine la plaine, la kouba du marabout Sidi Brahim, à quinze minutes de marche. Là, à court d’eau et de vivres3, lui et ses hommes résistent aux assauts des forces de l’émir jusqu’au matin du 26 septembre. Sommés à trois reprises de se rendre, leurs réponses ne varient guère : « Les Français [les chasseurs] meurent, ils ne se rendent pas ! » Le 25 septembre, le capitaine adjudant-major Louis Laurent Dutertre, qui avait été capturé lors des combats du Kirkour, est conduit devant l’un des murets de la kouba. L’émir lui a enjoint d’appeler à la reddition, sous peine de quoi sa tête sera coupée. Elle le sera. Dans une lettre à sa famille, le chasseur Antoine écrit : « Dutertre criait qui [sic] fallait mieux mourir que de ce [sic] livrer aux mains des bourreaux. […] Sa tête tranchée fut élevée de nos côtés par un Kabyle qui ralliait [sic] le courage de nous Français4. »

Après de nouveaux assauts infructueux, Abd el-Kader replie le gros de ses forces, laissant des postes en surveillance autour de la kouba. De Géreaux décide alors de percer ce dispositif pour tenter d’atteindre Ghazaouet. Le mouvement est engagé le 26 au matin. Les chasseurs, épuisés, sont harcelés sur leurs arrières par les fidèles de l’émir ; coups de fusil, jets de pierre. Ils arrivent pourtant en vue de Ghazaouet. Il leur faut encore franchir un oued profondément encaissé, l’oued Mersa. Les Arabes convergent pour leur couper la route. Les chasseurs n’ont plus de munitions. Pressés sur leurs arrières, ils s’engagent dans la pente broussailleuse sous les feux et les jets de pierre. Au fond du ravin, ils ne sont plus qu’une quarantaine. « Les Arabes étaient tellement nombreux qu’une tuerie générale allait avoir lieu, raconte le caporal Lavayssière. Alors, […] résolus à vendre chèrement notre vie, […] nous nous précipitons sur les Arabes à la baïonnette, nos officiers toujours en tête5. » Seize survivants parviendront à rejoindre le fort de Ghazaouet.

  • Camerone

Mexique, mars 1863. Deux bataillons de légionnaires à sept compagnies débarquent à Veracruz sous le commandement du colonel Jeanningros. L’année précédente, le corps expéditionnaire français avait subi un sérieux échec devant Puebla face aux troupes du président Benito Juarez. La prise de cette ville, située sur les plateaux, aurait ouvert la voie vers Mexico6. Un nouveau corps expéditionnaire de vingt-six mille hommes a donc été constitué. La Légion étrangère en est. Et Puebla est de nouveau assiégée. Ce siège nécessite l’organisation de convois depuis le port de Veracruz dont il faut assurer la sécurité. Le régiment étranger est chargé de cette mission. Le pays est hostile. Une guérilla qui soutient le gouvernement de Benito Juarez agit tout particulièrement dans les Terres chaudes, une région difficile et insalubre que doivent traverser les convois7.

Avec ses deux bataillons, le colonel Jeanningros quitte Veracruz en mars 1863. Il laisse des compagnies en poste à Tejaria, à Soledad, à Paso del Macho, entre Veracruz et Chiquihuite, là où la route s’élève vers les hauts plateaux. Il établit son pc dans cette ville. Le 29 avril, un important convoi parti de Veracruz arrive à Soledad. Deux compagnies de Légion le prennent alors en charge pour l’escorter. Par précaution, le colonel Jeanningros décide d’engager une compagnie sur l’axe qu’empruntera le convoi : elle devra déceler de possibles embuscades sur une quarantaine de kilomètres jusqu’à Palo Verde. La 3e compagnie, dont « c’est le tour de marcher », est réduite à soixante-deux légionnaires, les autres, dont ses officiers, sont à l’hôpital. Le capitaine Danjou, adjudant-major du bataillon, demande à en prendre le commandement et deux officiers sans troupe, les sous-lieutenants Maudet, porte-drapeau, et Vilain, officier-payeur, veulent en être. Demande accordée. La compagnie quitte Chiquihuite le 29 en début de nuit. Elle arrive au village de Camerone à 5 heures le 30 avril.

Au qg des forces régulières mexicaines, il a été décidé de s’emparer de cet important convoi qui transporte pièces d’artillerie, fusils, munitions, vivres… ainsi que quatre millions en or. L’affaire a été confiée au lieutenant-colonel Francesco de Paula Milan. Il est mis à la tête d’une troupe de huit cents cavaliers, dont trois cents irréguliers, et plus de mille fantassins. Il décide de concentrer ses forces à cinq kilomètres au nord de Camerone. Rien des mouvements des Français n’échappe à ses éclaireurs. Cette troupe, qui vient de quitter Chiquihuite, l’inquiète. Elle doit être anéantie, sous peine de constituer une menace durant l’attaque du convoi.

Le capitaine Danjou et ses légionnaires ont dépassé Camerone. Ils arrivent à Palo Verde. Des cavaliers ennemis sont repérés disparaissant vers le nord. Après une tentative pour les retrouver, Danjou se rabat vers Camerone. La compagnie aborde le village depuis l’est, en sureté. Sur une hauteur située à trois cents mètres au nord, la cavalerie mexicaine apparaît. Les légionnaires se forment aussitôt en carré. Les cavaliers chargent à deux reprises, sans succès : les feux des légionnaires sont terriblement efficaces. Le capitaine Danjou commande le repli vers une hacienda à moins de deux cents mètres : un bâtiment qui borde la route et, à l’arrière, un corral, des murs de trois mètres de haut percés de deux porches et d’une belle brèche. Sans doute entend-il ainsi fixer les forces mexicaines et protéger le convoi.

Il est 9 heures du matin. Le corral est vite occupé par les légionnaires, mais ceux-ci ont à peine le temps de prendre possession d’une chambre excentrée de l’hacienda que les autres pièces sont déjà occupées par les Mexicains. Les légionnaires sont sous les feux des Mexicains qui cernent l’hacienda et de ceux qui occupent une grande partie du bâtiment. Une première demande de reddition est adressée au capitaine Danjou. Il la rejette. La fusillade éclate des deux côtés. Danjou va de poste en poste, encourageant ses hommes. Dans la chambre qu’ils tiennent, il fait une chaleur d’enfer ; le soleil plombe la cour de l’hacienda. La mitraille mexicaine n’offre aucun répit. Vers 11 heures, le capitaine Danjou est frappé mortellement. À midi, au loin, son de cuivres et roulements de tambours, rauques, angoissants : Milan engage son infanterie. Nouvelle sommation et promesse de vie sauve. La réponse est « Merde ! ». Le sous-lieutenant Vilain est abattu vers 2 heures. Les cadavres de Mexicains s’entassent devant les barricades qui barrent les porches et les brèches des murs du corral. Soudain, une fumée noire envahit celui-ci. Les Mexicains ont abandonné le bâtiment de l’hacienda et l’ont incendié. Les légionnaires suffoquent. Ils n’ont rien mangé depuis la veille au soir, rien bu depuis l’aube. Certains essaient d’uriner pour boire. Sur le sable de la cour, des blessés, déshydratés, agonisent, sans un mot. À l’est, alerté par des Indiens, le convoi s’est arrêté. En fin de soirée, il fait demi-tour pour regagner Soledad.

17 h 30. Dans l’hacienda, il ne reste plus que douze survivants, dont le sous-lieutenant Maudet. Troisième et dernière sommation, puis un grand silence. Sonneries de clairons, roulements de tambour… Et c’est l’assaut, de nouveau. Une masse de Mexicains hurlante pénètre dans la cour et tiraille. Les sept derniers légionnaires se retranchent dans un petit hangar. Ils tiennent à distance les assaillants tant leurs feux sont efficaces.

18 heures. Cinq légionnaires encore vivants, « collés au fond du hangar ». Sur l’ordre du sous-lieutenant Maudet, ils lâchent une dernière salve et chargent à la baïonnette. Maudet et le légionnaire Cateau tombent. « Les trois autres sont encore debout, immobiles, silencieux, devant cinquante Mexicains vociférant. » C’est la fin. Sur le sol de l’hacienda, « un spectacle abominable, le tableau à la Goya »8, des dizaines de cadavres gisent.

  • Bazeilles

1870, dans la région de Sedan. Des régiments d’infanterie et d’artillerie de marine sont pour la première fois regroupés au sein d’une même division, la Division bleue. Les 31 août et 1er septembre, face au 1er corps d’armée bavarois à trois divisions et à sa puissante artillerie, ils mènent des combats acharnés pour prendre, défendre, reprendre et reprendre encore le village de Bazeilles, qui ouvre la route de Sedan. Dans le village en ruine, assommé de bombardements, on se bat au corps à corps, jusque dans les corridors des habitations. Le 1er septembre, une nouvelle fois, les Bavarois sont en passe de reprendre la place. Luttant à un contre dix, les marsouins, malgré les obus qui les écrasent et les incendies qui les suffoquent, défendent pied à pied chaque rue, chaque maison, chaque pan de mur. En fin de matinée, le général de Vassoigne, qui commande la division, ordonne le repli. Le capitaine Bourgey du « 2e de marine »9, à la tête d’une poignée d’hommes, reçoit l’ordre de tenir une imposante bâtisse en lisière du village, l’estaminet Bourgerie, un bon point d’appui pour couvrir ce repli. Il y trouve le commandant Arsène Lambert qui s’y est fait transporter en début de matinée après avoir été blessé alors qu’il commandait des avant-postes. La défense du bâtiment s’organise de bric et de broc. Ce réduit attire les plus résolus parmi ceux qui se replient : les capitaines Auber et Picard des 2e et 3e de marine, d’autres officiers, des sous-officiers, des marsouins de tous régiments se joignent au capitaine Bourgey. La maison devient un fortin tenu par une soixantaine de combattants résolus à résister le plus longtemps possible.

L’avant-garde bavaroise débouche sur la grand-route de Sedan. Des feux nourris partent de l’estaminet et stoppent son avancée. « Le 15e Bavarois en son entier reçoit alors l’ordre de prendre cette redoute10. » L’approche est prudente. À courte portée, les Bavarois ouvrent le feu sur les fenêtres pour préparer l’assaut. Dans l’auberge les pertes sont déjà importantes. Une grande horloge percée par une balle s’arrête à 11 h 3511. Mais les feux des marsouins sont redoutables. Les Bavarois renoncent à l’assaut. Ils cernent le bâtiment. Le commandant Lambert ordonne à Bourgey de se replier. Celui-ci refuse : « On lui a confié la maison, il la garde12. »

Midi. Les avant-gardes du corps bavarois sont stoppées par cette résistance. Alors, les canons de l’artillerie tonnent. Une bordée atteint la toiture. Un plafond s’effondre, blessant Bourgey. Plusieurs marsouins sont frappés par des éclats. Le grenier flambe. Il est évacué. « Dans les chambres, l’atmosphère devient irrespirable13. » Au loin, on entend encore des échos d’ultimes combats qui se livrent dans Bazeilles. Maintenant le toit s’enflamme, un obus atteint une aile du bâtiment. Il faut tenir. Hagards, épuisés, blessés, les marsouins combattent toujours. Les cartouches s’épuisent. L’un des officiers fouille les gibernes des morts. Il en rapporte trente cartouches. Elles sont confiées aux meilleurs tireurs. Chaque tir fait mouche. Le capitaine Aubert tire la dernière. Et le silence ! On entend au dehors le galop de chevaux, un roulement métallique : deux pièces d’artillerie ont été apportées devant le bâtiment. Pour en finir au canon de campagne !

Le commandant Lambert estime alors qu’on ne peut continuer à sacrifier la vie des soldats. Bourgey a rempli la mission, jusqu’à la dernière cartouche. Il faut se rendre. Un mouchoir blanc à l’une des fenêtres ! À ce signal répondent les « hurlements sauvages » des Bavarois. « Je sortirai le premier, dit Lambert. S’ils me massacrent, alors vendez vos vies. Vous sortirez à la baïonnette et tâcherez de percer vers Sedan14. » Baïonnettes au canon ! Le commandant Lambert sort par une porte du rez-de-chaussée. « Vingt lances bavaroises cherchent sa poitrine15. » Bourgey et les marsouins qui l’entourent s’apprêtent à s’élancer. Un officier bavarois s’interpose16. Dans ces combats, la Division bleue « perdit deux mille six cent cinquante-cinq hommes, tués, blessés ou disparus, soit plus du tiers des officiers et du quart de la troupe. […] Les trois divisions d’infanterie bavaroises perdirent quatre mille quatre cent sept hommes17. »

  • Trois structures dramatiques,
    trois dynamiques symboliques identiques

Ces trois combats présentent une structure dramatique identique. Quatre traits la caractérisent : le retranchement en cours d’action dans un lieu circonscrit (la kouba de Sidi Brahim, l’hacienda de Camerone, l’auberge de Bazeilles) ; le combattant résiste aux assauts d’un ennemi très supérieur en nombre ; épuisé, il crève de faim et de soif ; sa résistance n’a pas de limite, jusqu’à la mort, jusqu’aux dernières cartouches, et il refuse, parfois vertement, de se rendre. Or, pour ces trois combats, malgré leur puissant écho national, au moins pour deux d’entre eux, la décision de les commémorer fut prise tardivement, plusieurs dizaines d’années après les événements.

Les combats de Sidi Brahim et leurs héros furent racontés dans la presse dès les lendemains de l’affaire. Ils firent l’objet de nombreuses imageries jusque durant la Grande Guerre. Un monument, le Tombeau des braves, fut érigé dès 1846 sur l’emplacement de l’ultime affrontement, dans l’oued Mersa. Toutefois, il fallut attendre plus de trente ans pour que la décision de commémorer ces combats intervienne. « En 1878, […] les chefs de corps de plusieurs bataillons de chasseurs, réunis au camp de Châlons-sur-Marne pour des manœuvres, décidèrent que le 23 septembre de chaque année, lors de l’anniversaire des combats de Sidi Brahim, l’ensemble des bataillons fêteraient ce fait d’armes18. »

Le retentissement national des combats de Bazeilles fut tel qu’ils inspirèrent plusieurs peintres militaires français (Pallière, François Lafon, Alphonse de Neuville) ou allemands (Carl Röchling). Les derniers instants, dans l’auberge Bourgerie, furent immortalisés par le tableau fameux d’Alphonse de Neuville, Les Dernières Cartouches, exposé au Salon de 1873. À l’époque, la lithographie permettait « de fixer aux murs des plus modestes demeures […] les scènes héroïques et tragiques où l’on voit les vaincus de 1870 se sacrifier pour défendre l’étendard de leur régiment ». Ce fut le cas de cette œuvre, l’une des plus populaires de la fin du xixe et du début du xxe siècle19. Bazeilles fut donc un symbole national, celui du soldat glorieux dans la défaite, avant que les Troupes de marine s’approprient sa symbolique. Ce n’est qu’en 1949 que « la revue Tropique, organe officiel des coloniaux, consacre un long article pour faire connaître les combats de Bazeilles »20. Quant à l’idée de fédérer les coloniaux autour de la commémoration de ces combats, elle ne prend corps qu’au début des années 1950, sous l’impulsion du général Lapierre, directeur des Troupes coloniales21.

Camerone, contrairement aux deux autres combats, eut peu d’échos en France, sans doute en raison de l’éloignement. Gilles Aubagnac note qu’en 1906 eut lieu « la première commémoration au Tonkin », une manifestation qui, les années suivantes, « se renouvela de manière informelle à l’initiative de quelques commandants d’unités ». Mais il fallut attendre le centenaire de la création de la Légion, en 1931, pour que le général Rollet, alors inspecteur de la Légion étrangère, choisisse « le 30 avril comme date symbolique », fédérant tous les régiments de Légion22.

Ainsi, c’est tardivement et à des dizaines d’années d’écart que des chefs militaires en responsabilité de corps d’élite décident respectivement de célébrer trois combats d’époques différentes, mais qui présentent la même structure dramatique. Pourquoi une telle similitude ?

Bien plus, l’évolution symbolique récente de ces trois commémorations suit une dynamique identique, là encore à quelques années d’écart. Dans un cas comme dans un autre, on peut observer depuis les années 1960 le passage d’un sacré profane au religieux. Ce passage est marqué par la consécration d’un objet témoin de l’épopée déposé dans une crypte (aménagée à cet effet dans deux cas), par la création ou l’adoption d’un espace de commémoration monumental, par l’organisation d’une puissante liturgie.

Le cas de Camerone est le plus structuré. Suite à un malheureux incident, le capitaine Danjou avait dû se faire fabriquer une main en bois. Cette main fut ramassée dans l’hacienda. Après quelques errances, elle parvint à Sidi Bel Abbès, la maison mère de la Légion. Placée dans une chasse en verre, elle était exposée dans une salle d’honneur, parmi d’autres témoignages du passé légionnaire. Chaque année, le 30 avril, un officier encadré de deux sous-officiers23 la portait sur la « Voie sacrée » jusque devant un monument à la gloire de la Légion24. Là, elle était présentée sur le front des troupes. Le récit de Camerone était alors lu par un jeune officier ou légionnaire. Il s’achevait par un texte fort, quasiment sacré, qui avait été inscrit sur le monument dressé à Camerone à la fin du xixe siècle : « Ils furent moins de soixante opposés à toute une armée. Sa masse les écrasa. La vie plutôt que le courage abandonna ces soldats français. »

L’installation de la Légion à Aubagne en 1963 modifia radicalement l’intimité de cette célébration, son espace cérémoniel comme celui consacré à la main de Danjou. Aujourd’hui, à Aubagne, le 30 avril, convergent de toute la France, voire de l’étranger, des légionnaires de toutes les générations. On se retrouve. L’assemblée est communiante par les expériences partagées au présent comme au passé. Les autorités nationales, militaires, parfois politiques, sont présentes. La cour du quartier de Sidi Bel Abbès était quelconque, la salle d’honneur était excentrée. Aujourd’hui, l’espace cérémoniel du quartier Viénot est marqué par une architecture qu’on pourrait qualifier de cistercienne : dépouillement, rigueur des lignes, austérité. La place d’armes est monumentale. Comme à Sidi Bel Abbès, elle est coupée par la Voie sacrée qui conduit au monument à la gloire de la Légion, qui a été démonté et remonté à l’identique. Dans l’alignement de la Voie sacrée et du monument, fermant cet espace, un bâtiment bas : le musée de la Légion. Il ouvre sur un hall central chargé d’objets prestigieux témoins du passé légionnaire, qui conduit à une reproduction de la salle d’honneur de Sidi Bel Abbès, comme un narthex par lequel on accède à une crypte. Y repose, en majesté, le reliquaire de la main du capitaine Danjou. Sur un même axe, la Voie sacrée, le monument glorieux, la main du capitaine Danjou ! Ce reliquaire est devenu un objet eucharistique, un objet qui symbolise le sacrifice du corps légionnaire. Le cérémonial du 30 avril ne s’est pas modifié. Mais là, à Aubagne, il prend la forme d’une liturgie puissante : sur un espace monumental, une assemblée participe à un mystère, celui d’une épopée sacrificielle symbolisée par un objet eucharistique, la main du capitaine Danjou.

L’évolution des commémorations de Sidi Brahim et de Bazeilles est moins structurée, mais parente. Dans le premier cas, l’objet vénéré est le Tombeau des braves. À la fin du xixe siècle, les ossements des chasseurs tués au cours des combats y furent déposés. En 1963, le monument fut rapporté en France dans un état très détérioré25 et déposé au musée des Chasseurs qui se trouvait alors à l’entrée du château de Vincennes. Dans les années 1970, placé contre un mur, il figurait parmi d’autres objets, sans plus. Mais au milieu des années 1990, l’espace qui lui est consacré est radicalement modifié. Un Mémorial des chasseurs est créé dans l’une des ailes du Pavillon du roi. Chargé lui aussi d’objets témoins du passé, c’est la voie par laquelle on accède à une crypte située sous le bâtiment26 : une descente par un escalier étroit en colimaçon, l’arrivée sur une mezzanine et là, en bas, sous la voûte, le Tombeau des braves, placé en majesté, encadré de deux vitraux. Austérité de la pierre de taille, silence, recueillement. Depuis 1996, le troisième samedi de septembre de chaque année, sur l’esplanade qui borde le Pavillon du roi et le Mémorial des chasseurs, se déroule la commémoration des combats de Sidi Brahim. Unités des bataillons de chasseurs sous les armes, fanions et drapeaux d’amicales, générations d’anciens chasseurs rassemblées, sonneries de clairons ou de cors de chasse… Honneur au drapeau des chasseurs, récit des combats, passage du drapeau de bataillon en bataillon27… Sur cet espace monumental que dominent le donjon et la chapelle, ce jour, l’assemblée des chasseurs et de leurs fidèles communie autour du sacrifice des combats de Sidi Brahim. À deux pas du Tombeau des braves.

Jusqu’au milieu des années 1980, les Troupes de marine ne disposent pas d’espace de commémoration des combats de Bazeilles comparable à celui d’Aubagne pour la Légion étrangère. Dans le village de Bazeilles, la maison des dernières cartouches et un ossuaire construit au milieu des années 1870 ont été plus ou moins laissés à l’abandon jusqu’au début des années 1950. En septembre 1951, un pèlerinage de dimension nationale y est organisé sous l’impulsion d’un comité de traditions créé par deux sous-officiers afin d’« obtenir la réfection de l’ossuaire et d’entretenir la maison des dernières cartouches ». Simultanément, intervient la décision de célébrer Bazeilles28.

Trente ans plus tard… Fréjus. Ville de garnison, marquée par le transit des troupes indigènes durant la Grande Guerre, par des implantations successives d’écoles, de centres d’instruction pour des officiers indigènes ou pour les Troupes de marine, par la présence de monuments témoins des combats outre-mer, elle est devenue peu à peu un lieu de convergence des marsouins et bigors, la « maison mère de l’arme ». Un musée y est implanté en 1981. Là, comme à Aubagne et plus tard à Vincennes, une crypte est aménagée : noms de bataille gravés, drapeaux, hommage aux soldats tombés en opération depuis 1970 et, en majesté, une urne funéraire contenant les restes des « héros inconnus » tombés dans les combats de Bazeilles29.

Le 31 août 1986, pour la première fois, « la grande famille coloniale » s’est rassemblée à Fréjus. Depuis, une cérémonie se déroule annuellement sur deux lieux de mémoire. À Fréjus convergent de toute la France, voire d’outre-mer, drapeaux, représentations ou unités sous les armes des régiments actuels, drapeaux des amicales, anciens et fidèles : là encore, une assemblée communiante par l’expérience et la culture partagées. En septembre, c’est le pèlerinage à Bazeilles même et une puissante cérémonie nocturne devant l’ossuaire.

  • Une intention de sacraliser la mission ?

Dans l’article déjà cité, Gilles Aubagnac livre une remarquable approche religieuse de ces commémorations et une analyse des fonctions qui leur sont ainsi attachées30. Pour autant, les institutions concernées ne manquaient pas de faits d’armes héroïques victorieux qui auraient pu remplir de tels offices. Dès le début du xixe siècle, la victoire d’Austerlitz a ainsi procuré aux Saint-Cyriens matière à fabriquer du symbolique, voire du sacré, fondateurs et fédérateurs.

Deux interrogations me taraudent depuis longtemps31. Quelle intention, plus ou moins consciente, a conduit des chefs à magnifier cette symbolique commune que dégage la structure dramatique de ces trois combats ? Pourquoi, à partir des années 1960, cette symbolique fut-elle respectivement travaillée jusqu’à opérer ce passage d’un sacré profane au religieux autour d’un objet devenu eucharistique, témoin du sacrifice célébré. Corps du Christ, corps du chasseur, du légionnaire, du colonial sacrifié !

Sur la première interrogation, une interprétation vient à l’esprit lorsque l’on considère la structure dramatique de ces trois combats au regard d’un principe dont l’expression est redondante depuis quelques dizaines d’années : « La mission est sacrée ! »

Mai 1995, Sarajevo. Les Casques bleus français se trouvent dans une aberrante situation d’interposition entre Bosno-Serbes et forces gouvernementales bosniaques. Un lieutenant des Troupes de marine commande un poste dont la mission est censée être de contrôler des armements serbes, un poste qui se trouve « incarcéré » dans le dispositif serbe, donc sous le contrôle des Serbes. Le 26 mai vers 14 heures, cet officier est capturé dans le contexte de ce que l’on a appelé la crise des otages32. Il est frappé à plusieurs reprises et menacé de mort. Il résiste. Tirs de roquette et de mortier sur le poste… 17 h 15, il est amené devant le poste, un couteau sur la gorge. En cas de nouveau refus, il sera tué sur-le-champ et le poste totalement détruit… 17 h 30 : il donne l’ordre de déposer les armes. Exécuter cette mission insensée ou sauver les miens ?

Dans un récent ouvrage, Claude Le Borgne aborde le sujet à propos de son expérience indochinoise. Notant que « la sacralisation de la mission allait de soi […] dans nos guerres européennes où la défense du pays justifiait tous les sacrifices », il écrit : « Je vis très vite qu’ici, il n’en était pas de même. » Car il est des situations où le chef qui reçoit l’ordre sera porté, « en son for intérieur », à fixer quelques limites à son action. Il illustre son propos et il conclut que s’il est des circonstances où « le vaincre-ou-mourir impose sa loi », il en est d’autres où on peut être amené à mesurer ses efforts, « pour peu qu’on ne soit pas idiot, dans l’exécution d’une mission imprécise »33.

De telles observations invitent à considérer le débat plus ou moins conscient d’un petit chef d’infanterie ou de cavalerie, lorsqu’il se trouve confronté à une situation paroxystique. Ce petit chef vit quotidiennement avec les hommes qu’il dirige. Il partage leurs épreuves. Est-il dépourvu d’humanité au point de ne pas avoir d’états d’âme ? Peut-être, en « son for intérieur », la question se pose-t-elle : l’enjeu vaut-il que je les contraigne à affronter un feu mortel ?

Comment ne pas imaginer que des chefs d’exception, éprouvés à l’expérience répétée du combat, prévenants à l’égard de ceux qu’ils commandent, n’aient pas pressenti l’existence d’un tel débat parmi leurs jeunes chefs, parmi les combattants aussi : sauver ma peau, les miens, ou foncer ? Un débat obscur, inavouable. Alors, peut-être sans claire conscience, les commémorations des combats de Sidi Brahim, de Camerone, de Bazeilles auraient-elles pu être choisies pour célébrer, fédérer les Chasseurs, la Légion, la Coloniale, ou pour cultiver l’esprit de corps bien sûr, mais aussi parce que les héros de ces combats constituaient des modèles producteurs d’un mythe sacrificiel mobilisateur, susceptible de s’imposer à de jeunes chefs, à de jeunes combattants. Un mythe qui pèsera dans la balance, un mythe qui occultera ce qui se vit réellement dans certaines situations : la mission ou ma peau, celle des miens ? Sa puissance symbolique, intériorisée, imposera le choix quasi mécanique de la mission.

Quant à la transformation de ces commémorations relativement intimes en gigantesques liturgies, elle ne peut être comprise sans mettre en perspective le « traditionalisme fondamental » qui travaille l’armée de terre depuis la fin de la guerre d’Algérie34. La tradition, c’est ce qui va sans dire. « Le traditionalisme proprement dit apparaît le jour où, de l’intérieur de la tradition, est effectué un choix conscient en faveur de celle-ci35. »

Il faut en effet prendre la mesure des effets de l’aggiornamento brutal qui travailla l’armée de terre au cours des années 1970, puis celle des incidences des processus successifs qui, s’échelonnant jusqu’aux années récentes, ont réduit son format et l’ont « civilisée » en cherchant à rationaliser ses modes d’organisation et de gestion à des fins économiques. Dans les secteurs traditionnels de l’armée de terre, ces changements rapides et cumulés ont été ressentis comme des atteintes à la spécificité d’une vocation combattante. D’où un faisceau de réactions identitaires36 qui ont entretenu, voire radicalisé, les références à l’épique combattant : un traditionalisme de résistance face à des évolutions modernistes et gestionnaires de l’institution. Traditionalisme de résistance encore pour lutter contre la régression des grands mythes nationaux ou contre les poussées d’un individualisme appelant des raisonnements utilitaires, pour tenter de sauvegarder des attitudes et des états d’esprit transmis par tradition, dont les fondements seraient aujourd’hui « ébranlés ».

Sur ce fond de tableau, il faut sans doute considérer les menaces de dissolution qui pesèrent sur la Légion au cours des années 1960, celles que générèrent les réductions d’effectifs de l’armée de terre à partir des années 1980. L’instauration de puissantes liturgies théâtralisées autour de ces commémorations, auxquelles assiste parfois le ministre de la Défense, ne fut peut-être pas sans recherche d’influence politique, dans une lutte à la corde entre ces trois môles de corps d’élite que constituent les Chasseurs, la Légion et les Troupes de marine. « On ne touche pas au sacré » : tel aurait pu être le discours implicite tenu par ces cérémonies.

Enfin, comment ne pas s’interroger sur les incidences des nouveaux contextes d’engagements dépourvus d’un enjeu national vital ? Ils rendraient illégitimes de sacrifier des vies pour la mission. Un mois avant la crise des otages survenue en Bosnie évoquée plus haut, un commandant de bataillon écrivait dans son rapport de fin de mandat : « Le caractère sacré de la mission est une notion qu’il faut oublier ici37. » Ne pas ramener de cercueils à la maison ! Telle est, encore aujourd’hui, la hantise de grands et de petits chefs. À terme, il peut y avoir danger de démobilisation du combattant. Alors, il ne suffit pas d’énoncer que la « mission est sacrée ». Notamment auprès des jeunes combattants, sa sacralité sera théâtralisée, la puissance du mythe et de la célébration seront durcies en leur donnant un caractère religieux. Dans les cryptes, les jeunes chasseurs, légionnaires, marsouins ou bigors de tout grade seront présentés à l’objet eucharistique. On attend qu’ils en soient impressionnés. Comme ils devront l’être, sous les armes sur l’esplanade du Pavillon du roi, devant la Voie sacrée, à Fréjus ou à Bazeilles, en participant à la célébration liturgique de combats mythiques offrant des modèles de sacrifice.

Quels sont les effets réels sur les combattants de tout grade ? On ne sait pas. Du moins, l’intention, consciente ou non, pourrait être là. Avec l’espérance que demain, si la situation se présente, chasseurs, légionnaires ou marsouins n’hésitent pas à « faire Sidi Brahim », à « faire Camerone », « à faire Bazeilles », comme leurs anciens !

1 Poste établi en bord de mer, près de la frontière marocaine, et future ville de Nemours.

2 Sources : le Blog Sidi Brahim (sidibrahim1845.canalblog.com), qui rassemble des documents de première main numérisés ainsi que des extraits des enquêtes menées sur ces combats par Paul Azan et publiés chez Lavauzelle en 1905 et 1930 sous le titre Récits d’Afrique. Sidi Brahim ; et Paul Azan, Récits d’Afrique. Sidi Brahim, Paris, Charles Lavauzelle, 1903, en partie consultable sur myreader.toile-libre.org/uploads/My_5239eef61bb21.pdf.

3 « Nous n’avions rien en effet, si ce n’est un peu de sucre, une bouteille d’absinthe ; pendant les trois jours que nous devions rester là, notre urine avec un peu d’absinthe nous servit de boisson. » (“Récit du hussard Natali ”, in Paul Azan, op. cit., p. 667).

4 Lettre reproduite en respectant grammaire et orthographe de l’auteur, consultable sur Blog Sidi Brahim. op. cit.

5 Récit du caporal Lavayssière publié par L’Écho d’Oran du 4 octobre 1845 et reproduit par La Presse n° 3 458, 17 octobre 1845 (consultable sur Blog Sidi Brahim, op. cit.).

6 Le récit qui suit est essentiellement tiré de Georges Blond, La Légion étrangère, Paris, Stock, 1964. Georges Blond note que « quelques obscurités subsistent » à propos de ce combat « dont le déroulement n’a été connu assez précisément qu’à une date récente ». Le rapport officiel auquel il se réfère, enfoui dans les cartons des archives du ministère de la Guerre, « n’a été publié pour la première fois qu’en 1936 » (op. cit. p. 79). Notons par ailleurs l’existence d’un récit du combat par l’un des survivants, le capitaine Maine, recueilli par Louis-Lande Louis dans « Camerone, épisode de la guerre du Mexique », Revue des Deux Mondes, tome XXVIII, 15 juillet 1878, pp. 444-467 (rddm.revuedesdeuxmondes.fr/archive/article.php?code=62913). Fait unique, Louis-Philippe Maine, engagé chez les zouaves puis chez les chasseurs à pied au début des années 1850, s’engage par la suite à la Légion étrangère. Survivant de Camerone, nommé sous-officier puis officier, il passe dans la coloniale et sera l’un des vaillants du combat de Bazeilles dans la « maison de la dernière cartouche ».

7 Le général Forrey, qui commande le corps expéditionnaire français, écrira plus tard : « J’ai dû laisser des étrangers, de préférence à des Français, dans une position où il y avait plus de maladie que de gloire à conquérir » (Georges Blond, op. cit., p. 63).

8 Georges Blond, op. cit., pp. 90-92.

9 Les divers récits des combats sont souvent contradictoires. Ce qui suit est tiré de Jean Coigniet (capitaine), Bazeilles 31 août-1er septembre 1870, Paris, Les Presses modernes, 1953, pp. 52-57.

10 Ibid., p. 54.

11 Ibid., p. 54.

12 Ibid., p. 54.

13 Ibid., p. 55.

14 Ibid., p. 56.

15 Ibid., p. 57.

16 Dans une lettre à son père écrite le 12 septembre 1870, le sous-lieutenant Gallieni, qui participa à ces combats, évoque cette scène finale : « Nous avons défendu le village, maison par maison, contre les Bavarois : il y a eu un carnage horrible. […] Rien que dans la maison où j’étais, il y avait six morts et dix-sept blessés. […] Ils étaient tellement exaspérés du nombre de morts qu’on leur avait faits qu’ils voulaient nous tuer lorsque le capitaine s’est présenté pour se rendre et il a fallu la présence d’un officier bavarois pour nous protéger. Ce monsieur, d’une exquise politesse, nous a dit que nous étions des héros et n’a pas voulu nous enlever nos sabres dont, a-t-il dit, nous faisions un si bon usage » (Citée par Jérôme Bodin, « Gallieni Joseph Simon [1849-1916] », Encyclopædia Universalis, universalis.fr/encyclopedie/joseph-simon-gallieni.)

17 D’après Antoine Champeaux (lieutenant-colonel, ancien conservateur du musée des Troupes de marine), dans un document interne au musée. Il note par ailleurs que la Division bleue, qui « ne représentait qu’à peine 15 % des effectifs de l’armée de Sedan », causa 50 % des pertes subies par l’armée prusso-allemande ».

18 Gilles Aubagnac, « Fêtes et défaites sublimées dans l’armée française », in Christian Benoit et alii (dir.), Le Sacrifice du soldat, Paris, cnrs éditions, 2009, p. 35.

19 Jean-François Chanet, Vers l’armée nouvelle, Presses universitaires de Rennes, 2006, p. 246.

20 Gilles Aubagnac, op. cit., p. 35.

21 Sur ce point, voir Antoine Champeaux, « Bazeilles : des combats à la fête des troupes de marine », Le Sacrifice du soldat, op. cit, pp. 125-131.

22 Gilles Aubagnac, op. cit. p. 35.

23 Un officier et deux sous-officiers en activité ou non parmi les plus décorés de la Légion ou auxquels un hommage souhaitait être rendu.

24 La Voie sacrée était un axe central qui coupait une vaste cour plantée d’arbres et conduisait à ce monument : un socle en onyx quadrangulaire, supportant un monumental globe terrestre sur lequel se détachaient les pays d’épopée, flanqué à ses quatre coins de quatre effigies de légionnaires d’époques différentes.

25 La Fédération nationale des anciens chasseurs souhaita alors faire placer ce monument dans la crypte des Invalides, sans succès.

26 Cette crypte réemploie l’espace de la chapelle que Louis XI s’aménagea lorsqu’il quitta le donjon pour établir sa résidence dans un bâtiment de plain-pied construit à l’angle sud-ouest de l’enceinte et qui fut rasé pour construire l’actuel Pavillon du roi à la demande de Louis XIV.

27 Depuis leur création en bataillons formant régiment, les chasseurs n’ont qu’un unique drapeau qui est gardé chaque année par un bataillon différent. C’est lors de la Sidi Brahim que le chef d’état-major de l’armée de terre le transmet.

28 Sur ces observations, voir Antoine Champeaux, « Bazeilles : des combats à la fête des Troupes de marine », op. cit.

29 Sur l’impressionnant cérémonial organisé à Fréjus pour le dépôt de cette urne dans le musée à l’occasion de son inauguration, voir « L’inauguration du musée des Troupes de marines », L’Ancre d’or. Bazeilles n° 205, nov.-déc. 1981.

30 Gilles Aubagnac, op. cit., p. 37 et suiv.

31 Voir André Thiéblemont, « Les paraîtres symboliques et rituels des militaires en public », Cultures et logiques militaires, pp. 165-210.

32 Sur cette crise et sur l’événement relaté, voir André Thiéblemont, Expériences opérationnelles de l’armée de terre. Unités de combat en Bosnie (1992-1995), tome 1, Centre d’études en sciences sociales de la défense, 2001, pp. 74-80, consultable sur youscribe.com/catalogue/tous/savoirs/experiences-operationnelles-dans-l-armee-de-terre-unites-de-combat-2597666.

33 Claude Le Borgne, Route de sables et de nuages, Paris, Albin Michel, 2015, pp. 264-266.

34 Voir sur ce thème, André Thiéblemont, « La culture de l’armée de terre à l’épreuve de la modernité », Revue de la défense nationale n° 733, octobre 2010.

35 Gabriel Gosselin, « Tradition et traditionalisme », Revue française de sociologie, vol. XVI, 1975, pp. 215-227 et 219-220.

36 Voir sur ce thème, André Thiéblemont, « Réveil identitaire dans l’armée de terre », Inflexions n ° 12, 2009.

37 André Thiéblemont, Expériences opérationnelles de l’armée de terre. Unités de combat en Bosnie (1992-1995), op. cit., p. 77.

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